SEIKATSUHOGO : Etre Rmiste au Japon
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Au Japon, le principe d’un revenu minimum indépendant de toute cotisation sociale existe depuis les années 50. Il est ouvert en théorie plus largement qu’en France, puisque les étrangers y ont droit dès lors qu’ils ont un an de résidence légale sur le territoire, et les jeunes aussi.
Mais là bas , c’est dès le milieu des années 80, que des campagnes de stigmatisation ont eu lieu : elles ont abouti, comme ici à des inégalités de traitement dans l’accès concret à ce revenu de subsistance. Et là bas comme ici, le SEIKATSUHOGO ( littéralement " protection de la vie " ), pallie à l’absence de véritables droits sociaux, notamment pour les retraités.
Un bref panorama de la situation, qui balaie pas mal d’idées reçues, issu d’un entretien avec une sociologue qui fait actuellement sa thèse sur le sujet.
Melanie Hours a également publié un article de fonds "« La pauvreté urbaine au Japon, réalités et représentations » dans la revue Transcontinentales, n° 5, 2ème semestre 2007, p.121-138
Peux tu nous présenter brièvement le RMI japonais : depuis quand existe-t-il , son montant, le nombre d’allocataires par rapport à la population globale ? Est ce qu’il est calculé par individu, ou comme ici selon la composition du foyer ?
Le "RMI Japonais", ou "seikatsuhogo", existe dans sa forme actuelle depuis 1950. Il a été créé dans le contexte d’après guerre, alors que le pays faisait face à une pauvreté massive dans la population. Le principe de l’assistance publique (AP), qui est la traduction la plus courante du terme "seikatsuhogo" (littéralement : protection de la vie), est d’atteindre le "niveau de vie minimum", c’est à dire que l’allocation couvre la différence entre ce niveau de vie, fixé tous les ans, et les éventuels revenus. Si les allocataires ne touchent aucun revenu, le montant de l’allocation est égale au "niveau de vie minimum". Le montant de l’allocation (et le niveau de vie minimum) dépend de la composition du foyer, mais aussi du lieu de vie (plus important pour la zone de Tokyo, et autres grandes villes), et de l’âge de l’allocataire. A titre d’exemple, pour une personne entre 40 et 65 ans, vivant seule à Tôkyô, le "niveau de vie minimum" est fixé à environ 95 000 yens/mois. Pour un couple trentenaire avec 2 enfants (9 et 4 ans), vivant à Tôkyô, environs 220 000 yens/mois. Le niveau de vie (le coût de la vie, le niveau des salaires, etc.) au Japon est plus élevé qu’en France, ces montants sont donc à penser dans le contexte de vie japonais, et sont difficiles à transposer au contexte français. Néanmoins, il est certain que le montant de l’assistance publique est plus élévé que celui du RMI en France. Pour la petite histoire, le niveau de l’allocation a été significativement relevé à la fin des années 50, suite au procès d’un allocataire qui considéreait que l’allocation ne lui permettait pas un " niveau minimum de vie culturelle et saine", comme stipulé dans l’artcile 25 de la constitution, et rappelé dans le premier article de la loi d’AP. Autre élément important, l’AP ne vise pas, comme le RMI, l’insertion mais l’"indépendance". Sur le terrain, "l’indépendance" se traduit par le simple fait de sortir du système d’assistance. Le taux d’allocataire par rapport à la population globale est plus faible qu’en france : 1,16%, soit près d’1,5 million individus ou près d’1 million de foyers.
Le RMI est-il accessible aux moins de vingt cinq ans, aux étrangers ?
Concernant les étrangers, les "résidents permanents" et leur conjoint(e), les conjoint(e)s de japonais(e), les étrangers qui résident légalement au Japon depuis plus d’un an ont droit à l’assistance publique au même titre que les japonais. Cependant, concernant le dernier cas (résidents depuis plus d’un an), l’application de l’AP diffère selon les bureaux d’aide sociale, très souvent seuls ceux qui élèvent un enfant ET travaillent y ont accès. En 2005, 2,3% des étrangers au Japon touchaient l’AP, et ne représentaient que 3,2% des allocataires.
Il n’y a pas de limite d’âge pour y avoir accès. Cependant, dans la pratique très peu de jeunes touche l’AP : bien que ce soit illégal, la très grande majorité se voient refuser l’AP s’ils sont en "âge de travailler" et s’ils ont la "capacité de travailler". Ainsi très peu de personnes de moins de 60-65 ans, qui ne soient ni malades ni handicapées ne perçoivent l’AP.
Etre Rmiste au Japon, est ce que c’est plus ou moins bien vécu ? Y-a-t il le même phénomène de stigmatisation dans les médias, de la part de la plupart des hommes politiques ? Et dans la population ?
Etre à l’AP est très stigmatisé dans la population. Une grande majorité d’allocataires ne révèlent jamais qu’ils touchent cette aide. Même si l’AP est un droit, très peu le considérent comme tels : être à l’AP, c’est vivre sur les impôts des autres, être dépendant de la communauté. Des campagnes "anti-fraudes" de l’AP au milieu des années 80 ont stigmatisées encore davantage les allocataires. Le mythe de l’absence de pauvreté dans le pays a renforcé d’autant plus l’incompréhension de ce système et des personnes qui en bénéficient. Dans les médias, il y a, en gros, deux sortes d’information autour de l’AP : les cas de fraudes d’un côté, et les morts causées par des refus ou des radiations d’AP de l’autre. En Avril dernier, le cas d’un homme mort de faim chez lui 1 mois après avoir été radié de l’AP a été très largement relayé dans les médias, et a beaucoup remué le pays. Malgré tout, la stigmatisation de l’AP reste bien ancrée.
Est ce qu’il sert comme ici de solution de substitution aux allocations chômage lorsqu’on n’y a plus droit, ou alors les chômeurs sont-ils beaucoup mieux couverts, et s’adresse-t-il uniquement à des gens qui n’ont jamais eu accès à l’emploi ou pas depuis très longtemps ?
L’AP ne sert pas de subsitution aux allocations chômage, vu l’accès limité aux personnes "an âge de travailler". Par contre elle sert de subsitition aux pensions de retraites (une bonne part d’entre elles ne permettent pas de vivre), vu qu’il n’y a pas de minimum vieillesse comme en France. Les chômeurs ne sont pas "beaucoup mieux couverts", mais rares sont ceux sont qui font une demande d’AP juste après la fin de leur allocation chômage : certains ne l’envisagent même pas, ne se croyant pas éligibles, ou refusant de "demander l’aumône à l’état". Et encore fois, si l’on a moins de 60 ans, et qu’on la capacité de travailler, l’accès à l’AP est très difficile.
Quelles sont les obligations des Rmistes au regard de la recherche d’emploi mais aussi de l’insertion en général ?
La recherche d’un emploi est considérée comme obligatoire si l’allocataire est jugé "capable de travailler" (ce qui est attesté sur avis médical). Ce n’est que depuis 2000 qu’ont été mis en place des "programmes d’aide à l’indépendance", mais la grande majorité ne concernent que l’emploi. Les employés de l’ANPE travaillent en collaboration avec les bureaux d’aide sociale, et guident les allocataires dans leur recherche, les aident à écrire leur CV, etc. Chaque visite à l’ANPE est attestée par un tampon sur leur carte, ce qui permet aux fonctionnaires de l’AP de vérifier la fréquence de leur recherche d’emploi. Aucun stage n’est proposé. Les programmes d’aide à l’"insertion" en général sont très minoritaires.
Est ce qu’il y a des associations, des collectifs de Rmistes ou de chômeurs qui sont actifs ?
Il n’existe aucune association ou collectif créés et/ou gérés par des allocataires ou des chômeurs. Il y a cependant une association sur Tôkyô, MOYAI, très active, qui reçoit toutes personnes en difficulté, pour les aider à trouver des solutions, ou dans leur démarche et leur quotidien : conseils sur l’assistance publique (voir les accompagner au bureau d’aide sociale pour s’assurer qu’on leur donne le formulaire de demande d’AP) et les autres aides sociales, sur les foyers d’urgence (pour les sans-abri ou pour les femmes victimes de violence conjuguale), aide et conseils légaux, problèmes médicaux et psychiques, etc. L’association propose aussi un système de garant pour la location d’un appartement (plus de 5000 personnes en bénéficient). Un des objectifs de MOYAI et de permettre aux perosnnes en difficulté de sortir de l’isolement, et de créer des liens au sein de l’asosciation.


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