Paris : avec le micro crédit, la gauche ne change pas la vie mais vous garantit la pierre tombale.

samedi 21 mars 2009
par  collectif rto
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Paris : avec le micro crédit, la gauche ne change pas la vie mais vous garantit la pierre tombale.

C’est une affiche qu’on a vu un peu partout dans Paris : un monsieur d’âge mûr, habillé comme sont habillés les pauvres censés être dignes sur les affiches publicitaires, le costume un peu élimé, mais repassé, affiche un sourire radieux derrière des lunettes modèle Sécurité Sociale, de base quoi.

Sauf que les lunettes Sécu, c’est fini.

Les lunettes du Monsieur, ce sont des lunettes « Microcrédit personnel de la Ville de Paris ».

JPEG - 5.6 ko En clair, c’est Monsieur qui paye. Avec les intérêts.

Mais ceux-ci sont de seulement quatre pour cent. Et, si monsieur est content sur l’affiche, c’est parce qu’il a pu emprunter l’argent et avoir les lunettes tout de suite. Bien sûr, il devra rembourser, et se serrer la ceinture dans les mois qui viennent. Mais il sourit quand même, parce que sans le « micro crédit personnel de la Ville de Paris », il aurait pu se faire écraser par une voiture, à force de ne rien voir.

C’est ça la différence entre la droite et la gauche, un espoir immense, la possibilité de continuer à vivre, en bouffant des pâtes sans sauce parce qu’il faut rembourser les lunettes au lieu de mourir de faim tout de suite.

Et même, la gauche, c’est l’espoir de mourir dignement.

L’affiche n’est pas encore sortie mais dans le Parisien du 13 janvier 2009, le président du Crédit Municipal de Paris est fier d’avoir une histoire encore plus émouvante que celle des lunettes à nous raconter sur le micro-crédit .

On y apprend de la bouche de Mr Bernard Candiart, président du Crédit Municipal que « le Crédit municipal a ainsi octroyé un microcrédit à un veuf de 82 ans qui en avait besoin pour régler la pierre tombale de son épouse et à qui aucune banque ne souhaitait accorder de prêt. ».

Et ça c’est vraiment sympa, vraiment social, parce que si ce vieux Monsieur décède avant de rembourser son crédit, la Ville n’aura même pas la possibilité de lui envoyer les huissiers pour le remboursement.

Et une telle générosité, ça fait tout de suite entrevoir le formidable Paris de demain que nous construit Bertrand Delanoe.

JPEG - 35 ko Pour les SDF, notamment, c’est un immense poids qui leur est retiré des épaules, un avenir radieux qui s’offre à eux : il leur suffit de remplir un dossier, et l’horrible perspective de finir dans la fosse commune s’éloigne, un peu de manche supplémentaire, et on peut financer sa pierre tombale.

Pas un logement bien sûr parce que les prêts sont plafonnés à 3000 euros, Bertrand Delanoe est un homme raisonnable, la hausse des impôts ne peut pas servir toujours aux mêmes.

Et puis surtout, le micro crédit, comme le dit la Mairie du 18ème arrondissement sur son site, c’est de la « pédagogie financière ». Pour les pauvres.

Les riches à Paris, comme ils sont déjà très bien élevés, on leur donne de l’argent gratuitement.

Par exemple, comme les propriétaires savent qu’un appartement rénové se vend ou se loue beaucoup plus cher, les travaux sont financés à hauteur de 70 pour cent.

Mais avec les pauvres, il faut de la pédagogie, donc au lieu de leur donner beaucoup de sous, on leur en prête un peu, pour qu’ils apprennent que tout se paye, et qu’on n’achète pas n’importe quoi.

Et oui rien n’est gratuit, contrairement aux idées reçues qu’ont dans la tête des centaines de milliers de traine savate parisiens.

Par exemple la formation professionnelle : pas mal de salariéEs imaginent que c’est aux patrons de financer l’apprentissage des tâches qui doivent être faites correctement pour que l’employeur puisse gagner des sous sur leur dos. Qu’éventuellement, la Ville de Paris peut payer aussi, et reverser l’argent qu’elle perçoit sur la richesse produite par les salariEes et engrangée par les patrons.

Oui, mais c’est la crise, il faut être un peu solidaire des patrons et de l’adjoint au budget d’une des Villes les plus riches d’Europe. Alors, 32 pour cent des micro crédits accordés financent des formations professionnelles.

Et 21 pour cent des « actions d’accès à la santé ». Les lunettes, mais aussi les dents qui manquent et sûrement plein de trucs dans un avenir proche, parce que dans le même esprit de solidarité avec la mise en place du RSA, l’accès à la CMU complémentaire , qui permettait de se soigner gratuitement ne sera plus automatique, notamment pour les Rmistes ( voir le RSA à Paris, ici).

La pédagogie financière de gauche est accessible. Sur le site internet du Crédit Municipal, tout le monde peut faire un test GRATUITEMENT. Pour savoir si on peut emprunter avec intérêts.

Il y a huit cases : l’une d’elles vous met l’eau à la bouche, elle s’appelle accès au logement. Malheureusement, il ne s’agit que des frais d’agence, de déménagement, d’achat d’électro ménager de base, bref tout ce qui auparavant pouvait vous être financé par le Fonds Solidarité Logement. Mais les caisses sont vides, enfin celles-là, maintenant ce sera un prêt.

Ensuite, c’est accès à l’emploi, à la formation, à la santé, à l’éducation : bref, les droits fondamentaux sont désormais à crédit.

Et ensuite, comme dans toute bonne pédagogie, il y a les cases pièges, quand vous cochez, triangle rouge avec point d’exclamation et leçon de morale.

D’abord, il y a placement financier. Ben oui, certains pauvres ne se sentent plus pisser, 3000 euros, on achète du Dexia, et si on fait confiance à ce que nous dit Sarkozy, dans un an , on rembourse et on fait la culbute. Il ne faut pas faire confiance à Nicolas Sarkozy, il faut voter à gauche, triangle rouge.

Voter à gauche, le pauvre pense 36, les congés payés. Il coche alors la huitième case , «  Partir en vacances « . Re triangle rouge et invitation à prendre immédiatement contact avec les associations partenaires pour redéfinir son projet.

Ah oui, avec la gauche, il y a toujours les « associations partenaires ».

Un métier d’avenir, association partenaire, si on a un conseil à vous donner , c’est d’emprunter de quoi devenir association partenaire. Parce que là, fini les crédits, c’est la subvention.

Les associations partenaires sont destinées à vous faire comprendre, avec vos mots de pauvre à vous, que vous devez emprunter pour vos lunettes et ne pas partir en vacances, et sourire sur la photo, avant d’aller bosser pour rembourser vos crédits.

Alors, on ne prend pas n’importe lesquelles.

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Pour le micro crédit, il y en a six.

La première s’appelle Crésus, et ce sont des retraités de la banque. Avant, leur boulot c’était donc de vous fourguer un crédit sur trente ans pour une baraque en contreplaqué. Vous vous êtes appauvri, maintenant, ils vous refilent le crédit pour la pierre tombale en contreplaqué également, mais au moins vous ne la verrez pas tomber en ruine.

La deuxième c’est le PLIE. Le Plie, c’est l’association qui s’occupe, entre autres de fourguer des emplois précaires et des stages sous payés dans le surgelé en guise de formation aux Rmistes du 18ème et 19ème arrondissement. Maintenant, il faudra payer pour faire du travail sous payé, bref bosser gratuitement.

Ensuite, il y a la FNARS : la Fnars gère notamment des hébergements précaires, comme ça si vous avez oublié de rembourser l’emprunt, on peut vous le rappeler tous les soirs et pas seulement par courrier.

Et puis, la pédagogie pour les pauvres inclut toujours une bonne dose de morale. Alors, on a inclus deux associations de familles, Familles de France, et l’UDAF. L’UDAF a notamment fait ses armes dans la tutelle, gérer l’argent des pauvres trop dépensiers, c’est un de ses métiers.

Et puis, pour les récalcitrants, ceux qui continueraient à faire des parallèles idiots entre les milliards versés aux banques par la Caisse des Dépôts et Consignations, ces milliards qui auraient pu financer les lunettes, le logement, et retarder le moment de payer la pierre tombale, et les miettes de droits à crédit en guise de politique sociale co-financés par la Caisse des Dépôts, et bien pour cela, il y a la peur du Bon Dieu.

Le dernier rempart contre la sauvagerie et l’arrogance de certains pauvres en particulier bien foutus de prendre le fric pour aller en vacances , voire pour le consacrer au terrorisme d’ultragauche. Le dernier partenaire est donc….le Secours Islamique.

Que faire devant tant de foutage de gueule , de destruction de droits, et de mépris , c’est évidemment ce que se demande tout parisien un peu sain d’esprit ?Catégorie dont il faut exclure l’ensemble des médias qui ont tous applaudi des deux mains devant cette « avancée sociale », comme quoi un certain niveau de salaire permet de s’acheter des Ray Ban, mais ça sert pas à grand-chose quand on de la merde dans les yeux.

Et bien on pourrait tous emprunter au micro crédit pour nous acheter des pierres tombales et le cercueil en sapin.

Des centaines de milliers de Parisiens pauvres « éligibles » à ce fameux micro crédit, ça fait quand même assez de contre plaqués pour murer l’Hôtel de Ville, le Crédit Municipal et le la Caisse des Dépôts, avec les responsables à l’intérieur, jusqu’à ce qu’ils aient réfléchi au calme et nous présentent de plates excuses et la caisse qu’on utilisera bien mieux qu’eux.

Et en attendant, on fera un feu de joie gratuit avec les cercueils, au train où vont les choses, si on s’y met pas, l’année prochaine, on risque de devoir emprunter de l’argent pour financer le feu d’artifice du 14 juillet que notre contrat d’insertion nous forcera à accompagner en chantant la Marseillaise.

La pédagogie toujours la pédagogie.


Commentaires

Logo de nathalie
l’exploitation de la misère
mercredi 6 janvier 2010 à 20h50 - par  nathalie

Bien heureuse également de voir que je ne suis pas la seule à avoir été choquée par toutes ces affiches. J’ai encore en souvenir celle où l’on voit un homme passé la cinquantaine dont on nous explique sur l’affiche que grace au micro crédit il a pu s’acheter un ordinateur et que grace à cet ordinateur il a retrouvé un emploi.
franchement de qui se fout-on ? c’est exploité la misère à un point de non retour. il y a également une autre affiche où une personne âgée explique que grâce au micro crédit elle a pu se payer des soins dentaires.
Gauche comme droite, pitié, que les gens arrêtent de croire qu’il y aura un miracle. J’ai connu la gauche avec Miterrant à l’époque où j’avais arrêté mes études et tout ce qu’on proposait aux jeunes comme moi c’était les TUC payés à l’époque 1500 francs soit l’équivalent de 227 euros par mois pour travailler dans le cadre d’un 1er emploi, et c’est tout ce qu’on offrait aux jeunes dans les zones qui commençaient à connaître le chomage (région de la Haute Marne / dans l’est) 25 ans après le chomage est encore là et c’est toujours la même galère, c’est toujours l’exploitation des gens. Si le mec de l’affiche a pu s’acheter des lunettes, je tiens à apporter comme info. que j’ai ft faire les miennes à 350 euros (et encore j’ai pris une monture pas chère) et là-dessus j’ai été remboursée de 4 euros par la sécu.. Elle est donc où la france de Sarkozy qui devait mieux rembourser les prothèses dentaires, les frais optiques.

Paris : avec le micro crédit, la gauche ne change pas la vie mais vous garantit la pierre tombale.
dimanche 19 avril 2009 à 09h48

Je suis très contente d’être tombée sur cet article (un peu par hasard à vrai dire), car je croyais être la seule à avoir été choquée par ces affiches... Un micro-crédit pour payer des lunettes... non mais on est dans un pays de miséreux ou quoi ?

Enfin un post croquant avec des vrais pépites d’info dedans ! Ca ne suffira pas pour changer les choses, mais ça y contribue, et c’est déjà pas mal.

Merci à vous