Capi Gambetta et son acharnement « artistique »

dimanche 16 mai 2010
par  collectif rto
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Comme tous les deux mois, j’avais ce matin rendez-vous à la Capi Gambetta avec ma référente, pour du « suivi ». J’étais comme d’habitude accompagné d’une personne du collectif (cf. ici, ici et ), Mlle B. Nous sommes donc arrivés à trois, Mlle B, Mlle C et moi, et avons attendu quelques minutes ma référente, Mme Q.

Hormis quelques prospectus, la seule presse présente est le Figaro, probablement choisi selon les affinités politiques de la Mairie de Paris, vu qu’on ne trouve que ce journal dans tous les lieux municipaux (hors bibliothèques). Doit-on rappeler que c’est dans les pays totalitaires qu’on ne trouve au mieux qu’une seule presse : celle du gouvernement ?

Nous avons profité de ces quelques minutes pour nous amuser à regarder les diverses « offres » affichées au mur de la Capi : que du suivi dans des asso privées de sous-traitance et flicage de précaires (Claf, etc – cf. ici), Plie (cf. ici et), coaching, emplois dans le BTP,… C’est que, comme aiment nous le répéter si obstinément les travailleurs sociaux, c’est « vraiment formidable ». Ah ça…

Au passage, nous remarquons une nouveauté : un tract jaune et orange pour Cap-Intervalle, une association de suivi psy – fallait s’y attendre, c’est la politique d’insertion sauce Delanoë (cf. Soasif par exemple ici ou ici). L’association Cap intervalle est subventionnée par Aurore et la mairie de Paris.

C’est vrai qu’à la Capi, on est habitué à faire subir aux allocataires un certain acharnement, disons,…. thérapeutique ! Et ce sans forcément respecter notre vie privée.

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A en croire ce tract (cliquer sur le document à gauche), les personnes en souffrance psychique ne supportant pas la solitude des week-end, peuvent se distraire et jouer dans l’association entre 2 séances psychanalytiques. Super ! Pas de médication, juste de la "causette". Causette qui se traduit ensuite par un compte-rendu allant direct chez le référent "social" :
Pour chaque personne accueillie et avec son accord, un compte-rendu, respectant la confidentialité et le secret professionnel, est adressé au référent. dixit l’association. Alors quand on sait que les dossiers circulent tranquillement devant n’importe quel employé des centres d’insertion ainsi que les représentants des RSAstes eux-mêmes au RSA lors des commissions (voir ce témoignage). Autrement dit, la confidentialité.... pffuiiitt !

Autant rester chez soi !

Au bout de quelques minutes donc, Mme Q arrive. De suite, en nous voyant, elle se fige :
« Mme Q – Si vous êtes quatre, je ne peux pas vous recevoir !
Mlle B – Euh, nous sommes seulement trois.
Mme Q – Quatre, c’est hors de question ! Je vais voir la direction, j’ai des directives, moi ! »

Nous nous rendons compte que derrière nous, un allocataire est à son tour en train de regarder les merveilleuses offres de flicage agrafées au mur. Nous arrivons à faire comprendre à Mme Q qu’il n’est pas avec nous, et que Mlle C nous attend, simplement, et que donc, pas la peine de perdre du temps à aller chercher Mme P, l’adjointe à la direction (toujours vacante), qui aime à se faire passer pour directrice et « s’en fout de la loi » (cf. Anarchy in the Capi).

Nous entrons donc dans le bureau de Mme Q. Elle me demande où j’en suis ; je dis : « au même point, comme dit la dernière fois, les démarches de la maison d’édition sont longues. »

Puis Mme Q nous parle de l’Agessa, la caisse de retraite des auteurs et traducteurs, en me disant que c’est obligatoire d’y être inscrit. Je la rectifie en lui disant que non, pas tant qu’on n’a pas touché ses premiers droits d’auteur (et même après, ça fonctionne de façon discontinue). Elle me dit que ce serait bien de m’y inscrire, ça ferait "plus classe"…

Après ces deux premières minutes d’entretien, ça y est ! Mme Q ne peut s’empêcher de ressortir son cheval de bataille : je suis un artiste !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je proteste vivement, Mlle B aussi.
« Mme Q – Mais quand je dis artiste, c’est avec des guillemets !
Moi – Mais, comme je vous l’ai dit de très nombreuses fois, je ne suis pas artiste !
Mlle B – M est traducteur, ce n’est pas la même chose !
Mme Q – Ce que j’appelle artiste, c’est quand on n’est pas dans le secteur marchand classique !
Moi – Je ne suis ni auteur ni écrivain ! Donc, par exemple, pour vous, un chercheur affilié au CNRS et non rémunéré, en physique nucléaire, c’est un artiste ?
Mme Q – Non ! Il est chercheur !
Moi – Ah ben, faut savoir ! C’est vous qui dites que les artistes sont ceux qui ne sont pas dans des activités marchandes !
Mme Q – Oui, mais non ! Puis, l’Agessa, c’est pour les écrivains et les traducteurs, donc les artistes !
Moi – Ecrivain et traducteur, ce n’est pas la même chose, on a une caisse de retraite commune, pas plus, faut pas extrapoler !
Mme Q – Mais vous faites partie de ce groupe-là ! C’est comme ça.
Mlle B – Pour vous, mettre les gens comme ça, dans des cases, ça vous permet surtout de les envoyer dans des associations privées. Niveau politique « artistes », la Mairie de Paris, on voit clairement ce que c’est : le 104 est vide, et les artistes se font fliquer dans des associations privées subventionnées par Delanoë.
Mme Q – Ce ne sont pas des associations…
Moi – Ah, et l’AVEJ, par exemple, que vous m’aviez proposée, c’est quoi ?
Mme Q – Je vous propose seulement, ensuite c’est à vous de choisir, nous n’imposons rien.
Moi – Pourquoi insister alors pendant 6 mois pour que j’aille coûte que coûte dans l’un de ces dispositifs pour artistes au sein d’associations privées financées par la Mairie de Paris ?
Mme Q – Ce n’est pas moi, c’est la commission. Elle doit bien donner son avis. Mais si les gens n’aiment pas ce qu’on leur propose, ils peuvent arrêter.
Moi – Et se faire radier, et se retrouver sans plus aucun revenu !
Mme Q – Ça, c’est la contrainte administrative, c’est normal. Mais vous pouvez passer devant la commission, si vous voulez.
Moi – D’accord, volontiers !
Mme Q – Moi je suis là pour vous faire des propositions. Il y a des gens qui ont besoin de ces suivis ! Puis c’est bien, vous pouvez rencontrer des gens qui vous aident, vous informent,…
Mlle B – Tant qu’il n’y a pas de contrainte...
Mme Q (la coupant) – Mais il y a des contraintes ! Puis vous en savez quoi ?
Moi – Ben, on en voit quand même toutes les semaines, des personnes qui subissent des pressions et sont obligées d’aller dans ces associations pourries !
Mme Q – Ah, et bien moi, je n’en ai jamais vues ! Vous êtes dans un circuit, moi dans un autre !
Moi – Ah, ben, nos circuits se recoupent quand même pas mal ! Ce sont même sensiblement les mêmes !!!
Mme Q – Moi je suis là pour accompagner, sinon je ne ferais pas ce métier.
Moi – Vous savez, dans ces associations grassement subventionnées par la Mairie de Paris...
Mme Q (me coupant) – Et alors ?
Moi – les gens subissent constamment des pressions, des menaces de suspension !
Mme Q –

C’est normal, c’est la contrainte administrative ! Mais ça peut être utile !

Moi – Un autre exemple parmi tant d’autres, de personnes qui viennent nous voir : quelqu’un qui a été forcé par sa référente d’aller dans l’une de ces associations, pendant 6 mois, 3 fois 2h/semaine, pour faire un CV !!!!! Faut le faire quand même, niveau débilité abyssale !!! Et cette personne s’est fait radier, car elle a "osé" être malade une fois !
Mlle B – Et quand une association veut faire quelque chose de bien, elle se ramasse de suite la Mairie de Paris dans la gueule !
Mme Q – Oui, oui ! Mais il y a des gens qui ont besoin de ces associations !
Moi – Il ne faut pas être hypocrite quand même, des RSAstes, on en voit toutes les semaines, et des problèmes comme ça, c’est systématique, c’est quelque chose de récurrent !
Mme Q – C’est la contrainte administrative !
Mlle B – Vous savez, les contraintes que vous subissez, que subissent les travailleurs sociaux, on les connaît, on sait très bien qu’il y a des directives de la Mairie de Paris, que vous devez appliquer.
Mme Q –

Ah non, il n’y a pas de directives !

Mlle B – Pourtant on nous les a communiquées, et tout le monde peut les lire sur notre site !(voir ici)
Mme Q – Ça n’empêche pas que je peux faire du travail avec des gens ! Je suis d’accord qu’il y a beaucoup de mauvaises choses, mais il y a quand même quelques petites choses de bien dans le système. Bref, on se voit en juillet pour le contrat ?
Moi – Oui. »

Sur ce, l’entretien se termine. Nous sortons. Notre entêtement à ne pas accepter tout et n’importe quoi semble épuiser cette travailleuse sociale, pressurée entre d’un côté une direction et une mairie qui donnent des directives souvent antisociales, et de l’autre des RSAstes irrités de s’entendre dire toujours les mêmes choses et de se voir souvent forcés à suivre des prestations de coaching dans des associations parfois d’obédience religieuse. Peut-être pourrait-on lui conseiller de tester ce fameux CAP-Intervalle pour une psychanalyse. Quant à sa direction, il est à craindre qu’elle soit incurable.

Quel que soit leur état de santé, à nous de tenir bon et de nous allier pour refuser ensemble des pseudos réinsertions faites de boulots précaires et d’acharnement psychothérapeutique.


- Contrôle CAF, refus du RSA ?
- Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
- On vous refuse la prime pour l’emploi
- Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?

Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !

Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.

A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey - bureau "les acacias" 1er étage.
métro Marcadet- Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.org

Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !


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