dimanche 5 août 2007 par collectif rto
Rappelons tout d’abord que les premières expérimentations du RSA ont été rendues possible par la loi du 5 mars 2007 du droit au logement opposable [2]. Celle ci permettant, entre autre, aux départements d’effectuer des expérimentations et la mise en place d’un contrat d’insertion unique d’insertion (CUI). Le CUI consiste à pouvoir mélanger les différents contrats aidés en prenant ce qui est arrangeant dans l’un et en enlevant ce qui est gênant dans un autre.
Pour exemple le département du Val d’Oise a créé le contrat aidés Valdoisien. Une adaptation du Contrat d’Avenir et du CI-RMA qui permet de moduler le nombre d’heures travaillées (30 heures minimums pour ce contrat) ainsi que les aides versées à l’employeur.
Chaque département pourrait ainsi mixer à sa guise les contrats aidés en prenant ce qui les arrangent dans l’un et en enlevant ce qui est gênant dans l’autre. Alors que les contrats aidés dans leurs formes actuelles donnent déjà lieu à des complexités inextricables selon leurs mise en place dans les départements, il sera dorénavant quasiment impossible de faire une liste exhaustive des droits liés à tel ou tel contrat car chaque département disposera de SA forme de contrat aidés. Si des problèmes venant à se poser, Martin Hirsh est, avec Christine Lagarde, également en charge des contrats aidés. Il leur sera donc possible de les modifier si une de leurs modalités se révélaient gênantes pour la construction d’un contrat unique dans une région donnée.
Avant que la loi ne passe à l’Assemblée Nationale, puis au Sénat, le Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsh, a été auditionné le 4 juillet par la Commission des Finances, de l’économie générale et du Plan.
Durant son audition il a clairement précisé que l’un des trois principal objectif du RSA était une simplification du "code des droits contre l’exclusion" [3], en clair une "simplification" de tous les droits liés à la protection sociale, au logement et à la précarité.
Il aurait dénombré 51 aides auxquelles un allocataire de minima ou un travailleur pauvre peut bénéficier. Les attributions de ces aides sont actuellement déterminées par des statuts. L’un des objectifs du RSA est de supprimer ces attributions par statut et de les attribuer selon les ressources du foyer. On pourrait supposer que se baser sur les ressources permettront à plus de personnes de bénéficier de ces aides. Pourtant en se penchant sur l’articulation du RSA on se rend compte que c’est totalement l’inverse qui va se produire :
Tout d’abord, selon le département et l’allocataire les conditions de ressources seront variable. Pourront être pris en compte par exemple sa condition familiale, l’âge de ses enfants etc. ou encore une zone particulière du département, ainsi que des critères tout à fait subjectifs. Concernant les droits connexes (transports, APL, CMU-C etc.) le dispositif du RSA permet également, si le département le souhaite (voir l’article Le RSA, les aides sociales et les droits connexes aux minima sociaux : le flou et la précarité sur le site d’AC !), de les prendre en compte pour calculer vos ressources.
Étrange paradoxe, les aides pouvant être à la fois pris en compte dans vos ressources qui elles même sont un des critères de leur attribution, il est impossible de déterminer à l’avance ce qui vous sera accordé et soustrait (de l’aide ou du complément de salaire au cas où vous auriez repris un emploi). Mais on explique rapidement ce paradoxe avec l’idée de l’allocation unique : Un plafond de revenu minimum garanti sera versé dans lequel pourront être pris en compte aussi bien les aides perçu que le "salaire".
Explications :
Pour ceux qui retrouveraient un emploi et serait dans le dispositif, l ’idée est de faire de ces aides des ajouts venant compléter le salaire perçu. En ce qui concerne les critères d’attributions autre que celui des ressources le RSA laisse libre champs au département de les déterminer. Même la prime de retour à l’emploi est soumise au caprice de chaque département et ce grâce aux dérogations à certains articles du code du travail, du code de l’action sociale et des familles et du code de la sécurité sociale [4]. Par exemple si votre employeur (qui, rappelons le, touchera votre allocation + une aide de l’état) estime que vous ne bosser pas assez et s’en plaint au conseil général, une réduction des droits pourra être envisageable. En plus de bosser pour gagner quelques miettes supplémentaires "l’aide" consistera à un flicage régulier de la part d’un référent. En fait il s’agira de moduler vos droits en partie à l’aune de votre « bonne volonté ». Ceci n’est qu’un exemple, mais le RSA permet ce type de comportement en l’état actuel des choses. Tout ceci reste assez flou et devrait être précisé par décrets dans les mois à venir.
Parallèlement à ce nouveau système d’attribution, une partie du minima touché (pour le moment seuls les allocataires du RMI ou de l’API peuvent être soumis au RSA) par la personne reprenant une activité continuera à être versé à l’allocataire. Afin d’en expliquer le principe, le Haut Commissaire a fait usage d’une ironie (in)volontaire en faisant un parallèle avec le bouclier fiscal, la mise en place d’une sorte de bouclier anti-pauvre. Concrètement une personne reprenant un boulot continuera à toucher une partie de son RMI ou de son API qui viendrait compléter son salaire de façon à ce qu’il touche une somme minimum (pourcentage non précisé). Encore une fois ce pourcentage semble être laissé à l’appréciation des départements. C’est sur cette sommes que pourront être soustrait la valeurs des aides et des droits connexes.
Un passage de l’article de la loi TEPA, le 10§4, précise que « Lorsque les montants versés au titre du revenu de solidarité active, appréciés au moment où les bénéficiaires cessent de participer à l’expérimentation, sont inférieurs à ceux qu’ils auraient perçus s’ils n’avaient pas participé à l’expérimentation, la différence leur est restituée. ». Avec ce système d’attribution des aides et de complément de salaire, il est très simple d’imaginer ce que feront certains départements :
N’accorder que très peu voir aucune aides aux simples allocataires n’étant pas dans le RSA permettant ainsi, une fois que le calcul est effectué, de dépasser les sommes perçues en tant que simple allocataire du RMI ou de l’API sans ajout du dispositif. Ceci n’est valable que pour la phase dites d’expérimentation. Une fois généralisé sur tout le territoire, ce calcul n’aura plus lieu d’être et laissera libre votre département d’agir à sa guise sans comparatif avec l’ancien système.
Et ceux qui ne pourront ou ne voudront pas reprendre n’importe quelles activités ?
Là c’est le flou total étant donné que le volet de l’insertion sociale est passé totalement sous silence au profit de l’insertion professionnelle. Mais en peut déjà, à partir des éléments dont nous disposons imaginer que, comme le reste, cela dépendra énormément de votre département.
Citons les propos de Martin Hirsh Martin Hirsh directement tiré de son audition :
« Encore faut il déterminé à partir de quelle quantité de travail on ne doit plus être dans la pauvreté, ce qui relève d’une décision politique. » ;
« Quand la seule possibilité est de démarrer par un temps partiel, on n’a pas le droit de le refuser. »
Donc ce n’est qu’en fournissant une certaine quantité de travail (même à temps partiel et probablement quelle que soit la nature de l’emploi proposé) que l’on se doit de ne plus être un pauvre. Pour ceux qui ne peuvent pas qu’ils restent pauvres à jamais car :
« Il s’agit de travailler sur 100% des allocataires en non sur les 30% les plus employables. ».
De plus :
« L’année prochaine, on aura une idée plus claire des dispositifs adaptés. Certes, on peut prévoir une évaluation plus précise des allocataires, mais il faut se méfier des clichés car les parcours sont assez compliqués. Il est frappant de constater que ceux qui vivent de leur travail chez Emmaüs sont plutôt issus du tiers de bénéficiaires du RMI souvent jugés inaptes au travail. Voilà pourquoi il convient d’avancer avec prudence et se méfier des catalogages. »
Quant on connait les conditions de travail chez Emmaüs, c’est à dire des durées de travail hebdomadaire pouvant aller jusqu’à 60 heures par semaine, le fait que lorsque l’on rentre en tant que compagnon on se doit de verser son RMI ou son minima à l’association qui, pour vos 60 heures de boulot vous en reverseront une partie complété parfois de 100 ou 150 euros, avec en prime le fait que vous ne cotisez pas à la retraite, on comprend rapidement dans quelle galère notre Commissaire, à nous les pauvres, veut nous embarquer.
« Pour éviter que les entreprises ne se plaignent du nombre d’offres d’emploi restées insatisfaites et les allocataires du RMI de l’impossibilité d’avoir accès à ces emplois, il est procédé, dans les départements volontaires, à des distributions de questionnaires, à des mobilisations et à des engagements d’entreprises parallèlement à un accompagnement des allocataires du RMI afin de comprendre, en visant des populations restreintes, pourquoi tant d’emplois restent vacants. Les raisons peuvent être que les intéressés ne sont pas assez bien payés, qu’ils nécessitent une qualification ou encore que les problèmes de transport ne sont pas résolus. »
En aucune manière il n’est mentionné quelque part la question du choix de l’emploi, de ses désirs, mais uniquement des problèmes de qualification, de transports, bref des disponibilités immédiate de l’allocataire. Donc il sera impossible de refuser un emploi ou une qualification, quelle qu’elle soit. Rien n’est pour l’instant précisé concernant les réfractaires mais il est probable qu’ils seront soumis à des suspensions d’allocations et des radiations. Ces procédures étant déjà applicables il s’agira juste de les appliquer à la lettre.
Le RSA et son contrat unique d’insertion fait disparaître l’insertion sociale au profit de l’insertion professionnelle. Déjà très restreinte dans sa version originale et très difficile à faire valoir comme objet unique d’un contrat, l’insertion sociale pourra être pris en compte uniquement selon les critères déterminés par chaque département, donc tendra à disparaître totalement et n’être au service que de l’employabilité de chaque personne.
Toujours dans le même objectif la mise en cause le nombre d’acteurs présent (AFPA, ANPE, CAF etc.) qui selon lui freine la recherche immédiate d’un emploi tant le temps de faire valoir ses droits son long. Il évoque le fait que tout doit être beaucoup plus rapide et que tous les services devront s’accorder et être plus fluide.
Pour ce faire Hirsh présente l’expérimentation de l’Eure où il fut décidé qu’un jour donné les nouveaux allocataires trouveraient en face d’eux les représentants de toutes ces institutions. L’ANPE étant présente avec en main des offres d’emplois. La question du travail est ainsi abordée immédiatement. Difficile de refuser, en présence de tous les contrôleurs sociaux, l’annonce de service à la personne de deux heures par semaine situé à 70 km de chez vous. Vous ne pourrez même plus faire valoir que vous ne pouvez être disponible pour raison de mobilité car on vous proposera immédiatement de vous fournir la réduction des transports en oeuvre de votre région. Le taux de contractualisation en Contrat d’insertion est ainsi passé de 30% à 90% ! Cette contractualisation sera dorénavant valable également pour les API. Il est prévu de leur imposer un dispositif miroir au contrat d’insertion. Les obligations concernant l’emploi pour les API seront fixées par décret. Pour les RMIstes c’est toujours l’article L. 262-37 du code de l’action sociale et des familles qui est effectif.
Un des exemple de Martin Hirsh basé sur les expérimentations ayant déjà été effectuées est le suivant : Un RMIste qui prend un boulot quart de temps verra son revenu être de 564 euros au lieu de 514 euros. Soit 50 euros de plus qu’auparavant. Ce n’est pas grand chose, et si l’on prend en compte la possibilité pour les départements d’abolir la de la prime de retour à l’emploi, les aides et les droits connexes selon le "bouclier anti-pauvre", cela rééquilibre rapidement la balance.
A la base le projet proposé par l’agence des solidarités actives était destiné à tous les allocataires de minima sociaux et aux travailleurs pauvres. Si pour le moment seul(e)s les RMIstes et les API sont concerné(e)s à terme il est plus que probable que ce dispositif se généralisera. On constate déjà cette volonté d’expansion, prochainement des associations vont être reçues pour voir si il est possible de faire rentrer les AAH dans le dispositif du RSA, ce qui, n’en doutons pas, sera possible. En effet, la plupart des associations suivent actuellement la ligne du PS et de l’extrême gauche, ceux ci pour la plupart critiquant uniquement les moyens, qu’ils estiment trop limités alloués à la mise en place du RSA.
Il est également prévu prévu d’ajouter le RSA à l’ARA (Allocation de Retour à l’Activité, uniquement en oeuvre dans les DOM). L’ARA permet d’ajouter durant 24 mois une somme plafond équivalente à 60% du RMI, soit 238,60 euros pour une création d’entreprise et/ou une reprise d’activité et sortant de certains minima sociaux. Cette allocation complémentaire soumet moins que d’autre l’allocataire aux contrôles sociales. Si le RSA vient s’y ajouter, ce petit avantage viendra à disparaître.
Ce projet, le RSA à de multiples facettes, dont certaines ne sont pas encore apparues. Mais on entrevoient la généralisation de l’emploi précaire. Généralisation déjà commencée depuis longtemps avec l’apparition des TUC etc puis des CES, CEC puis par la suites des CA, CAE etc... Le RSA se situe donc dans la continuité du vaste chantier de précarisation et de corvéabilité de tous les précaires et salariés. Il ne s’agit pas d’une rupture mais de l’injection d’un outils qui permet d’accélérer le processus. D’ailleurs Martin Hirsh l’exprime lui même durant son audition :
« Le dispositif proposé a pour but non pas de créer de nouvelles institutions mais de se glisser dans les différentes institutions existantes, comme les maisons de l’emploi ».
Comment résister en tant que salarié à la pression de votre employeur alors qu’il peut, pour beaucoup moins cher que vous, employer un contrat aidé ou un RSA ? En tant que précaires, chômeurs et RMIstes nous sommes depuis longtemps soumis à un flicage qui ne fait que se renforcer et nous pousse à accepter n’importe quel emploi, stage, requalification ou formation bidons. Le RSA vient encore renforcer ce flicage en donnant des instruments de pressions supplémentaires aux conseils généraux. Il permet d’éclater les possibilité de lutter pour un droit spécifique puisque chaque département peut l’adapter à sa guise.
Vous allez rentrer dans le RSA ou vous êtes déjà dans le dispositif ?
Comment le projet vous a-t-il été présenté ?
Quel choix vous a-t-on laissé concernant votre insertion, avez-vous pu faire valoir vos souhaits, vos impossibilités en matière d’insertion ?
Quels sentiments vous en retirez ? En êtes vous satisfait ou mécontent ? gagnez-vous plus ? des galères sont-elles apparues ? comment se passe le suivi et avec qui ?
Adressez nous votre témoignage (en indiquant le département) à collectif.rto@gmail.com
Nous avons tous besoin de ces infos, pour comprendre et élaborer ensemble des résistances !
[1] Loi sur le Travail, l’Emploi et le Pouvoir d’Achat plus communément appelée « paquet fiscal »
[2] Loi 2007-290 du 5 mars / J.O n° 55 du 6 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale
[3] En fait ce code n’existe pas en tant que tel, paru en octobre 2006 au édition Dalloz, il réunit toute les lois, décrets etc. concernant les lois propres à la précarité sous tous les aspects. L’ouvrage a été écrit sous la direction de Martin Hirsh lui même et de Denis Chemla, président de Droit d’Urgence et avocat dont la devise est : « les gens bons réussissent toujours »...
[4] Article 9§2 de la loi TEPA pour les RMIstes : 1° Les départements mentionnés au II de l’article 142 de la loi n° 2006-1666 du 21 décembre 2006 précitée sont autorisés à déroger à l’article L. 262-11 du code de l’action sociale et des familles à l’exception de ses quatrième, cinquième et septième alinéas ainsi qu’à l’article L. 262-12-1 du même code. Dans le cas où ces départements prennent en charge le financement de la prime de retour à l’emploi en application du I de l’article 142 de la loi n° 2006-1666 du 21 décembre 2006 précitée, ils sont autorisés à déroger à l’article L. 322-12 du code du travail à l’exception de ses deuxième à cinquième alinéas ; Et l’article 10§4 pour les API : Les articles L. 524-5 du code de la sécurité sociale et L. 322-12 du code du travail ne sont pas applicables aux bénéficiaires du revenu de solidarité active.
Bonjour,
Vu les retards que la CAF accumule, soit les lettres qui leur ont été envoyées sont perdues dans leur fatras, soit elles sont parties à la poubelle.
Si vous ne l’avez pas encore fait, renvoyez une lettre mais en recommandé. Ils ne pourront pas dire qu’ils ne l’ont pas reçue.
Vous pouvez aussi aller sur place à plusieurs, le courrier en main et la donner en main propre et tamponnée par un agent de la CAF. S’ils refusent de traiter le dossier même avec le courrier de l’avocat que vous leur apportez, exigez de voir la direction.
Bonne chance et bon courage !
Certes Monsieur Hirsch vient d’Emmaûs, et le projet RSA interroge sur bien des points mais je ne comprend pas bien le raccourci que vous faites avec le fonctionnement des communautés Emmaüs...
Quand vous écrivez :
...le fait que lorsque l’on rentre en tant que compagnon on se doit de verser son RMI ou son minima à l’association qui, pour vos 60 heures de boulot vous en reverseront une partie complété parfois de 100 ou 150 euros...
Cela interpelle parce que j’avais compris que les personnes accueillies dans les communautés emmaûs ne percevaient plus le RMI mais que c’était le travail de récup et revente d’objets qui permettait à la communauté de vivre et de loger et nourrir et verser des allocations aux personnes accueillies...
Pouvez-vous être plus clair
Par avance merci
André
Bonjour André.
Emmaus a été historiquement la première entreprise ( parce qu’on peut bien parler d’entreprise en ce qui concerne l’activité de récup et de vente ) à pouvoir s’affranchir du Code du Travail avec ce fameux statut de "compagnon ".
Effectivement, les personnes qui arrivent dans une communauté et perçoivent le RMI s’engagent le plus souvent à ce qu’il soit reversé en grande partie à cette même communauté pour leur logement et leur entretien.Ce qui pourrait sembler logique ( rien n’est gratuit ) s’il n’y avait en supplément ces heures de travail. Emmaus considère que donner du boulot à ce que l’association appelle des " exclus" est un plus, une aide à la réinsertion et ne juge donc pas utile d’appliquer les règles normales du contrat de travail.
Dans certaines communautés, notamment à Paris, Emmaus verse un peu de fric ( rien à voir avec un salaire évidemment ) aux travailleurs de la communauté, qui sont souvent sans papiers. Mais Emmaus a passé un accord avec des banques pour la création d’une carte bancaire spéciale qu’Emmaus peut bloquer à tout moment. Ainsi c’est ce qui s’est passé pour des travailleurs entrés en conflit avec l’association.
Un aspect d’emmaus est très peu connu du grand public et des donateurs : beaucoup de gens pensent en effet, que l’association vit des dons et de ses activités propres. Les trois quarts de ses ressources lui viennent en fait de subventions des diverses collectivités publique.
PREAMBULE / Le chômage c’est une baisse des ressources ; mais pas des charges. Donc du revenu disponible. C’est mathématique. L’endettement en résulte, et le cycle infernal des huissiers, saisies, etc.... N’allez pas voir votre assistante sociale et encore moins votre conseillère en économie sociale et familiale, elle en connaît encore moins. Ce ne sont pas de mauvaises personnes, au contraire, mais elles n’ont pas la formation qu’il faut.
1) LA DETTE EST NORMALE. LES PATRONS EN REDEMANDENT. Nous sommes en régime capitaliste, gouverné par le profit. Avec des gardes-fous. Notamment un, qui porte un nom barbare, mais que tout le monde applique : le Plan Comptable Général. Ce docu prévoit tout ce qui peut arriver dans une entreprise, ou une mairie. En particulier les impayés. C’est tout à fait prévu et aussi normal que la paie ou la rémunération des administrateurs. Ca n’a rien d’exceptionnel. Pourquoi les patrons en redemandent ? Parce que le PROFIT auquel ils tiennent tant ( !) est justifié par le RISQUE. Or de quel risque s’agit-il ? Le principal est l’IMPAYE : soit parce que le client ne paie pas ( créance douteuse) soit parce que le produit ne se vend pas ( dépréciation des stocks). Donc la logique patronale est : pas d’impayés, pas de profit légitime. Même s’ils disent le contraire.
2/ DANS LE COMBAT ENTRE LE CREANCIER ET LE CHOMEUR,C EST LE CHOMEUR QUI EST EN POSITION DE FORCE. MAIS IL NE LE SAIT PAS.
La force c’est l’information. Quand l’entreprise l’a, elle peut récupérer sur le dos de l’Etat, et tout à fait légalement 50 % de sa créance. Faut-il encore qu’elle le sache. Or elle n’a aucune information sur le débiteur ( le chômeur) et aucun moyen d’en avoir. Le seul qui ait l’information c’est le chômeur. C’est en cela qu’il est en position de force ! Et l’entreprise en position de faiblesse !
3) L’INJONCTION DE PAYER : une foutaise d’un autre temps. Le créancier peut aller voir le juge de petite instance avec son impayé et demander une "injonction de payer". La procédure est tellement simple qu’il n’y a même pas besoin de convoquer le chômeur au Tribunal pour obtenir le jugement. Mais nous sommes dans un Etat de Droit. Les tribunaux ne rendent pas la Justice ( demandez vérification aux juges, ils vous le diront), mais disent le DROIT. Ce qui n’est pas toujours la même chose.
4) A QUOI SERT L INJONCTION DE PAYER ?
Officiellement ( c’est ce qui figure dans le Droit Civil) l’injonction de payer permet de "forcer" le débiteur ( le chômeur) qui a un peu d’argent et qui ne veut pas payer, de mauvaise foi, à payer. Ce qui ne correspond pas du tout à la situation actuelle.
L’injonction de payer a d’autres buts, peu honorables :
.- elle permet au salarié du contentieux ou à l’officine de prouver qu’elle a fait quelque chose ; et de justifier ainsi son existence
.- elle permet de faire pression sur le chômeur ( qui n’est jamais allé au Tribunal, et qui croit que c’est le fin fond de la honte). Là il y a un remède impératif : IL FAUT ALLER AU TRIBUNAL DE PETITE INSTANCE, VOIR CE QUI S’Y PASSE. C’est gratuit et très instructif. En sortant on se sent moins seul....c’est le moins qu’on puisse dire.
.- elle permet à l’huissier de vanter ses "compétences" au créancier. Il ne faut jamais oublier que les huissiers ne sont pas des fonctionnaires, mais des professions libérales, comme les médecins, les avocats ou les architectes. Et qu’ils ont un fonds de commerce à défendre. Sur le fond, c’est honteux. Mais c’est ainsi. Ils ne sont en général pas très aimés par les Tribunaux.
5/ POURQUOI L’INJONCTION DE PAYER NE SERT A RIEN OU PRESQUE.
a)L’injonction de payer n’existe pas tant qu’elle n’a pas été écrite et portée au domicile du chômeur. C’est une particularité du droit français : les jugements sont inapplicables tant qu’ils ne sont pas écrits et tant que la preuve n’a pas été apportée que le chômeur a eu ( ou pu) en avoir connaissance. Ca peut durer très longtemps ( je viens de voir un cas où ça avait duré plus d’un an). b) On peut toujours faire opposition à l’injonction de payer (attention aux délais qui figurent sur le papier bleu de l’huissier). POur faire opposition, on va au Tribunal d’Instance ( dit de première instance), et on dit au Greffier : "je fais opposition". Pas besoin de papier ou de démarche compliquée, ni surtout d’avocat. Faire opposition suspend le jugement, et peut éventuellement le casser : dans ce cas, plus d’injonction ; et le créancier aura bien du mal à y retourner. Pour quel motif ? Le plus simple est de vérifier le montant de la facture réclamée. Il y a très souvent des erreurs, parce que la procédure est tellement facile pour le créancier qu’il présente souvent n’importe quoi. De plus, il faut contester les "frais". On ne peut pas vous facturer des frais avant le jugement : c’est interdit ! Si le juge a ajouté les frais à la facture, il faut les contester. Le créancier qui présente la mauvaise facture ne peut pas obtenir d’injonction de payer : il faut qu’il recommence toute sa procédure depuis le début. Ca vaut vraiment la peine de se pencher sur la question. Exemple : je suis aux prises avec Carrefour pour un prêt à la consommation. Il n’a respecté aucune des clauses du contrat de prêt, et a réclamé des remboursements anormaux. J’ai fait opposition. J’ai failli gagner une première fois, parce que l’avocat de Carrefour a failli ne pas venir :or s’il ne vient pas, l’injonction de payer est cassée d’office ! Depuis il est venu et a dejà demandé 4 mois de délais à la juge. Ce qui ne m’empêchera pas de gagner quand même, parce que les sommes réclamées ne sont pas valables. Autre exemple : une officine qui représente SFR me menace d’injonction de payer depuis des mois. Je ne réponds pas et j’attends. Si elle fait une injonction de payer elle est obligée de refiler le dossier à l’huissier du coin, et elle perd toutes ses commissions ; elle n’est donc pas trop pressée d’aller à l’huissier. Dès que j’aurai l’injonction entre les mains, je ferai opposition : j’ai une facture de SFR avec un solde à 0. Je suis sûr de gagner. Et Pan ! b) l’injonction de payer n’a une quelconque efficacité que si elle est toute seule. Mais si vous avez plusieurs injonctions, ce qui est souvent le cas, elles se font concurrence entre elles ; elles ne peuvent pas s’exécuter toutes. c) le juge se fout de savoir si l’injonction a eu un résultat ou non : ce n’est pas son problème. Le juge juge ; il ne court pas après la monnaie ; ce n’est pas son boulot. d) Les précautions à prendre : ne pas donner le nom de son employeur, si vous en avez un, ni celui de son banquier : la saisie sur salaire ou sur compte sont les plus emmerdantes. Mais ce n’est jamais desespéré.
6) LES SAISIES : COMMENT CA MARCHE . POURQUOI IL FAUT PARFOIS DEMANDER A ETRE SAISI.
La saisie des meubles se déroule en 3 étapes. L’huissier se garde bien de vous le préciser. La première étape est l’inventaire des meubles : ****l’huissier dresse la liste officielle de tout ce qui PEUT être saisi. Ce qui ne veut pas dire que ce sera saisi. Pour comprendre, il faut prendre le problème à l’envers : la saisie est le seul moyen de pression de l’huissier. S’il va jusqu’au bout de la procédure, il n’a plus aucun moyen de pression ; donc il ne sert plus à rien ; donc il va se faire engueuler par les créanciers, etc... ****l’huissier fait venir le déménageur pour embarquer les meubles, et les mettre au garde-meuble. A ce stade, ils ne sont toujours pas vendus, et vous en êtes toujours propriétaires **** les meubles sont vendus à la salle des ventes : ils ne sont plus à vous, sauf si vous trouvez quelqu’un pour les racheter ( ce qui vous met définitivement à l’abri de toute saisie future : les meubles ne sont officiellement plus à vous : on ne peut donc pas les saisir ! Et pan ! L’huissier sait très bien que les prix en salle des ventes sont dérisoires pour tout le mobilier courant ; donc que la vente aux enchères ne va rien rapporter ou presque. Cela revient pour lui à échanger un moyen de pression efficace contre une somme ridicule. Il hésitera à deux fois avant de faire vendre.
************ pourquoi se faire saisir ? Ce n’est valable que pour une petite dette, aux alentours d’une centaine d’euros. Dans ce cas, la loi ( nouveau code de procédure civile) vous donne un mois pour les vendre à l’amiable. Puisque votre dette n’est que de 100 euros, vos meubles "valent" 100 euros, et pas un centime de plus. Si un organisme caritatif, un ami, la famille, ou autre peut payer ces 100 euros, vous faites la vente amiable à cet ami. Vous devez en informer le créancier ( et non pas l’huissier) : je peux vendre mes meubles pour les 100 euros que je vous dois. Il ne peut pas refuser. S’il ne répond pas dans le délai d’un mois, c’est qu’il accepte. Vous vendez donc le tout pour 100 euros,que vous versez à l’huissier. Mais, vous faites des factures en double à votre ami ; en précisant bien de quels meubles il s’agit, et que vous les vendez dans le cadre d’une saisie. Vous lui donnez un exemplaire de la facture et vous collez l’autre sur tous les meubles qui ont été saisis. C’est la preuve judiciaire qu’ils ne sont plus à vous ( même s’ils restent toujours là) et que donc ils ne peuvent plus être saisis. Les huissiers l’ont dans le chou ! Vous êtes devenus insaisissables, sans qu’il se soit rien passé. C’est la loi !
7/ La saisie sur salaire : c’est la plus ennuyeuse ; mais elle est encadrée par des rambardes de sécurité très efficaces. Si vous avez 10 saisies sur salaire, on ne vous prélèvera pas un centime de plus que si vous n’en avez qu’une seule. Vous avez donc tout intérêt à ce que toutes vos dettes soient règlées ainsi. Il existe, dans le code du travail, un tableau très compliqué, qu’on appelle les "quotités saisissables" qui fixe le barême de la partie de salaire qui peut être saisie ; c’est de l’ordre de 10 % environ pour le SMIC ; mais il faut regarder les choses dans le détail. C’est l’employeur, une fois de plus, qui fait tout le boulot, gratuitement. Si le cas se présente , voyez avec lui comment avoir un salaire le plus fixe possible : la saisie augmente très vite quand le salaire augmente. Il envoit l’argent au greffe du Tribunal ( et non à l’huissier), qui fait la répartition tous les 6 mois.
8/ LA MEILLEURE SOLUTION : ECRIRE A TOUS LES CREANCIERS POUR LEUR DIRE COMBIEN VOUS ALLEZ PAYER.
C’est un petit boulot, mais c’est très efficace, et bordé juridiquement. *** vous faites la liste de toutes vos dettes ; et vous faites le total : un montant supérieur à 15.000 euros est dans la norme courante. **** vous évaluez combien vous pouvez consacrer au remboursement de toutes vos dettes ; par exemple 120 euros par mois. **** vous divisez cette somme par 3 au moins :soit 40 euros. Vous rembourserez donc 40 euros par mois. Point barre ! **** vous ecrivez une lettre à chaque créancier et vous lui dites : " je suis désolé, mais j’ai une dette chez vous de .... euros ; j’ai une dette totale de ..... euros ; je vous règlerai donc ... euros par mois, chez votre huissier. Dès que ma situation se sera améliorée, j’augmenterai ce montant mensuel en fonction de mes moyens. Je vous prie........". Point barre ! Si la somme à verser mensuellement est trop petite, faites des paiements tous les trimestres, du triple . Attention à la gestion de votre trésorerie. Et vous envoyez à chaque huissier, pour chaque dette,copie du courrier. CE QU IL NE FAUT JAMAIS FAIRE : oublier de diviser par 3 ce que vous pensez pouvoir payer. Pourquoi ? QUi veut aller loin ménage sa monture ! Si vous commencez à payer ce plan de règlement on ne vous pardonnera pas de ne plus payer ; même si vous êtes malade, même si vous avez un pépin financier, etc...IL FAUT PAYER.Donc mettre le montant que vous êtes SUR de pouvoir payer tous les mois, même si ça va encore plus mal. Vous allez me dire que cela rallonge considérablement la durée de remboursement . Oui, vous avez raison, sur le papier. Mais sur le papier seulement ! Vous aurez tout le temps d’augmenter vos mensualités plus tard. Prenez d’abord ces habitudes avec un montant faible, et ensuite, par exemple 6 ou 9 mois après, vous pourrez augmenter un peu. Vous serez très bien vu par tout le monde, huissiers compris. Pour info, je me suis déjà occupé d’une famille dont la dette devait se payer en 586 ans (hors périodes de chômage éventuelles) ; j’en ai discuté avec le sous-prefet du coin qui ne m’a proposé aucune solution légale pour tourner la difficulté. *****les conséquences de ces lettres sont considérables : ++++++++ chez les créanciers : ils ont enfin le justificatif qui leur permet de justifier que votre dette est douteuse. Ils vont donc récupérer la TVA, 19,6%, immédiatement ; et l’impôt sur les sociétés, 33 % . Comme par miracle VOTRE DETTE A DIMINUE DE MOITIE dans les comptes du créancier. Ca vaut le coup, non ? Et en plus vous faites le travail du service contentieux à sa place : plus besoin de relances puisque vous payez spontanément. Que des bonnes nouvelles pour le créancier. Que demander de mieux ? ++++++++++ chez les huissiers : vous faites son boulot, gratuitement, et à sa place ; même raisonnement que pour les services contentieux. Contrairement aux apparences ( qu’il se donne) c’est votre meilleur allié. ++++++++ chez les travailleurs sociaux : envoyez les péter, ils n’y connaissent rien ! Si un huissier ou un créancier conteste . Faites la sourde oreille et continuez à payer : l’acceptation du paiement vaut acceptation du courrier (sur le plan juridique ce courrier est une convention).
9) LA CHAMBRE DEPARTEMENTALE DES HUISSIERS Elle est dans l’annuaire. Cette expression fait autant d’effets aux oreilles de votre huissier préféré que l’expression "saisie de vos meubles" en fait à vos oreilles. C’est le gendarme de la profession. Votre huissier abuse ; menacez le d’en parler à la chambre départementale. Ca le calme, en principe. Si ça ne suffit pas, écrivez. S’il recommence, réécrivez.
10) POURQUOI IL NE FAUT PAS ALLER A LA COMMISSION DE SURENDETTEMENT : ++++parce que vous n’avez pas envie de mettre toutes vos dettes entre leurs mains ; par exemple les prêts familiaux ou amicaux qu’on vous a fait. Or si vous ne les déclarez pas, la Banque de France fera comme s’ils n’existaient pas et vous mettra en situation de ne jamais pouvoir les rembourser. +++++parce que la Banque de France ne va rien vous laisser ; elle va vous imposer, selon ses critères, un plan maximum, que vous ne pourrez plus rembourser s’il vous arrive un quelconque pépin. Et on dira que vous êtes de mauvaise foi. A éviter ! +++++++parce qu’elle passe au dessus des huissiers. Il vaut bien mieux s’en faire des alliés, comme dans la situation précédente, que de les ignorer totalement.
11) POurquoi il ne faut pas vous en faire pour l’avenir : tous les créanciers qui se sont occupés de vous auront changé de poste dans 5 ans. Tenez bon, ils vous oublieront.
L EXPULSION
On raconte énormément d’âneries sur le sujet (notamment les travailleurs sociaux).
1/ L ’HUISSIER N A PAS LE POUVOIR DE VOUS EXPULSER : Eh oui ! Ils s’empressent de vous faire croire le contraire, mais ce n’est pas vrai. Le seul qui puisse vous expulser, c’est celui qui peut employer la force, si vous resistiez. C’est le commissaire de police ou le commandant de gendarmerie. Ce n’est que la FORCE PUBLIQUE qui peut vous expulser. Personne d’autre. Or la FORCE PUBLIQUE n’obéit pas aux huissiers, ni aux juges ( sauf dans les pays totalitaires, les tyrannies, etc..). Nous n’en sommes pas là. La force publique n’obéit qu’au Préfet (en général le sous-préfet d’arrondissement). C’est lui et lui seul qui peut décider de vous expulser. Laissez le faire son boulot ( ce n’est pas si simple pour lui). Pour vous expulser il faut DEUX conditions : ** que vous ayez eu contre vous un jugement d’expulsion. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante ! ** que vous ayez contre vous une décision ADMINISTRATIVE : l’ordre du Préfet de vous expulser par la force publique. Ce n’est que lorsque ces deux conditions sont réunies que vous risquez d’être expulsé. Sinon vous ne risquez rien !
2/ NE VOUS LAISSEZ PAS DUPER PAR LES "FAUX COMMISSAIRES" Il est courant que les huissiers qui amènent les jugements d’expulsion viennent avec le Commissaire de Police ( mais pas avec les policiers ni les gendarmes). Comptez bien : s’il est tout seul, il ne peut rien. S’il est accompagné des gendarmes ou des policiers, c’est une vraie expulsion. Si l’huissier a demandé au Commissaire de Police de venir, c’est pour le surveiller lui l’huissier ! Il y a eu dans le passé des abus ; des huissiers se sont pris pour des despérados et ont un peu volé les expulsables. Maintenant pour justifier qu’ils ne volent rien, les huissiers font venir des "témoins de moralité" ( de leur moralité d’huissier s’entend) en la personne des commissaires de police. Mais ils ne sont là que pour constater que l’huissier ne vole rien. Sinon ils repartent avec l’huissier au poste ! S’il n’y a qu’un commissaire de police, vous ne risquez absolument rien ! SURTOUT NE PARTEZ PAS !
3) Vos rapports avec le Préfet : Le Préfet est le garant de la cohésion nationale. Expulser, ce n’est pas maintenir la cohésion nationale, bien au contraire. Le Préfet a sur son bureau la pile des demandes d’expulsion envoyées par les huissiers (une bonne partie de la pile a été laissée par son prédecesseur) ; il en laissera une bonne partie à son successeur, dans deux ans, en moyenne. Il n’a aucune obligation de délais pour vous expulser : c’est une décision administrative qui ne dépend que de lui ; le judiciaire est complètement oublié à ce stade. Le Préfet est aussi le patron du FSL : c’est à dire qu’il a aussi mission de vous reloger. C’est le principe des vases communicants, mais le tuyau, c’est le Préfet (ou le sous-pref). S’il manifeste quelque impatience, il faut lui rappeler ( ou lui faire rappeler) que "son" FSL ne vous a pas trouvé de solutions.... Si vous avez suivi mes recommandations précédentes, vous vous êtes mis en état de repayer votre loyer normalement, jugement ou pas. Tant que vous payez votre loyer régulièrement le Préfet ne vous mettra pas dehors ( quelque soit le montant de la dette de loyer en retard). Si vous ne payiez pas, le bailleur peut demander au Préfet de payer à votre place ; le Préfet a un fond spécial pour cela. Mais il n’est pas forcément très motivé. Par contre si vous payez le loyer régulièrement, et pas la dette en retard, le bailleur ne peut plus rien demander au sous-prefet. Il va donc attendre que son successeur arrive et mettre votre dossier sur le dessous de la pile. N’oubliez pas de préciser au Commissaire de Police, quand il va se pointer pour faire son rapport au Préfet, que vous payez normalement le loyer. C’est votre meilleure armure anti-expulsion. Il suffit de penser à tous les squatts parisiens qui ne sont jamais expulsés, pour constater l’entrain des Préfets à faire les expulsions. Pourquoi ? Je vous le dis, mais ne le répetez pas : une expulsion qui tourne mal et c’est la garantie pour le Préfet d’avoir une mutation imminente dans la Creuse, la Corse, ou autres régions "tranquilles". Ce n’est vraiment pas bon pour sa carrière. Donc si vous payez votre loyer, meme si vous avez un arriéré de 10 ans, vous contribuez à la promotion de votre Préfet. Continuez, vous êtes un "bon" citoyen.
Voila, pardonnez moi d’avoir été un peu long. Je peux vous aider en cas de besoin, mettez moi un mail laurent barbier barbiercolmar@gmail.com (et n’oubliez pas d’aller au Tribunal voir comment ça se passe : n’attendez pas votre tour !).
J’ai lu votre article. Il est très bien fait. Mais il a un défaut majeur : vous vous situez dans une démarche de résistance. La seule solution pour en sortir est l’offensive : vous êtes là pour dire haut et fort les vérités qui fâchent. Je vais vous en livrer quelques unes. A vous d’en faire bon usage.
1/ L’incompétence notoire du patronat Prenez le recensement général de la population ( insee) et regardez le niveau de formation des "petits patrons du commerce et de l’industrie". Vous verrez qu’ils sont largement moins formés que la majorité des français. Il faut le dire, le crier, le hurler. Une part importante des problèmes liés au chômage et à la précarité vient de là.
a) d’où vient le problème : C’est très simple. La formation professionnelle française donne à des artisans les moyens de vivre de leur "art". C’est déjà ça. Mais elle ne leur donne pas de formation suffisante pour devenir "patron" : leurs compétences en commercial, droit, droit du travail, compta, etc.. sont très insuffisantes. Alors quand ils se développent, et pourraient embaucher, ils bricolent.
b) les officines de bricolage : Il existe sur le marché quantité de prestataires de services, qui permettent de dissimuler l’incompétence patronale. L’exemple le plus voyant est la comptabilité. Pas un patron ou presque ne sait établir son bilan. Il sous-traite. Or la qualité comptable des bilans français est globalement satisfaisante. Ce qui ne veut pas dire que les patrons sachent lire un bilan ou sachent faire leurs comptes. Leurs arguments sur la rentabilité de leurs entreprises ne sont que des cache misère pour dissimuler leur inculture.
c) Le problème social du patronat Le patronat est aussi incompétent en droit du travail qu’il l’est en matière de comptabilité ou de commercial. Mais la loi actuelle l’empêche de déléguer sa fonction à des tiers : il ne peut pas faire traiter les relations sociales de son entreprise par un tiers compétent. C’est le règne de l’arbitraire. Si vous avez bien écouté les débats préparatoires au CNE, c’était leur demande : donnez nous des hommes compétents ( prestataires de service) pour règler nos problèmes sociaux. Pour les pros du Droit du Travail un exemple est criant ( vous pouvez demander confirmation à votre ANPE ) . Le CDI est un contrat facile à rompre. Le CDD par contre, comporte beaucoup de risques ; tenter de le rompre avant terme c’est la quasi -certitude de perdre aux prud’hommes. Or les patrons ne proposent que des CDD. Ce n’est pas une volonté de précarisation des salariés, mais un nouveau cache-misère de leur incompétence. C’est cette même incompétence qui leur fait imaginer toutes sortes de combines pour échapper aux élections de représentants du personnel. Si le problème était traité par des pros, il y aurait beaucoup plus d’entreprises qui passeraient le seuil des 10 salariés puis des 50.
d) les chambres consulaires : Ce sont elles qui sont les mieux placées pour résoudre les problèmes liés au chômage et à la précarité. Ce sont elles qu’il faut mettre en cause, et non le gouvernement. Ce sont elles qui sont sur le terrain. C’est le talon d’achille politique du chômage en France. Quand on commencera à les mettre en cause, à les désigner comme responsables du chômage et de la précarité, les choses commenceront à bouger. Les patrons marchent à la trouille. Quand ils sentiront qu’ils ont plus de risques à ne pas embaucher qu’à embaucher, le marché va se débloquer.
2/ Chirac et l’incompétence gouvernementale Le jeune Chirac, celui de 1963, déjà secrétaire d’Etat, plus ou moins marxiste, a inventé l’ANPE. Ce fut une catastrophe et ça le reste. L’ANPE gère le marché de l’emploi ; donc fabrique le chômage ! Chirac l’a voulue monopolistique. Elle l’est toujours malgré les apparences.
a) le marché de l’emploi n’existe pas : Pour qu’il y ait un marché, il faut des produits, des acheteurs potentiels et réels, des vendeurs potentiels et réels. Or qui a vu un jour une annonce "emploi à vendre" ? Qui a vu un jour une annonce "j’achète un emploi" ? Personne. Pour la simple raison que l’emploi ne se vend pas, ou ne s’achète pas. C’est une utopie de diplômé de Sciences Po ou de l’ENA.
b) le seul marché qui devrait exister est le marché du travail. Oui, il y a du travail à vendre : c’est ce que proposent les chômeurs ; oui il y a du travail à acheter, c’est ce que font les employeurs qui embauchent. Oui il y a une monnaie pour payer le travail : c’est le salaire. Ca change quoi ? Tout ! Sur le marché du Travail, le travailleur est FOURNISSEUR DE TRAVAIL, DE SAVOIR FAIRE, etc... C’est à lui qu’appartient la démarche d’aller au-devant de son marché. C’est la loi économique de tous les marchés, indépendamment de toutes les théories et de tous les Nobel ( qui ne raisonnent que sur des modèles mathématiques sans lien avec la réalité). L’ANPE fait exactement l’inverse : elle va confesser les demandeurs de travail ( les employeurs). C’est une démarche d’inspiration soviétique. Ca ne peut pas fonctionner.
3) La solution "politique" : Elle est simple, et efficace. Il faut que les chômeurs ( et eux seuls) portent leurs candidatures vers les employeurs. Or, avec le développement des services à la personne, tous les français ( ou presque) sont potentiellement employeurs. C’est donc à eux qu’il faut s’adresser. La solution est la suivante : faire des journaux gratuits de petites annonces d’offres de travail : les chômeurs offrent leurs services, leurs compétences, leurs savoir faire, sous forme de petites annonces. Les petites annonces ne sont pas nominatives ( ce qui permet d’évacuer les problèmes de racisme), mais sous code ANPE. L’employeur qui veut embaucher, appelle l’assoc qui gère le gratuit, et elle organise les rendez-vous ( mais ne donne pas de renseignements téléphoniques). Le jour où le système est en place l’opinion publique va (enfin) se rendre compte du nombre de chômeurs, de leurs qualifications, etc... Elle pourra enfin faire pression sur les employeurs pour embaucher. On va enfin arriver à culpabiliser les employeurs et non les chômeurs. Le chômage va enfin être autre chose que deux ou trois chiffres communiqués par des ministres contents d’eux. Le jour où l’opinion publique se retourne, le combat est en passe d’être gagné. Le jour où, enfin, l’opinion publique prend le parti des chômeurs contre les employeurs, le chômage va commencer à diminuer. Sans compter qu’elle est bien placée pour faire pression sur les patrons pour embaucher tel ou tel. Il est important de ne pas tomber dans le piège tendu par l’Etat et les employeurs : mettre les annonces sur Internet. Internet est un média invisible, qui n’est lu que par ceux qui cherchent quelque chose. Qu’Internet soit un outil en plus du gratuit papier, pourquoi pas. Mais il ne faut surtout pas qu’il le remplace. Ce serait le boulot de l’ANPE d’aider les chômeurs à faire leurs petites annonces ( une ou plusieurs), à éditer les gratuits, à assurer la liaison entre employeurs et chômeurs. Ce serait la première forme de solidarité entre chômeurs. La première expression de leur force en tant que groupe de pression. Et croyez moi, ça fait du bien au moral de voir sa petite annonce distribuée dans toutes les boites aux lettres. L’initiative peut parfaitement partir des chômeurs eux-mêmes. Ainsi que le discours qui va avec. Les formes de solidarité entre chômeurs, voilà ce qui fait tellement peur aux employeurs d’une part et au gouvernement d’autre part. C’est cela qui fera bouger les lignes, parce que c’est cela qui "retournera" l’opinion publique.
Un mot sur Emmaüs en guise de transition. Votre constat est clair. Mais ce n’est qu’une apparence. Beaucoup de communautés sont peuplées d’hommes dans la souffrance qui n’ont pas les moyens d’avoir d’autres anxiolitiques que l’alcool. Or le RMI est aux alentours de 4 à 500 litres de gros rouge mensuel. On ne peut pas humainement laisser ces tentations dans les mains des compagnons ; et s’ils restent à emmaüs c’est qu’ils l’ont bien compris. Il n’est pas question de les empêcher de boire. Mais de les empêcher de se détruire et d’en détruire quelques uns autour d’eux. Et s’ils travaillent tant, c’est souvent parce qu’ils le demandent : le travail est le meilleur remède à l’ennui, et un baume sur les souffrances. J’ai été responsable de communauté dans le Nord pendant plusieurs années : les compagnons ( que je réunissai chaque mois pour qu’ils s’expriment) voulaient travailler tous les jours, dimanches compris. J’ai refusé parce que je n’avais pas la santé, tout simplement ( mais je suis quand même tombé malade à la fin). laurent barbier barbiercolmar@gmail.com
je vous envoie un autre mail pour vous donner les pistes pour échapper à la précarité due au chômage
Le rédacteur ou la rédactrice de cet article pourrait-il m’expliquer ce que signifie : "N’accorder que très peu voir aucune aides aux simples allocataires n’étant pas dans le RSA permettant ainsi, une fois que le calcul est effectué, de dépasser les sommes perçues en tant que simple allocataire du RMI ou de l’API sans ajout du dispositif."
Merci
Salut,
je dois bien avouer que cette phrase est assez sibylline.
En fait cela signifie simplement que les aides telles que le FSL, aides exceptionnelles etc. seront probablement accordées beaucoup plus difficilement qu’auparavant aux rmistes et apistes qui retravaillent sans être dans le dispositif du RSA.
Le projet de loi stipule que durant la "phase d’expérimentation" il sera calculé ce qu’aurait gagné l’allocataire si il n’avait pas été dans le dispositif du RSA. Si il s’avère qu’il aurait gagné plus sans le RSA, il devrait se voir rembourser la différence.
Donc il sera très facile pour les départements de jouer sur les chiffres en accordant plus d’aides à ceux dans le dispositif du RSA qu’aux autres
J’espère vous avoir éclairé !
Bonjour Laurent Barbier. Je viens de découvrir ce site, et je suis séduit par la pertinence de vos interventions. En effet, je trouve qu’en matière de social et d’exclusion, qu’il s’agisse de la presse en général ou de l’associatif dans sa communication, le passionnel l’emporte bien souvent sur l’information au sens strict. On reste dans la harangue idéologique, la clameur de barricade, c’est généreux mais si c’était opératif ça se saurait, en tout cas, moi ça ne me convainc pas. Alors, ravi de voir des personnes telles que vous venir relever le débat en remettant chaque chose à sa juste place, en expliquant , en invitant chacun à s’informer, et surtout à troquer sa collection de fantasmes idéologiques contre une approche vécue du terrain qui seule lui fournira les moyens de résoudre les difficultés dans lesquelles il se trouve.
Et autant que possible, de faire de ces difficultés un passage, et non un état. Le pessimisme est une facilité collective (en même temps qu’une spécialité française), l’optimisme étant un exercice quotidien de libération individuelle.
J’ai pris part sur internet à plusieurs fora autour de l’exclusion (les enfants de Don Quichotte, Jeudi Noir...), discussions que j’ai assez rapidement abandonnées, déçu d’y retrouver un état d’esprit qui m’a toujours déplu chez ceux qui se piquent de défendre les "exclus" face à l’hostilité du reste du monde. Faire systématiquement dans l’instruction à charge, mettre tous les patrons, artisans, entrepreneurs et fonctionnaires des administrations concernées dans le même tonneau, considérer que les "exclus" sont du bétail humain sur quoi va s’acharner, demain matin, toute une bureaucratie aux ordres du Medef, relève autant de la paranoïa que du bourrage de crâne "vieille gogauche".
Déjà (et j’en parle par expérience, ayant milité dans la rue auprès de SDF et étant moi même dans un dispositif de minima sociaux), quand on prétend, dans certains articles de ce site ou d’autres du genre, que des méchants référents vont fiche au travail de gré ou de force tous les RMIstes sous peine de leur couper les vivres, je ferais observer qu’il faudrait au départ qu’il y ait de l’emploi, et d’une, et de deux qu’un employeur qui à la base a vocation de faire du profit n’ira jamais prendre le risque d’embaucher quelqu’un sur qui il ne pourra pas compter parce qu’il sera dépourvu de logement, de véhicule, dépressif, trop abîmé ou carrément rendu asocial par des années de galère. On ne sombre pas impunément dans la spirale de l’exclusion sociale, ça laisse des traces, ça crée des réflexes de défiance, des pratique de retrait, c’est une épreuve dont on peut mettre plusieurs années à se relever. Or, un employeur, une entreprise, un artisan, ça vit avec une clientèle et une clientèle c’est labile, ça se gagne sur la durée et ça se perd très très vite ; une clientèle ça se fidélise sur la compétence offerte et sur la qualité du service.
Or il n’est pas de qualité à attendre d’un travail que l’on demandera d’effectuer à une personne déconsidérée aux plans humain et du salaire. L’axiome "salaire de m..., boulot de m...", souvent entendu chez les RMIste, devrait donner à réfléchir. Il est à mettre en parallèle avec les échecs rencontrés par toutes les mesurettes sensées procurer du boulot au rabais chez les populations socialement exclues. D’ailleurs, je suis surpris que cette notion de qualité du travail ne soit jamais évoquée dans tous les débats qui ont trait à l’insertion. Merci encore, Laurent Barbier, de nous ouvrir les yeux sur LA réalité. Ainsi seulement y verrons-nous plus clair.
Eh, Laurent Barbier et Libertaire du Causse ! Vous êtes mignons mais ce blog est un blog de Résistance ! Alors vos astuces pour collaborer avec l’ennemi évidemment ça ne peut que nous intéresser moyennement voyez-vous. Nous faire rire à la rigueur mais on a d’autres trucs plus marrants et bien que chômeurs ou rmistes, c’est fou ce que les journées sont courtes, et y’a plein d’autres trucs bien plus utiles à la société, et surtout à son avenir, à faire que travailler pour le capital qui de toute façon est en train de bouffer tout le monde et la biosphère !
Y’a un truc qui semble vous échapper : on voudrait pas mourir écrasés en dessous quand le capitalisme va s’effondrer. Or vous ne semblez pas entendre les craquements qui annoncent que c’est pour bientôt et qui sont bien réels (une crise ? où ça une crise ? mais non les patrons sont incompétents c’est tout) vous qui semblez attachés à la réalité du spectacle.
Alors si vous voulez continuer à danser sur le Titanic tant que l’orchestre jouera pour garder le moral (puisque seule la foi et positiver avec Carrefour pourrait selon vous nous sauver), je ne doute pas que vous trouverez un blog Titanic ou collaborationniste, si si cherchez bien ça existe, j’en ai rencontré ;-)