Contrôle CAF : face à la justice de classe et au labyrinthe des recours

dimanche 12 septembre 2010
par  collectif rto
popularité : 7%

Un contrôle CAF, ce n’est pas seulement des milliers d’euros à rembourser, c’est une hypothèque sur le futur.

" Il y a des recours", disent doctement les salariés de la CAF qui ne veulent pas envisager la nature de leur boulot actuel et ses conséquences.

Oui il y en a : devant une commission de recours amiable composée de membres de la CAF, et de quelques syndicalistes indifférents, qui avalisent les décisions dans 90 % des cas. Devant les présidents des Conseils généraux, pour qui faire des économies sur le RSA et les autres allocations dont ils ont la charge, est une priorité.

Et puis ensuite, devant la Commission Départementale d’Aide Sociale, le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale, le tribunal administratif.

Des avocats à payer, ou qui ne connaissent pas grand chose au droit spécifique de ces affaires-là, droit des pauvres : pas très lucratif.

Des années à attendre avant d’avoir une réponse.

Pourtant des femmes tiennent bon, et restent dignes et debout, au grand désarroi de la CAF. C’est une partie du rapport de forces en construction, cette obstination à ne pas se laisser condamner sans réagir, même lorsqu’on est seule.

Un nouveau témoignage d’un combat en cours contre la machine à précariser, en écho à celui-ci, victorieux.

J’ai pris connaissance de votre association via internet et je voulais témoigner de ma situation et plus particulièrement de mon différend qui m’oppose depuis 3 ans à la CAF-Conseil Général de la Haute-Garonne.

Pour mieux connaître ma situation :

A la sortie de mes études universitaires et après avoir passé 6 ans en cité universitaire en étant boursière, échelon 5, je me suis retrouvée en recherche d’emploi. Sans succès. J’ai alors décidé de faire une demande de RMI.

En situation précaire, j’ai jonglé entre le domicile de mes parents à la campagne dans l’Aude (11) et celui d’un ami qui a bien voulu m’héberger à Toulouse, lorsque j’avais la chance de trouver quelques missions d’intérim ou CDD. Avec mes 384 euros de RMI, j’étais dans l’impossibilité de me trouver un logement mais j’espérais retrouver au plus vite un emploi pour me sortir de cette situation.

Jusqu’au jour (le 05/07/07) où une contrôleuse CAF s’est présentée le matin « de façon inopinée » au domicile de Mr O, mon hébergeant, qui n’a pas voulu la laisser rentrer.

A partir de là allait commencer mon calvaire sachant que je n’étais pas chez moi et que je ne pouvais pas autoriser un contrôle à domicile sans l’accord de Mr O.

Je me suis donc présentée à l’entretien dans les locaux de la CAF, entretien inutile puisque la contrôleuse n’avait aucunement l’intention de m’écouter, d’essayer de me comprendre ni de connaître véritablement la situation compliquée dans laquelle je me trouvais. Son objectif était déjà fixé : me faire avouer par n’importe quel moyen que j’étais en vie maritale et donc me faire payer. N’étant pas d’accord avec le rapport d’entretien, j’ai alors refusé de le signer.

Elle en est même venue à appeler la mairie du village où résident mes parents afin qu’ils prennent contact avec elle, alors que durant notre entretien, elle considérait que ce n’était pas nécessaire.
Même discours unilatéral avec mes parents . Elle a essayé de leur faire avouer, alors que ce n’était pas le cas, qu’ils me versaient une pension alimentaire ou une aide financière quelconque. Au contraire, je ne pouvais leur demander aucune aide sachant qu’ils étaient eux-mêmes en situation précaire vivant de la maigre retraite de mon père.
Suite au rapport de contrôle de Mme G. qui décrétait une vie maritale alors qu’elle n’avait alors qu’une adresse commune et aucun élément tangible, seul du verbal déformé, j’ai reçu un courrier du Conseil Général me réclamant un trop-perçu de RMI de 4426,51 euros. J’ai exercé un premier recours gracieux (le 15/11/07) auprès du Président du Conseil Général. Ce recours m’a été refusé.
Puis un second recours (le 16/01/08), cette fois auprès de la Commission Départementale d’Aide Sociale.
C’est alors que j’ai décidé de prendre un avocat en la personne de Me N., pour défendre ma bonne foi.

J’ai fait parvenir (le 14/02/08) au Président du Conseil Général un courrier où j’essayais encore d’expliquer la précarité de ma situation accompagné des documents nécessaires pour démontrer l’absence de vie maritale, à savoir : des factures (EDF, loyer, assurance logement°) au seul nom de M. O, mes certificats de travail d’emplois précaires de 2005 à 2007 et les attestations sur l’honneur de M. O. et de mes parents.

Le 25/02/08, je reçois un avis du Trésor Public me réclamant cet indu de 4426.51 € au nom du Conseil Général.

Un mémoire devant la Commission Départementale d’Aide Sociale de la Haute-Garonne étant déposé par mon avocat, je n’avais plus qu’à attendre la date de l’audience. Selon le courrier de la DDASS du 11/02/2008, ma « contestation serait soumise à la commission pour examen dans les meilleurs délais possibles ». Soit plus de 2 ans après ! Cette Commission devant se réunir le 10/05/10, j’en informe mon avocat qui me dit que sa présence n’est pas nécessaire et qu’il n’a pas lieu de me représenter puisque la décision doit être prise en interne. Faute de quorum, la CDAS du 10/05/10 ayant été annulée, mon dossier doit alors être examiné le 31/05/10. Le courrier ne m’est pas envoyé en recommandé. J’en informe mon avocat par mail. Aucune réponse. J’en déduis, face à la réponse donnée par mon avocat pour la précédente convocation, que ma présence n’est pas obligatoire. D’autant plus que j’étais dans l’impossibilité de me déplacer !
Erreur : je reçois le 28/06/10, cette fois en courrier recommandé, un exemplaire de la décision de la CDAS en date du 31/05/10 où bien sûr mon recours est rejeté.
Cette décision a été prise en mon absence et en l’absence de mon avocat. Comment est-ce possible ?
Face au silence et à la passivité de mon avocat, j’ai décidé d’en changer pour prendre Me C.. Je tiens à signaler que j’ai déjà versé de ma poche 650 euros alors que j’aurais eu droit à l’aide juridictionnelle totale comme on me l’a notifié. Or, s’agissant d’une « Commission » et non d’un Tribunal, aucune aide ne m’a été accordée.

J’en suis donc à envoyer dans le délai de 2 mois impartis un recours adressé à Mme la Secrétaire de la CDAS.

Pour résumer, depuis 3 ans j’essaye de lutter, de démontrer ma bonne foi et le fait que je n’étais pas en vie maritale avec cet ami qui a bien voulu m’héberger durant mes périodes de difficultés.

Le seul avis d’une contrôleuse CAF, qui n’a jamais tenté de connaître ma situation, m’a plongé dans une plus grande précarité alors que je n’étais déjà pas dans une situation mirobolante.

Tous mes droits ont été suspendus et depuis je ne peux bénéficier d’aucune aide au logement ce qui m’a valut de retourner vivre chez mes parents à l’âge de 30 ans !
Aussi, depuis février 2009, je suis de nouveau au chômage et non véhiculée.

Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !

Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.

A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrdt, 15, passage Ramey - Bureau "les acacias", 1er étage.
Métro Marcadet- Poissonniers (L 4 et 12)
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.org

Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !


Commentaires

Logo de AGNES
Contrôle CAF : face à la justice de classe et au labyrinthe des recours
mardi 14 septembre 2010 à 14h23 - par  AGNES

De tout coeur avec vous puisque je suis de la Haute Garonne avec un cas différent et similaire à la fois .
Serait-ce la même contrôleuse qui me vociférait dans les oreilles pour avouer une vie maritale de force ,et un acharnement depuis ce fameux jour en 2009.Heureusement je ne suis pas à la rue et le Conseil Général a respecté ma parole et remis ausi sec dans mes droits mais pas la CAF qui a suspendu par force la dette mais la maintient en suspend au-dessus de ma tête .Ce serait bien de se rencontrer pour échanger nos griefs et nos forces car depuis grâce à AC +++j’ ai appris à reconnaître les impairs et illégalités de cet organisme en attendant j’ ai une avocate sous le coude et articles de loi comme la charte des contrôleurs ...très instructif ! A bientôt AB 31