lyon : actions et manifs sauvages des derniers jours
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La manif sauvage s’attaque au président du Conseil Constitutionnel Publié vendredi 7 avril 2006
Le rassemblement pour la manif sauvage était appelé à 20 h place des Terreaux. Rappelons en un mot le principe de ce mode d’action particulièrement à la mode : on se réunit, on avise collectivement de nos buts pour la manif, et on part sans avoir prévenu ni préfecture ni personne sur le parcours qui nous semble le plus approprié.
Le but est d’une part de provoquer le maximum de perturbations, d’autre part d’échapper à la monotonie des défilés officiels, et surtout de pouvoir improviser collectivement en créant l’espace d’un moment une petite zone de désordre dans ce monde si policé. C’est si bon ! Bref. On attend un peu sur la place, on n’est pas si nombreux/ses que ça aujourd’hui, le mot n’est pas bien passé.
21 h, on finit par décider d’une action : le très chiraquien président du Conseil Constitutionnel qui a validé la loi sur l’égalité des chances, qui autorise et le CPE et le travail de nuit à 15 ans et l’apprentissage à 14 rend une visite de courtoisie chez les bons jeunes Français, la France qui gagne et qui fait ce soir un concours de plaidoierie devant les responsables de tribunaux à la Manu.
Une demi-heure plus tard on arrive aux portes de Lyon III, le repère des fachos et des libéraux, Lyon III l’infâme, connue dans le monde entier pour sa tolérance aux nazillons de tous ordres, et dans les bons jours, aux libéraux les plus extrémistes. On n’allait pas être déçu.
On débarque à une centaine, après avoir passé sans difficulté les barrières de l’entrée (ni BAC ni RG sur notre chemin, tiens, bizarre), dans une petite sauterie entre gens autorisés. Un "concours de plaidoierie", un gala de beaux-parleurs, avec une bonne douzaine de magistrats de la ville, un coktail à la sortie et un Mazeaud en cerise sur le gâteau.
Petit défaut de coordination, on n’arrive pas à enfoncer les portes pour aller dire ses deux mots à mister President. On s’invective un peu avec les jeunes gens de bonne famille présents, on cause quelques crises de nerfs, on fait du bruit, on leur fout un peu la trouillle et pis... rien. On vient nous demander d’être bien gentil/les et de présenter un délégué pour aller expliquer calmement pourquoi on n’est contre le CPE à l’assemblée gentiment encline à nous écouter.
Nous on s’en fout, on n’a rien à négocier, rien à déclamer, on veut des actes, des faits, les bonnes paroles sont du vent et n’engagent que celles et ceux qui les croient. Quelques étudiants insistent dont un gars des JC, qui veulent aller en délégation. Un groupe décide de partir avant l’intervention policière.
Plus tard, les flics débarquent. La délégation promise est remerciée (quoi ? une délégation ? mais il n’en a jamais été question) osera dire sans honte l’un des étudiants de Lyon III qui nous l’avait proposé. Les derniers manifestants partent.
Bilan ? Les diandiants de droit de la Manu vivent sur Mars, les flics n’en ont rien de foutre de protéger le président du Conseil Constitutionnel, et c’est vraiment agréable de mettre la pression à celles et ceux qui nous gouvernent, dommage que cela n’ait pas été en face à face. La prochaine fois ! C.
Après la manif syndicale du matin, deux à trois cents personnes ont décidé de poursuivre leur déambulation à travers les rues lyonnaises...
Suivi-es par une vingtaine de flics en civil (du genre gorille), les manifestant-es "sauvages" se contentent d’occuper illégalement la route, et évitent ce qui pourrait provoquer des interpellations. Arrivé-es devant la chambre de commerce et d’industrie, la tentation est forte de l’occuper (les portes sont ouvertes), mais la cinquantaine de miliciens du capital en civil (dont certains casqués), et les trois ou quatre cars de gendarmes mobiles découragent le gros des troupes. Tout le monde se replie sur les terreaux, où un type au mégaphone crie : "bon, y’a plein de CRS partout, mais pour les obstinés, ON VA PRENDRE L’HÔTEL DE VILLE !". La plupart des gens suivent, mais les CRS veillent. Du coup, le cortège se rabat sur le pont Morand, où le bloquage ne dure pas longtemps : des condés casqués bloquent le pont, les gendarmes mobiles se regroupent et donnent la charge sur la cinquantaine de manifestant-es restant, aidés par la BAC, qui fait au moins une arrestation.
La poursuite dure jusque dans les pentes, où il y aurait eu plusieurs arrestations, et un début de riposte (quelques jets de pierre depuis la place Croix-pâquet).
Le lendemain, G. passe en comparution immédiate pour violence sur agent. Il avoue s’être saisi d’une pierre dans un bac à fleurs lors de la charge et l’avoir rageusement lancé en direction des flics. Un geste de colère qui n’était pas réellement destiné à faire mal explique-t-il. Son avocat fera remarquer qu’on trouve dans ces bacs des graviers, tout au plus des petits cailloux. Il évoque aussi "ceux qui ont lancé des pavés et brûlé des voitures en mai 68 et qui sont aujourd’hui inspecteur dans l’éducation nationale", pour souligner combien le geste de cet assistant d’éducation est dérisoire, ne méritant même pas une enquête sérieuse (seulement la déposition du prévenu et le PV des flics ayant fait l’arrestation au dossier), et n’ayant pas sa place devant le tribunal en comparution immédiate.
Le procureur quant à lui insiste sur le rôle des forces de l’ordre, qu’elles n’ont à aucun moment depuis le début des manifestations outrepassé (ce en quoi nous tombons d’accord : elles sont là pour maintenir à tout pris cet ordre inégalitaire, c’est ce qu’elles font) : "Les gendarmes mobiles veillent à ce que la rue reste à ceux à qui elle appartient, ceux qui ont le droit de se déplacer". À quand un laisser-passer pour se promener dans Lyon ?
Répondant au consignes de sévérité donné par le gouvernement, le proc’ requérira trois mois ferme avec mandat de dépôt. G. écopera finalement de trois mois de sursis, et de 120 h de travaux d’intérêt général.


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