Opération Jean Valjean des sandwichs

lundi 7 juillet 2008
par  un précaire
popularité : 5%

Le 10 juin s’est fait arrêter Juan Elner, alias Jean Valjean, qui mieux que le fantôme de l’opéra, hantait les nuits de la faculté de Nice depuis plus de dix ans. SDF, il avait décidé il y a une dizaine d’années de vivre dans le vide sanitaire d’un bâtiment d’extension de la faculté de lettres. Il y avait aménagé progressivement une cache où il vivait, et d’où il s’échappait épisodiquement, entre 2 et 3 heures du matin, Il y a six mois, il s’était mis à cambrioler les machines à sandwichs, dont il dérobait aussi la recette, en laissant derrière lui des petits mots signés : « Merci. Jean Valjean ».

Il a pris un mois ferme et quatre avec sursis.

Alors moi, ben je vais lui écrire un mot de soutien, rien que pour la classe*. Je vais le mettre en ligne ci-dessous et je me dis que si tou-tes celleux qui lui écrivent le font, ça mettra un peu de poésie dans ce monde de brutes.

Richard JPEG - 6.1 ko

*********************************

Salut Juan Je t’écris en français, et je ne sais pas si c’est ta langue. Je t’écris à la maison d’arrêt, et je ne sais même pas si tu y es. Mais je m’en fous. Comme beaucoup de choses militantes, je rédige cette lettre moins pour te faire du bien que pour pouvoir me regarder dans une glace le matin et me dire que je ne suis pas encore une pauvre tâche blasée. Mais aussi pour te faire du bien, quand même, un peu. S’il y a moyen.

Je t’écris parce que, de la même façon que je vomis sur les geôliers, les conseillers d’orientation, les fermeurs de fenêtre, les passageurs clouteurs, ceux qui réduisent notre circulation, contraignent nos comportements, appuient sur le sommet de l’entonnoir pour faire suinter les modes, les préjugés, les stéréotypes intellectuels et les communautarismes, qui rebouchent les tunnels des Dalton avant qu’ils ne s’échappent.

De la même façon, j’ai envie de dire ma solidarité, ma fraternité, mon estime, mon admiration pour les rats du système, pour les termites dans les poutres de l’œil de mon voisin, pour les mites dans la cotte de maille, pour le renard qui chope la poule dans mon poulailler grillagé, pour les échappés d’Alcatraz, pour tou-tes celleux qui, vilebrequins, chignoles, exploitent les orifices, s’infiltrent dans les chemins de ronde, font du « jeu » dans le mécanisme, se font grain de sable dans les pistons, dans les yeux chassieux des vigies, dans le goûter des enfants de riches. Oui, je suis fan du sable dans les goûters des enfants de riches. C’est salaud hein. Ils n’y sont pour rien, les enfants de riches. Mais ça fait du bien.

D’avoir survécu dans ce monde ingrat n’est pas méritoire. On n’a pas bien le choix. Mais piller des sandwicheries, de nuit, planqué dans une fac de lettres, et signer Jean Valjean, je trouve ça tout bonnement… parfait. Il y a du conte de Grimm là-dedans. Faire la nique aux gardiens, pourrir les machines et partir avec la cagnotte de la somme des petits plaisirs nauséeux et ultra-sucrés que se payent les cohortes d’étudiants avant d’aller lire du Hugo, c’est grand. J’aurais aimé te voir faire tes rapines, tel un petit écureuil qui épie alentour avant de chouraver des glands. J’aurais aimé t’éviter la zonz, t’éviter ce mois de merde, enterré, comme j’aurais aimé l’éviter à tous les gens que tu y as rencontrés. J’aurais aimé faire des cantines pour toi, ou faire un trou dans le toit et t’hélitreuiller, à la manière du grand Jacques. J’aurais aimé te rapporter planqué dans mon rectum tous les sandwichs du monde, toutes les pièces de monnaies des fêtes foraines, et l’édition complète des Misérables en papier bible. Mais si le monde est grand, mon anus, lui, est trop petit, et je ne peux que t’écrire un mot. Voilà, c’est fait.

R

7 juillet 2008. Il fait orage

« (…) Regardez les passer, eux Ce sont les sauvages Ils vont où leur désir Le veut par dessus monts Et bois, et mers, et vents Et loin des esclavages L’air qu’ils boivent Ferait éclater vos poumons (…) »

Brassens, Richepin

dans la chanson Les oiseaux de passage


Commentaires

Logo de Liberaçao
GREVE GENERALE LE 10 NOVEMBRE 2008
dimanche 13 juillet 2008 à 03h19 - par  Liberaçao

GREVE GENERALE LE 10 NOVEMBRE 2008. Mot d’ordre lancé par le CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE. Relayez cet appel ! Répercutez-le partout. Tous ensemble préparons ce mouvement. Nous sommes tous concernés !

Opération Jean Valjean des sandwichs
mercredi 9 juillet 2008 à 11h21

Sur Que Hugo, Balzac ou Stendhal y auraient trouvé de l’inspiration.

Bien dit,

merci pour lui, ça lui fait une belle jambe mais merci tout de même,

un précaire aussi,