Collectif RTO

Votre dossier est bloqué ? Offrez un café solidaire dans une CAF, ça fait venir les responsables ...

dimanche 10 août 2008 par Réseau Solidaire d’Allocataires , des précaires

Après le refus d’un responsable de la CAF d’Argenteuil de recevoir accompagnée une allocataire sommée de rembourser deux ans d’allocation, le réseau solidaire d’allocataires revient avec son arme la plus redoutable : la distribution de café.
Et café des coupables rime avec arrivée des responsables !

Au départ, nous étions juste venus pour distribuer le journal du réseau solidaire d’allocataires Le Beurre et l’Argent du Beurre N°0, rencontrer d’autres précaires, diffuser des infos. C’était en mai 2008, à la CAF d’Argenteuil (95).
Une allocataire, Mme L, nous avait alors indiqué qu’elle avait plusieurs milliers d’euros à rembourser sur l’API. [1] On revient donc une première fois, et les agents débroussaillent un tout petit peu le dossier, même si certains devraient se souvenir que ce n’est pas parce que la CAF réclame un trop perçu ou estime que toutes les déclarations ne sont pas correctes qu’il y a fraude. Comme la première visite collective n’a pas suffi, nous revoilà de nouveau, mais le responsable est toujours absent, nous lui laissons donc un second message. Notre détermination commence cependant à payer : nous avons un rendez-vous. Nous ? Quel vilain mot ! Surtout pas de « nous », surtout pas de précaires organisés ou accompagnés. Le responsable refuse de recevoir la personne concernée autrement que seule, mais celle-ci ne cède pas (voir La CAF d’Argenteuil n’aime les précaires que vraiment isolés !)

Pour la énième fois (quand on aime, on ne compte pas !) nous nous rendons donc à la CAF d’Argenteuil. Mais cette fois bien décidé à faire respecter le droit à l’accompagnement et à avoir une explication avec les responsables.

Nous décidons de nous installer et d’offrir le café à l’intérieur de la CAF. Le résultat ne se fait pas attendre : la responsable présente sur les lieux vient à notre rencontre. Furieuse, elle nous signale que nous devons partir immédiatement. Nous insistons et demandons à être reçu par quelqu’un de compétent capable de trouver une solution au problème de Madame L. La responsable repart dans son bureau sans autres propos que des menaces d’évacuation.

Le café et les textes se distribuent, les conversations s’engagent.

Comme le trop perçu engendre des retenues sur toutes les allocations, madame L. prend u ticket pour savoir si elle pourra payer la personne qui garde ses enfants, et si on va lui reverser les allocations prévues pour. Elle est reçue par un agent qui nous explique qu’il y a encore quelques mois, il leur était possible de valider un versement directement, mais qu’à présent, les agents CAF doivent se contenter de mettre une note dans le dossier, et que c’est le service comptable, bien à l’abri des usagers, qui valide ou non. Délai d’attente rallongé, voire refus pour les allocataires, frustration et perte d’autonomie pour les agents. La directrice revient au pas de charge, somme l’agent de ne pas nous parler et nous invite à ne pas bouger : quelqu’un de la direction de Cergy va arriver. Nous n’avions de toute façon pas l’intention de bouger, en tout cas pas avant d’avoir obtenu des avancées.

Malgré l’autoritarisme visible de la direction, l’ambiance de cette CAF est plutôt conviviale. Autour de notre café beaucoup de problèmes et d’incompréhensions sont exposés, beaucoup d’allocataires demandent des explications sur leurs situations et leurs droits, mais les sous effectifs et la volonté de productivité de la CAF ne permettent pas toujours aux agents de prendre le temps qu’il faudrait pour répondre à toutes les questions.

C’est Mr. Chauvet, Directeur des Ressources Humaines de la CAF du Val d’Oise, de la direction de Cergy, qui vient à notre rencontre, ainsi que Mme Boursier, directrice des prestations au niveau départemental et la responsable adjointe du site.

La présence d’un DRH en dit long sur les problèmes de cette CAF, tant pour ceux des allocataires que ceux des salariés, qui sont particulièrement mobilisés dans le département, notamment en raison de la baisse du nombre d’agents, de la modification si ce n’est la suppression de certaines fonctions, comme les travailleurs sociaux ( voir à ce sujet le blog http://travailleurs-sociaux-caf-cgt.over-blog.com/
Dans le bureau où Madame L. et un précaire solidaire sont reçus, il tente vainement de nous expliquer qu’il ne fonctionne pas sous la pression, que la personne qui accompagne Mme L doit rester uniquement en observateur et muette comme une tombe.

Et si ce monsieur dit ne pas fonctionner sous la pression, lui tente néanmoins de l’utiliser. Il signale à Madame L. que notre présence est un mauvais point pour elle, que bien entendu cela va la desservir. Ce discours que l’on nous sert à chaque fois, et qui s’apparente à une forme de menace n’a bien entendu jamais de prise, et l’expérience nous montre que c’est bien l’inverse qui se produit.

La détermination commence à payer !

M. Chauvet semble en proie à une subite paranoïa lorsque nous lui demandons qui il est et quelles sont ces fonctions, il ne lui semble pas logique que nous voulions connaitre à qui nous avons à faire. A plusieurs reprises lors de nos interventions des sous entendus politiques apparaîtront dans ses propos, des références à la Pravda et au fait ne pas avoir à travailler sous la surveillance d’un commissaire politique ! Non seulement ces sous-entendus politiques sont ridicules et n’ont rien à faire dans une telle discussion, mais de plus, si des précaires décident de se défendre collectivement contre l’arbitraire et les contrôles de la CAF, c’est bien par nécessité. Depuis des mois Madame L. tente d’obtenir des explications et d’être reçue sans succès et ce n’est que maintenant que nous sommes venus collectivement que la CAF daigne la recevoir. Simple hasard, sans doute ?

Lorsque nous lui rappelons que les agents des CAF du Val d’Oise sont actuellement en luttes pour réclamer des effectifs et des conditions de travail leur permettant de recevoir correctement les allocataires, il nous signale qu’il s’agit là de propos politiques. Amusant : plus tard il se plaindra néanmoins du manque d’effectif pour effectuer les contrôle de la CAF !
Par contre toutes défenses collectives et toutes revendications pour de meilleures conditions de travail ou de traitements des allocataires semble pour lui relever d’une forme de totalitarisme inconcevable !

Sur le problème en soi que nous abordons enfin de manière sérieuse, la CAF ne retrouve pas les documents qu’avait fournis Madame L, en particulier les attestations sur l’honneur remises régulièrement à la CAF. Le fond du problème c’est que Madame L est mariée. Selon la CAF du Val d’Oise, même séparée géographiquement et ne partageant pas de bien communs et sans ressources, une personne ne peut prétendre à l’API. Lorsque nous lui signalons qu’un problème similaire a connu une interprétation contraire à la leur à la CAF de Nanterre suite à une action d’AC ! (voir l’article Contrôles CAF dans les Hauts de Seine : toutes des salopes ?), la seule réponse qu’ils nous opposent est que ce n’est pas l’interprétation des CAF du Val d’Oise ! Une interprétation toute subjective faite comme par hasard au détriment des allocataires et variable selon les départements !

Une certaine gêne transparaît dans les propos de Mr. Chauvet, il faut dire que en tant que DRH il connaît mal la réglementation de la CAF. Après étude du dossier de Madame L., nos interlocuteurs décident, face aux nouveaux éléments qu’elle a enfin pu faire valoir de la refaire passer devant une commission.

Cette avancée réelle, et impossible à obtenir de manière isolée, ne nous empêchera pas de revenir et poursuivre les cafés des coupables, auxquels se joindront peut-être prochainement les agents en lutte de la CAF d’Argenteuil, eux-aussi coupables de ne pas être assez productifs, de prendre trop de temps avec les allocataires, de ne pas traiter avec la rigueur nécessaires ces dizaines d’assistés qui n’ont rien de mieux à faire que la queue à la CAF (qui cependant à eux tous touchent bien moins d’argent que ce qui est accordé en exonération de cotisations sociales et en aides financières aux employeurs)…

Rendez-vous le vendredi 29 août 2008, à partir de 14h à la CAF d’Argenteuil, à l’angle boulevard Héloîse et avenue Général de Gaulle

La solidarité est plus que jamais notre meilleure arme, face à la disparition de certains droits ou à leur territorialisation (le fait que les droits sont différents s’une zone à l’autre, comme par exemple avec le revenu de solidarité active, expérimenté sur les Rmistes d’Argenteuil et Bezons)

Allocataires de la CAF du Val d’Oise ou d’ailleurs, agents en lutte, n’hésitez pas à nous contacter pour échanger, faire partager vos informations, expériences et mobilisations, nous envoyer un témoignage, un point de vue.

RSA-Réseau Solidaire d’Allocataires

_A Paris : Permanence de lutte, pour et par des précaires, tous les mardis de 18h à 19h30, à la Maison des Associations : 15, passage Ramey - 75018 Paris - Métro Marcadet Poissonnier – Bureau « Les vignes » au 1er étage.

Réseau Solidaire d’Allocataires : Mail : _ctc.rsa@gmail.com Sites : _ http://www.collectif-rto.org _ http://www.ac.eu.org

[1] Venue en France alors que son mari était à l’étranger (mais toujours en contact, notamment lors de séjour de Madame dans le pays d’origine), on lui indique à la CAF qu’étant enceinte et "isolée" sur le territoire, elle a droit à l’API. On lui demande à l’époque, et de manière régulière, une attestation sur l’honneur que son mari est à l’étranger et ne l’aide pas financièrement.

Son mari obtient finalement l’autorisation de venir en France par regroupement familial, et alors qu’elle ne perçoit plus l’API elle déclare l’arrivée de son mari à la CAF.
C’est alors que la CAF réexamine le dossier et décide, a posteriori, que finalement la « séparation géographique » n’est pas une « séparation de fait », constitutive de la situation d’isolement qui est un des critères du versement de l’API. Mme L se voit donc exiger le remboursement de plus de 7000 euros !


Forum

  • Votre dossier est bloqué ? Offrez un café solidaire dans une CAF, ça fait venir les responsables ...
    14 août 2008, par Gina
    D’où il ressort que le dialogue est l’outil irremplaçable dans les conflits de ce genre. Le dialogue c’est le rapport intime au réel, c’est la rencontre brute avec les faits, l’antidote par là au fantasme paranoïaque tel qu’il est entretenu dans certains blogs, particulièrement depuis qques mois, où d’un côté il y a les bons, de l’autre les mauvais, et au milieu il y a un système pervers fait par les mauvais et servi par les mauvais pour nuire aux bons. Cette tranche de vie nous montre que la précarité peut se situer, certes à des niveaux différents, dans chacun des camps (adminitration/allocataire), que s’il y a perversité, elle réside plutôt dans l’attitude cynique de cadres formés à mettre en place une politique donnée en faisant fi des conséquences humaines de cette politique, en n’obéissant qu’à une logique de budget, de chiffre, et ça on le voit aussi dans le secteur hospitalier et des administrations comme la Poste, où il y a antagonisme déclaré entre deux entités que l’on nommera "les agents" et "les bureaucrates" - antagonisme dont vous remarquerez que l’usager est exclu. Ne serait-ce pas du devoir de la sphère syndicale de créer les conditions de ce dialogue ? Ce qui m’amène à me poser - et à vous poser - la question de la troublante absence des syndicats (les représentatifs et les autres) et des militants d’une extrême-gauche pourtant en quête d’image (je pense à la NPA) dans des interventions telles que les vôtres ou celles d’Attac, du Dal, des "Ni Pauvre ni soumis", "Don Quichotte" et "Jeudi Noir". Le travail de fond, sur le terrain, avec les risques et le coût que cela implique, pour les militants isolés, et les professions de foi éclairées pour les gens qui demain nous demanderont de voter pour eux ou pour celui ou celle qu’ils soutiendront, au nom de réalités auxquelles ils ne se seront confrontés que par procuration... Cordialement, Gina (ex-adhérente CGT, retraitée des hôpitaux).
  • Votre dossier est bloqué ? Offrez un café solidaire dans une CAF, ça fait venir les responsables ...
    11 août 2008, par Bourguignon

    Chers camarades précaires, Avez-vous contacter les administrateurs des CA des CAF ?

    Voire même saisir la Commission de Recours Amiable ? La CRA existe dans toutes les CAF. Vu la multiplication des textes législatifs intéressant les allocataires et la rédaction des décrets d’application qui peuvent permettre différentes interprétations il n’est pas étonnant que d’une CAF à l’autre les mêmes cas ne soit pas traité dans la même égalité.

    Vu aussi l’obligation faite aux directeurs de remplacer un départ en retraite sur trois vous avez une des explications de la dégradation des conditions de travail des agents CAF.