Le fantôme de Pôle Emploi Vendôme
par
popularité : 5%
Pôle emploi avait (et a toujours) le pouvoir de radier les gens pour des motifs arbitraires. Il a à présent, le pouvoir d’en faire des fantômes. Ci-dessous la mésaventure d’une chômeuse en litige avec son agence Pôle emploi pour avoir refusé de perdre son temps inutilement.
Le fantôme de Pôle Emploi
En franchissant la porte de Pôle Emploi, tombant immanquablement sur une file d’attente conséquente, irait-on s’imaginer que ces personnes, patientes, ou impatientes, dociles ou agacées, n’ont en réalité qu’une présence physique aléatoire ? Si certaines d’entre elles sont bien réelles et papables, d’autres, en revanche, peuvent se trouver officiellement disparue.
Évidemment, ça n’arrive pas comme ça, il faut l’avoir cherché un peu. Explication :
Les acteurs :
Une femme inscrite sur la liste des demandeurs d’emploi (depuis
juillet 2005), ne bénéficiant d’aucune allocation, qui a, jusqu’à ce
premier incident, fait un parcours sans faute : présence à toutes les
convocations obligatoires, recherche effective d’emploi avec
justificatifs à la clef. Appelons-la DE.
Un directeur d’agence qui fait son travail de directeur, pour lequel
il perçoit une rémunération. Il fait son travail à la perfection et
tient son institution d’une main de maître. Appelons-le DA. Quelques
autres membres du personnel sont intervenus aussi, mais comme ils
travaillent de concert, comme un chœur antique qui rappelle la morale,
disons qu’ils ne font qu’un.
Tout allait parfaitement bien… sauf que DE a séché trois minutes (ou
cinq, peut-être ?) de convocation.
Il dit qu’elle a un contrat avec lui, qu’elle a des devoirs et des
sanctions. Peut-être des droits, mais là, dans ce cas, non. Par exemple,
elle n’a pas le droit de disposer de son temps à sa guise.
Habituellement, ce genre de servitude intervient dans la relation
emploi-employeur en échange de salaire, mais en l’absence de
rémunération, le statut est celui d’esclave. Elle s’insurge.
Bêtement car c’est comme ça qu’elle va commencer à disparaître…
Acte 1 : Disparition partielle
Le 11 octobre, DA, est invitée à honorer une ‘convocation à un entretien de suivi de (son) projet personnalisé à l’emploi, et une réunion d’information collective sur les prestations de pôle emploi’, pour une durée de deux heures environ. Elle s’y rend, signe sur le registre de contrôle des présences mentionnant aussi son numéro d’identification.
Première heure, elle écoute gentiment les propositions d’aides au
retour à l’emploi proposées à l’ensemble quelques 20 personnes
convoquées ce matin-là.
A l’issue de cette réunion collective, les demandeurs d’emploi
apprennent qu’ils vont devoir passer chacun leur tour à un entretien
individuel qui durera à peine 5 minutes. La priorité est donnée aux
personnes qui entrent dans les critères des aides proposées en première partie. Ce n’est pas le cas de DE, qui attend sagement en remplissant docilement la feuille de Pôle Emploi qui l’invite à une introspection salutaire, comme on va à confesse :
Cocher les cases : je suis en recherche effective d’emploi, je ne
rencontre pas de difficultés, je sais faire un CV, je connais un réseau
de professionnels dans le domaine qui me concerne, je fais des
démarches…
La feuille est déjà remplie, trois personnes seulement sont passées, mais elles continuent, les personnes ‘prioritaires, à se présenter ! DE n’a pas besoin de formation pour faire un CV ou des lettres de motivation. DE n’a pas besoin de faire un bilan sur 5 semaines pour trouver quelle formation convient à son profil, des formations, elle en a déjà trop.
Elle demande à passer en dépit du fait qu’elle n’est pas concernée par les dispositifs pour ne pas attendre une heure… ou plus. On se renseigne du coté du personnel de Pôle Emploi, petit conciliabule discret avec regard en biais du coté de l’impertinente : où est-ce qu’elle se croit, celle-là ? A la queue comme tout le monde. Requête refusée, pas de motif (celui d’avoir des choses à faire n’étant visiblement pas recevable quand on est demandeur d’emploi).
Elle demande alors à sortir – la porte était fermée à clef soit pour empêcher les chômeurs de s’enfuir devant le temps qui ne passe pas, soit pour empêcher les retardataires d’entrer : on ne rigole pas avec la ponctualité, ici. La personne chargée de l’accueil commence à refuser d’ouvrir puis, devant l’insistance de DE, et la crainte peut-être d’être poursuivie pour kidnapping, déverrouille la porte, menaçant :
si vous partez maintenant, vous serez considérée comme absente.
DE n’y croit pas, ou plutôt met au défi l’administration qui enferme ses usagers de la punir comme on le fait d’un prisonnier qui s’évade. Mais à cet instant, alors qu’elle pense juste franchir une porte pour aller s’occuper d’affaires plus urgentes que d’attendre sans rien faire, elle commence à disparaître aux yeux de Pôle Emploi. Car en effet, niant sa présence à une réunion plus d’une heure, on l’informe qu’elle était absente : elle reçoit le 14 octobre une lettre de DA : ‘vous disposez d’un délai de 15 jours à compter de la réception du présent courrier pour (lui) faire parvenir, par écrit, les raisons de cette absence à cette convocation’.
Acte 2 : Disparition totale
La fauteuse répond par lettre – tamponnée reçue par Pôle emploi le 26 octobre– expliquant d’une part qu’elle était bien présente, d’autre part que les trois (ou cinq ?) minutes manquantes étaient dues à une file d’attente d’environ une heure avant de pouvoir être reçue, et qu’en conséquence, attendre une heure pour un entretien fait à la va-vite ne paraissait pas justifié au regard des autres engagements qu’elle avait.
Mais cette lettre, reçue par DA dans les délais impartis, jointe au dossier de DE dans les archives de l’administration n’existe pas. Sa réalité a été niée elle aussi : les arguments avancés par DE pour expliquer son refus d’attendre ne sont même pas considérés comme non recevables, ils sont tout bonnement effacés,
ils n’impriment pas la rétine de DA qui a cependant la lettre dans les mains
. Seules quelques personnes ont le privilège de voir les fantômes.
Un second courrier de DA en date du 02 novembre le confirme : ‘Par courrier en date du 14 octobre, vous avez été informée que votre radiation de la liste des demandeurs d’emploi pouvait intervenir du fait de votre absence à l’entretien de suivi mensuel de votre projet personnalisé fixé le 11 octobre. Vous n’avez fait part d’aucune observation écrite dans le délai qui vous étaient impartis. En conséquence, je vous informe que j’ai procédé à votre radiation de la liste des demandeurs d’emploi.’
Et pourtant, il a reçu la lettre. L’a lue. Mais elle n’existe pas vraiment, pas plus que son auteur qui a perdu une partie de sa matérialité en quittant le troupeau.
Inquiète à l’idée de disparaître définitivement de la surface de la terre, DE rencontre DA le 5 novembre. DA sait que DE était présente le 11, DA a la lettre d’explication du 26 octobre sous les yeux. Mais DA ne lève pas sa décision de radiation. Il a des doutes quant à la recherche effective d’emploi de DE, mais ne demande pas de justificatifs. Elle pourrait en fournir pourtant, elle en a. Elle en avait déjà évoqué quelques-uns dans la lettre expliquant son départ anticipé de la réunion. Il n’a pas vérifié, puisqu’il n’a pas considéré que DE pouvait agir par elle-même. Puisqu’elle n’existe pas, ni physiquement lorsqu’elle est présente, ni à travers les traces écrites qu’elle laisse. Il a des doutes, dit-il (oui, oui, il l’a dit !). Il pense que. Il suppose que. Il a l’impression que… DE n’est pas disponible pour faire des recherches d’emploi justement parce qu’elle a en effet un emploi du temps chargé ! Sanction, confirme DA, qui aime ce mot. Exit. Un demandeur d’emploi en moins. A la tête du client.
Acte 3 : Glissement vers la zone de sans droits
Conséquences
DE avait le 4 novembre un entretien d’embauche à un emploi aidé…
dont la condition première d’accès est d’être inscrit sur la liste
des demandeurs d’emploi. Elle perd donc la possibilité de cette
embauche. Elle est allée à l’entretien malgré tout, espérant, si
jamais elle était retenue, trouver une solution : ce serait trop bête de
passer à coté d’un emploi grâce à la diligence de Pôle Emploi !
Brave homme, DA confirme :
bien sûr, si vous êtes retenue pour ce poste, je lèverai la sanction
(décidément, il aime ce mot). Trop aimable. Il pose et relève des sanctions au gré de ses désirs.
Elle a en cours un dossier de demande d’allocation venant d’une autre administration, dont l’une des conditions d’obtention est… d’être demandeur d’emploi. Retard sur le dossier estimé à 4 ou 5 mois : délai de ré-inscription à Pôle Emploi (retrait et dépôt du dossier d’inscription, convocation à un rendez-vous pour valider l’inscription, dépôt du dossier de demande d’allocation, délai de demande d’allocation de retour à l’emploi - qui sera refusée par la commission, mais sans l’attestation de refus, impossible de présenter le dossier à l’autre administration – délai de traitement du dossier par l’autre administration.). D’ici là, elle mangera des patates, le dossier traîne déjà depuis 3 mois. Et avec un peu de chance, elle aura retrouvé un emploi et n’aura plus besoin d’aide ! Là-dessus, DA ne propose rien. Punie ! Aucune aide ? Tant pis ! Fallait pas faire la vilaine.
Par manque de chance, la CPAM qui n’a rien à voir dans cette histoire, mais est malgré tout pressée elle aussi de ne pas encombrer ses ordinateurs avec des numéros de sécu non justifiés, s’en mêle et
demande dans cette même période à DE de certifier être encore à la
recherche d’un emploi pour maintenir les droits à la sécurité
sociale… Là, il faut tricher et espérer qu’ils ne sont pas à cheval
sur la réalité matérielle des justificatifs… Ou être honnête et
basculer sur le système parallèle CMU.
DE est devenue un fantôme aux yeux de la société parce qu’elle a failli – une seule et unique fois- au devoir essentiel du demandeur d’emploi : faire la queue.


Commentaires