lundi 17 novembre 2008 par Des grévistes du travail qui ne chôment pas
C’est contre un allongement de l’âge de départ à la retraite (de 60 à 65 ans) que se mobilisent les pilotes d’avion d’Air France depuis le vendredi 14 novembre 2008.
Une grève appelée par le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), qui était en négociation sur le sujet depuis le printemps 2008. Et qui croyait s’en tirer à bon compte, avec un texte de loi (un amendement voté par les députés) modifié pour le Sénat et rédigé avec le SNPL (avec, comme pour les heures supplémentaires, le travail du dimanche ou la retraite à 70 ans, l’alibi du volontariat...).
Les grévistes ne sont pas laissés avoir et le Conseil national du syndicat (composé de 65 pilotes) a refusé de voter la fin de la grève au soir du premier jour. Le SNPL se retrouve obligé de soutenir la revendication du retrait total du projet.
En Italie aussi, de nombreux vols aériens sont annulés en raison de la grève du personnel d’Alitalia, pilotes et personnels navigants, qui refusent les nouveaux contrats de travail proposés dans le cadre de la reprise de la compagnie.
Une grève qualifiée d’illégale, avec menaces de sanctions et de répression à la clé, ce qui ne suffit pas à mettre fin au mouvement.
Une volonté de revenir sur l’accord des 35 heures, une centaine de licenciements "prévus" mais en prétextant des fautes des salariés plutôt qu’avec un plan social, une modification des horaires et de l’amplitude de la journée... Le lot commun de bien des travailleurs.
A la Continentale nutrition, entreprise de Boulogne sur mer, ce sont toutes les catégories de salariés (maintenance, production, conditionnement) qui se sont mises en grève le samedi 15 novembre.
Pour tous les motifs évoqués ci-dessus, en particulier les pressions poussant les salariés à la faute pour mieux les licencier, et contre le travail du samedi après-midi pour l’équipe qui fait déjà le samedi matin.
Même si la direction semble vouloir faire marche arrière, le mouvement devrait être reconduit le samedi 22/11
Suite à une mobilisation en octobre 2008, des négociations s’étaient ouvertes concernant la rémunération des maitres nageurs de la piscine l’Agora de Berck sur mer. Une piscine gérée par une société d’économie mixte pilotée par un adjoint au maire, mais où les salariés sont de droit privé et n’ont donc pas les mêmes conditions de travail ni les mêmes fiches de paie que leurs collègues "fonction publique" de la région.
Lors d’une négociation le 6 novembre, les 5 maitres nageurs ressortent avec un écrit mentionnant 300 euros d’augmentation et un nouveau pourcentage sur le chiffre d’affaires. Mais dès le lundi suivant, la direction revient sur les avancées, indiquant qu’il ne s’agissait pas d’un accord mais d’un compte-rendu de réunion !
Les salariés se sont donc mis en grève le 14 novembre.
La FMMT est un entreprise de constructions de maisons transportables (voilà ce qu’il faut aux chômeurs pour augmenter leur mobilité !!) située au Fossat dans l’Ariège.
Un plan de restructuration est annoncé en octobre 2008, avec 12 licenciements sur une trentaine d’employés. Alors que l’entreprise est toujours aux 39h par semaine et que de nombreux salariés font des heures sup. Le délégué du personnel refuse de signer le plan de licenciement, et déclare :« Nous sommes surpris de voir que les salariés travaillent 39h et fassent des heures supplémentaires […] pourquoi ne pas passer aux 35h cela ferait gagner deux postes ! »
Un premier mouvement de grève de 3 jours n’ayant rien donné, les futurs licenciés installent un piquet de grève le 13 novembre devant la société, et tentent de bloquer les livraisons.
La direction n’a pas apprécié le manque de docilité des futurs chômeurs, et a affiché une note faisant état de vols répétés, et une autre indiquant que les futurs licenciés ne font pas toutes leurs heures, occupés qu’ils sont à discuter avec les syndicalistes.
Comme quoi, notre temps, c’est leur argent !
Le mercredi 12 novembre, c’était un jour de mobilisation nationale, avec un appel à une grève de 55 minutes (pour ne perdre qu’une heure de salaire, et non une demi-journée si le débrayage dure une heure ou plus) dans les antennes des organismes sociaux : CAF (caisse d’allocations familiales), CPAM (caisse primaire d’assurance maladie), URSSAF (Union de recouvrement pour la sécurité sociale et les allocations familiales).
Pour des augmentations de salaire, certes, mais avec une remise en cause des modes actuels de rémunération : prime d’intéressement ne comptant pas dans les cotisations pour la retraite, entretiens individuels et évaluation des compétences comme base d’augmentation... individuelle et incertaine.
Des mouvements plus localisés existent aussi, comme celui des agents de la CAF du Val de Marne en octobre 2008, qui ont fait renoncé la direction à un projet de polyvalence forcé après 3 débrayages de 55 minutes et la menace d’une demi-journée de grève, ou ceux de la MSA (Mutualité Sociale Agricole, qui joue le même rôle que les CAF) de Midi-Pyrénées, en grève le 13 novembre contre la fusion de différentes caisses, avec les baisses de personnel qui vont avec, contre le non remplacement des départs à la retraite, les risque de fermeture de points d’accueil, le manque de moyens...
Le 15 novembre, le magasin Jumbo Store le Port, sur l’île de la Réunion, était tout simplement fermé, en raison de la grève des salariés qui exigent l’annulation du licenciement d’une collègue, accusée de vol pour avoir trop profité de la réduction de 10% accordée aux employés.
« On nous accuse de défendre une voleuse, dans ce cas, nous sommes tous des voleurs » annonce une syndicaliste du magasin.
Il est aberrant de proposer aux pilotes de ligne de continuer à travailler après 60 ans pour une simple question de sécurité, car les réflexes, la vue, la concentration, la disponibilité, la résistance au stress et au décalage horaire, mais aussi aux drames de la vie, se réduisent très sensiblement avec l’âge.
Il y a une quinzaine d’années, le commandant de bord, âgé de 63 ans, d’un airbus A 320 d’Air Inter, a fait une TENTATIVE DE SUICIDE AUX COMMANDES, après le décollage d’Orly, en coupant les moteurs vers 500 mètres d’altitude.
C’est le copilote qui a rallumé les moteurs… qui ont été coupés une deuxième fois par le commandant de bord !... Le copilote a dû rallumer une seconde fois les moteurs !!... La remise de gaz a eu lieu au-dessus des immeubles de Villeneuve-Saint-Georges !!!...
Cet incident est connu du public car la presse et les médias s’en sont fait l’écho.
L’explication présentée a été une « absence » du commandant de bord, mais c’était beaucoup plus grave que cela. En effet, nous avons appris - j’étais commandant de bord Air France à l’époque - que ce pilote d’Air Inter n’avait pas supporté le choc de la rupture avec sa femme, ni le suicide de son fils.
Une histoire absolument horrible qui confirme que les pilotes supportent beaucoup moins bien les drames de la vie, lorsque l’âge avance... Quant au fait que cela aurait pu être une « absence » ne change rien au problème car cela voudrait dire qu’une sénilité précoce n’est pas détectable par les compagnies aériennes, et que donc les pilotes doivent bien s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.
Jean-Cyril Spinetta, qui était PDG d’Air Inter, doit se souvenir de ce très grave incident qui a d’ailleurs incité la compagnie à mettre l’âge du départ à la retraite à 60 ans.
Faut-il vraiment oublier les enseignement de l’Histoire du transport aérien ?...
Jean-Charles Duboc Commandant de Bord B747 (ret.)