Le Café des Coupables à la CAF Jaurès ( 75019)

mardi 22 avril 2008
par  Réseau Solidaire d’Allocataires
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Quel meilleur moment pour diffuser le premier numéro du Beurre et l’Argent du Beurre que le vendredi jour où, sur Paris, les contrôleurs sont présents à la CAF et effectuent des contrôles sur rendez-vous. C’est encore mieux quand un précaire du réseau doit lui-même se faire contrôler se jour là !

Nous nous retrouvons une quinzaine devant la CAF Jaurès.

Avec du café, le journal, des tracts. Le tout gratuit , sans dossier ni conditions de ressources, à partager, entre allocataires en attendant l’heure de l’interrogatoire.

On se raconte nos crimes respectifs, avoir caché son petit ami dans le placard, avoir omis de déclarer trois francs six sous de salaire pour ne pas perdre son minima, ou tout simplement avoir égaré des vieilles paperasses que le contrôleur veut absolument voir.

A quelques uns, on entre dans l’antre pour accompagner le Convoqué JPEG - 23.5 ko

Le contrôleur se pointe et dit au présumé coupable de s’installer dans un box pour l’interrogatoire.

Quant brusquement le contrôleur comprend que le coupable va être accompagné d’un membre du réseau il commence son cinéma, dur de se voir contrôler par ceux même que l’on contrôle habituellement. On nous refuse l’accompagnement, il rougit de colère, il disparaît longtemps, un bon quart d’heure, pour enfin réapparaître. Oui l’accompagnement durant un contrôle c’est légal, obligé de composer avec. Comme nous sommes obligés de composer nous même avec ces contrôles, ces questions.

Du coup cela ne dur pas très longtemps, une dizaine de minutes pas plus. Juste de quoi vérifier l’identité et histoire de nous faire croire que tout cela n’est pas bien méchant, à peine une formalité.

Manque de bol on connaît la réalité de ce que peut être un contrôle, le temps que cela peut prendre quand on vous redemande des papiers pendant des mois alors que l’on vous a suspendu votre allocation avant même que le rapport du contrôleur soit terminé. Les questions posées sur la vie privée, les enquêtes de voisinage, les pressions et tous les abus de pouvoir qui vont toujours avec (le pouvoir).

Bien sur le contrôleur ne peut pas s’empêcher de faire une menace.

La personne, SDF, n’est pas domiciliée dans une association conventionnée. Du coup, on ne sait jamais, cela pourrait lui valoir une suspension. Mais c’est donné sous forme de conseil, pas vraiment une menace sincère et franche. « Je fais mon rapport, après c’est le conseil général qui décide ». En soit ce dernier point n’est pas tout à fait faux. Effectivement une fois que le contrôleur rend son rapport qu’il soit positif ou négatif, même si ce qu’il écrit à beaucoup d’influence, la décision de suspendre ou de radier un précaire, est prise par le conseil général.Nous attendrons donc le verdict du Contrôleur Suprême, Bertrand Delanoe

Le contrôle terminé, on décide de rester un peu. Sous l’oeil interloqué, amusé, ou inquiet des salariés, de petits groupes se forment.

Aux guichets des contrôles s’effectuent. Le ton monte dans plusieurs guichets.

Pendant ce temps la sous directrice du site fait des aller et retour derrière les guichet pour vérifier que nous sommes toujours présents.

Une femme avec deux enfants vient de se faire suspendre son API suite à plusieurs contrôles CAF. Elle vient tous les jours pour tenter de régulariser son dossier, elle n’a plus d’argent et la seule aide qui lui a été accordée est 4 packs de lait pour le bébé et un paquet de couches. Elle est venue ce matin avec son ancien compagnon et tous les papiers nécessaires, mais la personne qui les contrôle est en vacances pour trois semaines, donc or de question de revoir son dossier avant trois semaines ! Du guichet on la trimbale dans un box. Elle souhaite qu’une personne du réseau l’accompagne.

Là on lui répète des banalités et on la renvoie dans un autre box.

On commence à s’énerver un peu, la sous directrice fait toujours des aller et retour derrière le guichet, on l’interpelle, demande à lui parler, mais rien n’y fait. On attend longtemps très longtemps. On occupe un box et on joue au contrôleur contrôlé pour passé le temps. Ce n’est pas trop du goût de certains. Les agents sont partagés, certains nous juge avec hostilité, d’autres nous ignorent. Difficile de s’exprimer devant leur direction pour ceux qui semble nous considéré avec sympathie.

L’assistante sociale nous reçoit mais, on le savait déjà, elle ne peut rien faire pour cette dame et ces enfants, elle n’a rien voir avec la décision du contrôleur.

Elle tente malgré tout de comprendre le dossier, semble constater plusieurs irrégularités. Elle n’est pas antipathique mais de toute façon, elle ne peut rien faire. Pas même convaincre la sous directrice de nous recevoir.

L’un de nous arrive à attirer l’attention de la sous directrice à l’accueil, elle tente de l’ignorer, il faut crier pour enfin se faire entendre. Mais ce qui la gêne ce n’est pas la situation dans laquelle se trouve la dame et ses enfants dont nous faisons état, ce sont juste les cris.

Elle décide de faire fermer la CAF et nous menace d’appeler la police pour nous vider.

Tactique bien connue, après ce sera notre faute si les allocataires ratent leurs rendez-vous avec les contrôleurs !

Deux camarades restés à l’extérieur expliquent ce qu’il se passe aux allocataires qui se voientt interdit l’accès de la CAF par une grille. Ambiance plutôt bonne enfant, la sous directrice à raté son coup. Faut dire que pas grand monde va se plaindre de rater son contrôle CAF. Autrefois il arrivait que cette tactique CAFkaïenne connaisse quelques succès. Maintenant que l’on ne se rend plus à la CAF que pour des emmerdes, cela n’a plus grand effet.

JPEG - 15.7 ko Une fois que nous nous retrouvons emprisonné dans la CAF la sous directrice finie par accepter de voir cette dame venue avec son ancien mari. Mais elle se contente de faire diverses provocations. On sent qu’elle va s’en prendre une si elle continue car les allocataires rentrent dans son jeu. Du coup, on se décide à partir, coupables d’être allocataire certes, mais coupables de donner baffes bien méritées, non. Au préalable nous effectuons une demande de rapport de contrôle tamponnée par la CAF.
Lorsque ce rapport sera parvenu on nous assure d’un rendez-vous pour le couple durant lequel ils pourront se faire accompagner d’un membre du réseau.

La situation est complexe et la CAF profite de l’énervement du couple pour la rendre d’autant plus complexe et inextricable, c’est facile de jouer avec les règlementations et de rendre incompréhensible une situation jusqu’à ce que personne ne s’entendent ni se comprennent.

Mais complexe ou non, une chose est sure et simple les deux enfants et leur mère ne mangeront pas à leur faim tant que ce bout de papier ne sera pas parvenu.

D’ailleurs, ils ne doivent pas être les seuls.Nous apprenons en effet plusieurs choses assez inquiétantes.

- désormais, la suspension de l’allocation est quasi systématique dès le déclenchement du contrôle, dès lors qu’il y a " suspicion de fraude " : selon les termes de la sous-directrice, il s’agit de " stopper l’hémorragie ".

- si le contrôleur part en congé ou tombe malade, et que ça dure moins de deux mois, le dossier ne bouge pas et l’allocataire peut donc crever de faim en attendant.

- actuellement, toutes les CAF d’Ile de France ont des retards de traitement : "seulement" quatre jours à Paris, mais plusieurs semaines, voire plusieurs mois en banlieue. La durée des contrôles est allongée d’autant.

Le prochain Café des Coupables aura lieu jeudi 24 avril à partir de dix heures à la Caisse d’Allocations Familiales de Champigny sur Marne (94)

RSA-Réseau Solidaire d’Allocataires

- Contrôle CAF, refus du RSA ?
- Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
- On vous refuse la prime pour l’emploi
- Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?

Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !

Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.

A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey - bureau "les acacias" 1er étage.
Métro Marcadet Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.org

Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !

Le Beurre et l’Argent du Beurre , la feuille d’infos des Cas Sociaux

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Commentaires

Le Café des Coupables à la CAF Jaurès ( 75019)
mercredi 23 avril 2008 à 08h41

Pendant ce temps, on apprend que les patrons du caca rente se sont augmenté encore de 5% leurs salaires (ce qui fait une moyenne de 2 millions d’euros par mois). Une augmentation indexée sur les bénéfices de leurs entreprises.

C’est peut-être là la différence qui compte, qui fait que les salariés riches peuvent s’augmenter comme ils le souhaitent, étant entendu que ces augmentations sont payées par les entreprises qui les emploient. C’est une affaire privée. En revanche, les salariés pauvres ou les chômeurs sont dépendants de la "solidarité nationale". A ce titre ils émargent à des budget alimentés par les impôts. C’est donc de l’argent public, rare et pas loin d’être vu comme pris dans la poche de ceux qui travaillent.

Pour les premiers, qui se gavent, ça passe. Pour les seconds qui vivotent, c’est pas loin du scandale. Le scandale n’étant pas leur situation - finalement incompréhensible pour le sens commun décidément bien borné -, mais plutôt le fait qu’ils s’adressent aux organismes d’aide sociale pour les aider à faire face à leurs contraintes matérielles.

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Le Café des Coupables à la CAF Jaurès ( 75019)
mardi 22 avril 2008 à 18h02 - par  Calogero Vittone

Ok mais après ? La suite de l’histoire ? On a une jeune mère de famille et son bébé privés de tout moyen de subsistance, autrement dit placés en situation de danger par l’irresponsabilité d’une poignée de bureaucrates, et là je ne comprends plus... Il y a à l’évidence un préjudice moral et physique, un certificat médical à faire établir par un médecin avant dépôt de plainte auprès du Procureur de la République ? Cette personne a droit à l’aide juridictionnelle, des associations comme la vôtre peuvent se porter partie civile et d’ici là saisir les médias toujours à l’affût d’un scandale de ce genre, non ?

Je me souviens d’un fait survenu à Toulon voici deux ans, une dame octogénaire qui avait failli se retrouver à la rue suite aux manigances d’un promoteur immobilier, eh bien dans les heures qui ont suivi, les micros et les caméras étaient sur les lieux et le margoulin en question était sommé de s’expliquer entre le maire et le préfet, celui-ci ayant dû s’engager à proposer rapidement une solution de relogement à la vieille dame.

Vous nous faites part d’une situation a priori scandaleuse qui met très gravement en cause une administration qui est certainement moins intouchable que vous ne le prétendez. Si cette histoire est véridique, ce dont je ne doute pas, et si vous êtes à même d’en témoigner, elle doit faire l’objet des suites judiciaires qu’elle appelle. Il y va de la crédibilité de votre mouvement et de l’impact de votre action. Merci de nous tenir au courant.

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mercredi 23 avril 2008 à 21h17 - par  Emmanuel G.

Mademoiselle,

Concernant cette jeune femme, je suis formel. Dirigez-la vers un médecin, qui prendra en compte son état et celui de son enfant et qui, au regard de leurs difficultés, leur fera obtenir la prise en charge qui leur est nécessaire. Je ne parle pas là de justice, c’est en effet un travail de longue haleine qui nécessite des moyens, du temps, et, disons, une visibilité dont vous ne disposez pas à l’heure présente.

La parole du médecin a toujours plus d’autorité que celle d’un vulgaire fonctionnaire. Je vous parle de cette façon car j’ai connu récemment un cas assez analogue dans mon entourage, celui d’une jeune femme d’origine guinéenne qui s’est trouvée désemparée et sans logement, avec son bébé, suite à une séparation. Le passage par le médecin a donné lieu dans les plus brefs délais à un placement en hôtel social. Six mois se sont ainsi écoulés, pendant lesquels cette jeune personne a repris le dessus, trouvé un emploi stable et quelqu’un pour garder l’enfant. La jeune femme a emménagé cette semaine dans une HLM, la voilà tirée d’affaire (si vous me pardonnez mon optimisme).

Vous allez encore dire que je suis conseilleur, mais si je puis me permettre, il vaut mieux, pour vous comme pour les personnes que vous suivez, quitter cette capitale qui n’a jamais été facile à vivre, et qui selon ce que j’en sais est devenue un enfer.

La vie en "France profonde" est croyez-moi plus riche en opportunités d’embauches, en tout cas elle revient moins cher. Peut-être aussi les bureaucrates y sont-ils moins stressés.

Je suis conscient du danger que recouvre la législation que vous décrivez, et du fond de ma campagne, je sais bien que nous traversons une période plutôt inquiétante. Mais je ne partage pas votre pessimisme quant au devenir des minima sociaux. Les supprimer serait prendre les risques que vous imaginez, et si vous voulez mon sentiment d’ancien militaire, "on" ne laissera pas la machine s’emballer, car personne n’a intérêt à ce qu’elle prenne feu.

Ou, si vous préférez, on sait combien dans les hautes sphères du pouvoir une ambition chasse l’autre.

Je vous souhaite le bonsoir.

Emmanuel Gamblin.

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mercredi 23 avril 2008 à 14h43 - par  collectif rto

Re-bonjour

Quel ton insolent ? Quelles barricades ? On débat c’est tout.
Les associations ? Mais les associations, enfin celles qui sont indépendantes, elles sont dans la même galère que nous.
Les médias ? Mais les médias, ils savent, simplement, ils préfèrent donner la parole à la Voix de leur Maitre, et nous sortir les vilains fraudeurs milliardaires...

Ca ne veut pas dire qu’on ne s’en sert jamais, ça ne veut pas dire qu’on crache dessus, mais juste que ça n’a rien d’évident, sinon ce serait déjà fait.

Elements isolés ? Qu’est ce qui vous fait dire qu’on est isolés ? Le fait qu’on crée notre collectif au lieu de rejoindre telle ou telle asso déjà existante ? Est ce que ça nous empêche de prendre contact avec d’autres , salariés de la CAF ou associations de chômeurs ?

Rompre l’isolement, pour moi, c’est avant tout ne pas rester cantonné au monde "militant", mais être présent au quotidien là ou sont les autres précaires, ceux qui ne vont pas forcément aux manifs. Rompre l’isolement, pour moi, c’est commmuniquer directement, faire tourner l’info , autrement que par l’intermédiaire des médias contrôlés par ceux là même qui oppriment. Ca marche, la preuve, vous êtes arrivé jusqu’à nous.

Et comme je vous l’ai dit on est ouvert à toute proposition d’action solidaire, judiciaire ou pas. Et quel que soit l’âge des bonnes volontés. Si vous pensez pouvoir nous apporter des éléments juridiques sur la protection de l’enfance , allez-y.

Quant à la lutte des sans papiers, je ne crois pas qu’on se dirige vers une vraie "victoire ", mais si elle prend de l’ampleur, à mon avis c’est principalement parce que les concernés s’organisent : si la CGT accepte de s’engager sur cette question après des années de silence, c’est aussi parce qu’elle ne pouvait plus ignorer le problème, parce que des collectifs agissent depuis des lustres.

Peut-être qu’un jour, ce sera le cas pour les précaires...

Voilà, et désolée si vous avez mal pris le ton sur lequel je m’exprime, n’y voyez aucune animosité, au contraire, les critiques et les idées sont toujours bienvenues

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mercredi 23 avril 2008 à 11h47 - par  Emmanuel G.

Excusez-moi d’ajouter que concernant les sans-papiers, l’action entreprise par les associations est en passe d’être couronnée de succès. Les éléments isolés, c’est louable mais aussi efficace que l’utopie.

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mercredi 23 avril 2008 à 11h45 - par  Emmanuel G.

Et pourquoi adopter ce ton insolent avec les gens qui prennent la peine de réagir à vos interventions ? En ce cas, n’ouvrez pas les commentaires !Pourquoi cherchez-vous à nous faire croire que vous avez réponse à tout ? Les associations, les avez-vous seulement contactées ? Pouvez-vous nous faire part de leurs éventuelles réponses ? Avez-vous cherché à sensibiliser les médias ? Avez-vous tenté une action en justice pour prétendre que ça ne fonctionne pas ? Au fond, puisque vous paraissez si certain que nous sommes en état de guerre civile, pourquoi ne prenez-vous pas les armes ? Ni moi ni personne ne cherchons à vous culpabiliser de quelque façon que ce soit. Vous faites état d’un cas qui semble extrêmement critique, je vous réponds qu’il relève du droit et qu’il y a une procédure à engager. Ou alors, soyez les premiers à élever ces barricades dont tout le monde parle, mais dont personne ne voit jamais la couleur. Pour ma part, pardonnez-moi mais vu mon âge (75 ans), je ne pense pas faire le poids.

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mercredi 23 avril 2008 à 11h40 - par  collectif rto

Bonjour,

Encore une fois, si nous racontons l’histoire de cette dame, ce n’est pas parce que c’est un cas isolé, mais parce que nous jugeons nécessaire de dire ce qui se passe au quotidien dans les CAF, ce qui se cache sous la prétendue lutte contre la fraude, et surtout ce qu’on peut faire ensemble pour résister.

L’autre cas raconté ici, tout à fait légal, n’est pas moins ignoble quand on y pense : convoquer un SDF...Et si come beaucoup, il n’était pas passé chercher son courrier à l’association, s’il n’avait pas eu le courage de se rendre au rendez-vous : et bien, il aurait rejoint la moitié des sdf parisiens qui ne touchent pas le RMi, tout simplement parce qu’ils n’ont pas pu affronter toutes les démarches à effectuer.

Peut-être que tout ça est effectivement contraire à la déclaration des droits de l’homme, ou à je ne sais quel grand principe inscrit dans le marbre un peu effrité de la République. Peut-être qu’en s’y mettant, en trouvant un avocat sympa qui veuille bien entamer une procédure rémunérée par l’aide juridictionnelle, en faisant appel, puis encore appel, au bout de deux ou trois ans, on obtiendrait gain de cause pour cette famille.

Mais, nous, on n’a pas l’envie, ni le temps. Dans un an au train ou ça va, il n’y aura plus de RMI, ni d’API, juste quelques miettes conditionnelles pour ceux qui auront la force de trouver un boulot ou de se soumettre aux contrôles, aux stages bidons.

Et puis, juste un truc : le RSA ne défend pas seulement les allocataires totalement innocents aux yeux du pouvoir.Par exemple, quelqu’un qui vit en couple et ne l’a pas déclaré pour ne pas perdre son RMI, c’est lui qui est en tort aux yeux de la justice, mais pas aux nôtres !

De notre petite expérience, pon sait par contre que la solidarité ça marche. Que même quinze personnes qui s’agitent dans une CAF, ça fait souvent reculer la direction. Que chaque petit accrochage remonte jusqu’à la grande direction, et qu’il est fort probable qu’au bout d’un moment, si ça se multiplie, ils vont se calmer.

La riposte est nécessaire maintenant, briser l’isolement, une question de survie. Et comme le dit Gobs, peu d’assos ou de syndicats nous y aideront, à nous de nous prendre en main, avec les moyens du bord. Notre journal est gratuit mais son cout est asssumé par les précaires du collectif, par exemple.

Après, le RSA est évidemment ouvert à tous ceux qui ont envie de lutter, et si certains veulent se consacrer à de grandes batailles judiciaires avec la CAF, bien sûr on est preneurs

Logo de Gobs
mercredi 23 avril 2008 à 10h21 - par  Gobs

Un État de droit ? Où ?

Mince si j’avais su qu’il suffisait de porter plainte contre une institution qui te mets dans la merde ou qui fais des abus de pouvoir, j’aurais évité un nombre d’emmerdes incalculables tout au long de ma vie.

Suffisait d y penser...

Mais plus sérieusement, la visiblement il s’agit de gens qui se sont mis en lutte pas d’une association.
Pourquoi, alors qu’il existe tant d’associations et de syndicats qui sont censées faire ce que tu dis, qui en ont les moyens financiers et disposent de permanents pour ça ?

Ces derniers manqueraient ils à leurs mandats ? oublieraient ils d’écouter leurs membres ?
Les marches de manœuvres qu’ils offrent seraient elles trop limitées pour ceux qui s’y inscrivent ?

Je ne sais pas, en tout cas que des gens se regroupent sur la base de lutte et de revendications communes, avec des textes de qualités, des interventions collectives là où ils sont harcelés cela me semble être le principe même de la lutte, sans autres intérêts que la défense commune.

Ce qui m’étonne c’est qu’il y en a toujours pour dire ce que untel devrait faire ou ne pas faire à des gens qui tentent de lutter. Donner des idées, participer, oui. Mais pourquoi ce ton de professeur d’éducation civique, cette façon de faire peser une responsabilité sur les épaules d’un collectif qui réunit des gens qui veulent justement montrer et lutter contre ce qui se passe et qui ont probablement constaté que la justice n’était pas la réponses à des problèmes qui touche des millions et de gens.
A des problèmes qui sont liés à une volonté politique.

Logo de Emmanuel G.
mercredi 23 avril 2008 à 09h33 - par  Emmanuel G.

Calogero a raison, et je trouve que vous avez tort de prendre son propos en mauvaise part. Dans un Etat de droit, il y a la loi et il y a la jurisprudence, qui est une latitude accordée au juge d’adapter la loi à son contexte ou d’en corriger certains effets néfastes.

Dans le cas que vous rapportez, cette jeune femme et (indirectement) son enfant, subissent de la part de l’administration mise en cause une atteinte à leur intégrité qui est de nature à entraîner de lourdes conséquences. Certes il y a application de la loi, mais celle-ci, que je sache, n’annule pas les autres dispositions légales prévues dans le cadre de la protection familiale et de l’enfant.

Je crois, avec Calogero, que cette dame devrait se faire établir au plus vite un certificat médical, préalable indispensable à une procédure judiciaire à intenter à l’encontre des responsables de la CAF Jaurès, avec évidemment l’appui d’associations habilitées à ester en justice.

mardi 22 avril 2008 à 21h21

Robin des Bois peut-être pas, mais je fais passer l’info.

mardi 22 avril 2008 à 19h24

Alors, l’histoire de cette famille est scandaleuse, mais que croyez-vous ? Son calvaire est parfaitement légal.

La suspension des allocations avant la fin du contrôle est prévue par le décret sur le train de vie des allocataires de minima sociaux, passé en février. Elle intervient dès lors que le contrôleur estime qu’il y a "suspicion de fraude". Là, en l’occurence, la mère mal logée changeait souvent d’adresse avant de trouver un logement stable. Pendant deux mois, son ex-compagnon, lui a permis de donner la sienne pour recevoir du courrier. Dans la vie, ça s’appelle ne pas être un gros salaud, pour la CAF, c’est suspicion de vie commune et donc coupure de l’API.

C’est légal, c’est le fonctionnement normal du contrôle. Ce qui l’est moins, c’est que nous étions de passage à la CAF, pour un contrôle touchant l’un d’entre nous et qu’on n’a pas eu envie de laisser cette famille seule, qu’on s’est reconnus dans son histoire. Qu’on a foutu le bordel, qu’elle a pu au moins être reçue par la direction, et qu’on va se revoir et continuer la pression, qu’à mon avis, on aura au moins fait accélérer les choses.Et bien sûr, dès qu’on saura la suite, ou plutôt qu’on la construira ensemble.

Et nous ne sommes pas une association, nous sommes des précaires en lutte. Alors, merci de la leçon sur tout ce qu’on devrait faire et qu’on ne fait pas, mais une fois par semaine en tout cas, on est devant et dans les CAF pour résister ensemble et on n’y croise pas beaucoup de Robin des Bois...

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mardi 22 avril 2008 à 18h45 - par  Agnès

Il ne s’agit pas du tout d’un cas isolé ou de la victime d’« une poignée de bureaucrates » : il s’agit là d’un système conçu et voulu dans ce sens et dont on « admire » les rouages en marche.
La situation de cette famille ne doit rien au hasard, au « pas de chance » ou à l’arbitraire : c’est ce qui se cache derrière les discours de stigmatisation de l’« assistanat et des profiteurs » de l’aide sociale. C’est la mise en place de règlements durs et restrictifs qui réduisent de plus en plus le périmètre de la solidarité nationale, ce qui conduit inexorablement à l’explosion de ce type de cas.
Et c’est cela qui est grave.
Derrière les discours revanchards anti-pauvres, il y a la réalité de centaines de milliers de gens qui sont à la merci de la moindre modification de règlement pour leur subsistance même.

Site web : Le Monolecte
Logo de Hubert
Coupables à la CAF
mardi 22 avril 2008 à 15h56 - par  Hubert

Bonjour,

Aussi écœuré qu’Agnès (Monolecte) par cette description minutieuse. Admiratif de la patience des Résistants Solidaires face à la monstrueuse connerie bureaucratique.

Je voulais surtout vous féliciter et vous encourager. C’est bien en s’y mettant ensemble, en s’entraidant, en ne se laissant pas intimider, en demandant des comptes aux bureaucrates, que quelques personnes ne sombreront pas, que nous empêcherons ou retarderons les nouvelles régressions sociales.

Solidaire.

Hubert

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Le Café des Coupables à la CAF Jaurès ( 75019)
mardi 22 avril 2008 à 14h57 - par  Agnès

Je trouve ça assez monstrueux cette suspension immédiate de ressources en cas de suspicion de fraude.
Présumés coupables et réduits immédiatement à l’indigence.

J’ai comme l’impression que le plan, actuellement, ce n’est plus de fabriquer de la pauvreté, mais bien de la misère.

Site web : Le Monolecte
lundi 28 avril 2008 à 14h34

"Je veux bien vous rencontrer et discuter de tous les problèmes qu’il y a a la CAF et Dieu sait s’il y en a...".

Mais ma pôv’dame, le problème c’est pas seulement la caf, c’est la société le problème, c’est la civilisation le problème, c’est l’humanité le problème. Ce qu’on pouvait être tranquilles et ce que la vie pouvait être belle tant qu’on était qu’entre singes. Puis certains d’entre nous se sont mis à déconner puis leurs mouflets sont devenus des hominiens puis les hominiens sont devenus l’humanité et depuis ça pense plus qu’à se taper sur la gueule, et que j’t’écrase et que j’t’exploite et que je fais des lois pour dire aux braves gens lui il fait partie des bons et lui c’est un mauvais.

Vous y changerez quoi, vous autres ?
Rien.
Seriez plus malins, vous laisseriez ce pays de merde à ses sales français et vous iriez faire votre beurre là où c’est jeune et où c’est beau et où il y a de la demande. Ici y’a plus qu’à torcher et à tirer la chasse.

jeudi 24 avril 2008 à 23h23

Bonsoir,

Relisez bien le texte et vous verrez que nous sommes loin de mettre tous les salariés dans le même sac, nous parlons d’ailleurs de l’assistante sociale notamment, en termes très corrects. Nous décrivons simplement les choses comme elles se passent au quotidien, même s’il est bien évident, que nous sommes a priori plus contactés par ceux pour qui ça se passe mal que pour les autres.

Reste que vous ne pouvez ignorer l’augmentation des contrôles et la suspension de plus en plus fréquente avant tout "jugement" définitif, elle est d’ailleurs expréssément prévue par les textes.

Au delà, je crois que vous ne réalisez pas ce que peut avoir d’humiliant en soi, le contrôle CAF, l’obligation de devoir justifier de sa vie amoureuse, d’entrer dans tous les détails de sa vie privée avec un parfait inconnu qui s’invite chez vous. Tout ça pour des minima, qui je vous le rappellent ne représentent pas des sommes énormes mais quelques centaines d’euros par mois à tout casser. A titre d’exemple, les employeurs qui bénéfécient d’aides bien plus conséquentes, ne sont eux pas soumis à de telles obligations et pourtant l’aide aux entreprises représente plus de 65 milliards d’euros. Et la CAF leur enverse une partie au titre des contrats aidés,....

Quant à vous rencontrer ce sera avec plaisir, contactez nous par mail ! Au passage, les salariés de la CAF sont bien évidemment invités à nos cafés et rien ne leur interdit de venir en partager un pendant leur temps de pause quand nous sommes présents ( mais, non on ne crachera pas dedans ....)

A bientôt donc !

jeudi 24 avril 2008 à 19h59

Je trouve que c’est trop nul ce que vous dites sur la CAF. Je travaille à la CAF depuis 1973, alors calculer depuis quand je suis la !!! . Je ne suis pas pro-CAF bien au contraire. J’essaie d’aider les gens au mieux que je peux. J’ai travaillé à la CAF du 19ème pendant des années. Depuis l’ouverture du centre de la Chapelle, je suis partie travailler pour le 18ème depuis environ 4 ans. Je connais les inspecteurs du 19 et 18ème. Il il a des gens très bien. Bien sur qu’ly a des employés et des inspecteurs "relourds" mais, croyez moi- moi, il y a des gens bien !!
On ne supprime pas les prestaions familiales quand on demande une enquête. On ne supprime les PF que lorsque l’inspecteur n’a pas pu rencontré l’allocataire.
Nois ne sommes pas des ennemis !!!!! Les gens qui travaillent à la CAF sont aussi des allocataires.
C’est vrai que depuis quelque temps, on nous a mobiliser contre les fraudeurs .Je ne suis pas pour les fraudeurs, ceux que j’appèllent les fraudeurs, sont ceux qui profitent du système à mort. Par exemple, ceux qui ont des revenus et qui touchent en plus le RMI. Je comprends très bien que quand on ne touche que le RMI, ou l’API d’ailleurs, quand on a un petit boulot à côté, non déclaré, on le tait. Les inspecteurs aussi, font comme ça.
J’ai pas tout lu dans vos incrimminations de la CAF, mais franchement, vous dites trop d’abérrations sur les gens de la CAF et les alloctaires.
Je veux bien vous rencontrer et discuter de tous les problèmes qu’il y a a la CAF et Dieu sait s’il y en a, mais ne mettez pas tous les gens dans le même sac, aussi bien, les employés de la CAF que les prestataires !!!!!