Pôle Emploi Paris : coatcheurs coatchés.

vendredi 9 octobre 2009
par  Réseau Solidaire d’Allocataires
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La fièvre du placement se répand à toute vitesse au Pôle Emploi.

Les symptômes sont facilement reconnaissables.

D’abord le conseiller commence à voir des choses que personne d’autre ne voit : des "difficultés spécifiques qui freinent votre retour à l’emploi".

Il devient totalement imperméable à l’énoncé de la réalité : les millions de chômeurs, même dans les soi disant secteurs en tension, qui ont exactement les mêmes difficultés que vous, par exemple.

Il n’entend plus ces arguments et s’agite, autour de votre CV mal fait, de votre "éloignement de l’emploi", de votre âge.

Comme dans toutes les pathologies délirantes, le sujet commence ensuite à tenir un discours en contradiction avec tout ce qu’il disait jusque là. Voilà le même type, qui depuis des mois vous convoque à tout bout de champ, vous assomme de conseils et de recommandations, celui qui sait mieux que vous pour quel boulot vous êtes fait, qui vous déclare de manière définitive " En tant que conseiller Pôle Emploi, je ne suis pas le mieux placé pour m’occuper de vous".

Bien évidemment, l’état déjà grave du sujet, ne permet pas de faire appel à sa raison déjà bien défaillante.

Vous vous en rendrez compte, si vous lui rappelez d’une voix douce , que le Pôle Emploi est fait normalement pour s’occuper des demandeurs d’emploi, en tout cas, c’est ce que disent les affiches, là, juste en face de lui, et aussi son contrat de travail.

Il ne vous écoutera pas, il est loin, très loin et débite fébrilement des listes de mots étranges : Psychoform, Cible-emploi, Cap-emploi, Aide au choix de Vie, Ingeus...

Votre première réaction n’est pas forcément la bonne : inutile d’alerter la direction de votre agence pour leur signaler l’aberration mentale dont souffre votre conseiller, et son probable enrôlement dans une secte ! Malheureusement, il s’agit d’une psychose collective au Pôle Emploi et des plus dangereuses, celles avec un modèle élaboré de délire névrotique ayant toute l’apparence de la rationalité.

C’est la direction nationale de Pôle Emploi qui a décidé d’envoyer 320 000 chômeurs chez des "prestataires privés : peu importe toutes les études qui démontrent que ces prestataires n’ont pas de résultats plus probants que le Pôle pour vous trouver du boulot, et que leur coût est sans rapport avec les "services" proposés. On vous le dit, tout ça n’est pas rationnel.

Mais alors que faire, face à la machine devenue folle, face à ce conseiller éructant qui vous menace de la radiation pour "refus de prestation" en vous enjoignant de signer l’aller simple pour une prestation bidon de plus ?

Soyons clairs, le traitement de choc s’impose, seul un stimuli très virulent peut éventuellement contrecarrer les effets du trauma originel du conseiller, à savoir la contrainte sévère exercée quotidiennement par sa direction pour qu’il place et place encore les membres de son "portefeuille".

Voici l’exemple de Mr S., qui, a réussi, avec l’aide du Réseau Solidaire d’Allocataires à susciter une rémission temporaire de la psychose de son conseiller

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Mr S. n’en est pas à son premier combat contre la maladie du placement. Déjà, il y a deux ans, il avait du faire appel à nous : demandeur d’emploi dans un secteur très spécifique, son conseiller voulait le contraindre à envoyer chaque mois son CV aux mêmes employeurs, et donc à les harceler et à perdre toute chance d’être embauché un jour.

Nous avions déjà du mener une thérapie collective choc, en l’occurrence une occupation de la direction départementale, pour que le Pôle Emploi revienne à la raison.

Mais la maladie a refait surface, comme bien souvent les symptômes apparemment absurdes du patient traduisent une frustration profondément refoulée.

En l’occurrence, le Pôle Emploi a été incapable de trouver et de financer la seule prestation qui aurait pu permettre à Mr S. de retrouver plus rapidement un emploi : une formation.

La fièvre du placement a donc trouvé un terrain favorable à son développement.

Il nous faut donc à nouveau débarquer en groupe pour soigner ça.

A notre arrivée collective au Pôle Emploi Saint Georges ( 75009), avec tracts, nous nous attendons à une forte résistance aux soins : en effet lors du dernier rendez-vous de Monsieur S., le conseiller avait déclaré inéluctable la sanction en cas de refus d’orientation vers un prestataire privé déjà sélectionné.

Mais, le traitement semble avoir un effet immédiat : le conseiller ne s’oppose pas à l’accompagnement, il nous dit juste d’aller l’attendre au premier étage, qu’il en a pour une minute ou deux ; puis il s’empresse de courir...

Pendant que nous patientons au premier, nous le voyons passer, prêt à gravir les marches du deuxième étage : il nous fait savoir qu’il en a encore pour une minute ou deux. Apparemment, il cherche des appuis de sa direction

Quand enfin nous sommes reçus dans son bureau, son référent adopte une attitude totalement différente de celle du dernier rendez-vous.

Le directeur de l’agence n’est pas présent à l’entretien, comme son référent l’en avait menacé la dernière fois, au prétexte que sa mauvaise volonté rendait nécessaire l’intervention d’une autorité supérieure

Le voici donc qui détaille la situation de Mr S, que ses droits ont été renouvelés depuis le début de ce mois, qu’il est à l’ASS, qu’il a perçu la somme x.

Puis, il lui demande où en sont ses démarches : Mr S lui explique qu’il attend une réponse d’une entreprise spécialisée dans son domaine, que dans deux, voire trois mois, il devrait avoir une réponse qu’il pense favorable.

Son référent a retrouvé le sens de l’écoute et lui pose des questions sur le sujet.

Mais voilà, la guérison est un long chemin, surtout en cas de pathologies multiples. Le conseiller de MR S., comme beaucoup d’autres souffre aussi de la précarité aigue. Une affection, beaucoup plus ancienne que la fièvre du placement, qui fait des ravages depuis les années 80.

Il souhaite donc que Mr S aille propose à son futur employeur de l’embaucher en contrat d’avenir.

Et dès qu’il évoque cette idée parfaitement absurde, il redevient fébrile et incohérent, il fait un schéma sur une feuille posée devant lui , en notant mot pour mot tout ce que lui-même nous blablate.

Comme quoi ça faciliterait l’embauche de Mr S, qu’il serait pris en priorité par rapport aux personnes qui ont postulé en même temps que lui pour le poste.

Mr a eu beau lui répéter qu’il y a peu de gens qui postulent dans ce domaine etc, ça ne l’a pas empêché de nier le truc. Comme quoi ça lui ferait une protection, que ça se passait en trois temps, (pour le premier, second et troisième mois) que durant ces trois premiers mois que Mr S effectuerait , son employeur ne pourrait pas faire n’importe quoi et que son salaire serait assuré.

Mais nous tenons bon.

Finalement après avoir jeté un œil sur son ordinateur, il lui déclare qu’il n’a pas d’offres d’emploi à lui proposer, "parce qu’il n’y en a pas aujourd’hui", donc qu’il ne lui en propose pas ; et ajoutant : je ne vous propose pas non plus de coaching, "ça ne s’impose pas pour le moment".

Cette rémission temporaire ne doit cependant pas nous inciter à crier victoire trop vite.

La fièvre du placement et la précarité aiguë font partie de ces maladies chroniques que nous avons trop longtemps négligées.

Apparemment bénignes, de nombreuses études de terrain montrent qu’elles seraient à l’origine de complications gravissimes : travail sous payé, misère sociale sans précédent, radiations massives et privations de revenu pour des millions d’entre nous.

Pourtant, la lutte collective et l’auto organisation des premiers concernées, peuvent permettre l’éradication définitive de ce fléau du siècle.


- Contrôle CAF, refus du RSA ?
- Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
- On vous refuse la prime pour l’emploi
- Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?

Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !

Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.

A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey - bureau "les acacias" 1er étage.
Métro Marcadet Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.org

Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !


Commentaires

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Pôle Emploi Paris : coatcheurs coatchés.
dimanche 11 octobre 2009 à 12h43 - par  maguy

Je refuse systématiquement de postuler à des emplois "aidés", bref sponsorisés sur nos impôts. Je refuse car je ne suis pas en solde et surtout je ne veux pas faciliter le travail au noir. Je n’appelle pas autrement le fait que l’employeur ne paie pas sa quote-part aux caisses de secu et vieillesse.