Collectif RTO

Grèves : de la colère, il y en a, mais si on la rendait plus efficace ?

lundi 1er décembre 2008 par Des grévistes du travail qui ne chôment pas

La délocalisation intra muros, un bon moyen de pression sur les salari(é)es

L’ex-usine Beghin Say, désormais Tereos est en grève : les 172 salariés ont appris la fermeture de l’usine, dont la production va être délocalisée en …Espagne : et oui, pas besoin d’aller à l’autre bout du monde, quelques centaines de kilomètres suffisent , au sein de l’Union Européenne , pour maximiser les profits, après avoir engrangé tout ce que les collectivités locales et l’Etat avaient à offrir comme subventions, et aides aux bas salaires.

Et, idéologie de la mobilité et de la flexibilité oblige, les 172 salari(é)es ne seront pas licenciés : non, la boite leur offre gracieusement la possibilité d’un « reclassement « dans le Nord de la France. Grève illimitée donc…mais seulement à partir du 15 décembre, la CFDT estimant qu’il faut attendre le plan social, plutôt que faire pression avant pour le rendre moins catastrophique.

Secteur bancaire : en France comme en Guinée, les salari(é)es en grève pour les salaires.

Vendredi 28 novembre, plus d’une centaine d’ agences de la Caisse d’Epargne étaient fermées en France : grève pour des augmentations de salaires, les syndicats réclament trois pour cent quand la banque propose 0, 4 pour cent.

D’autres mouvements ont eu lieu, ces dernières semaines notamment dans les services financiers de la Poste, au Crédit Agricole mais à des dates différentes et pour un seul jour.

En Guinée Equatoriale, les salari(é)es et leurs syndicats sont un peu plus revendicatifs et organisé(e)s : ce lundi c’est un appel à la grève ILLIMITEE de tous le secteur des banques et assurances qui a commencé à faire son effet : un préavis avait été donné le 14 novembre, et comme les négociations ne vont pas assez vite, le mouvement s’est déclenché. Les syndicats réclament là bas un minimum d’augmentation …de 25 pour cent. Tout de suite plus motivant !.

Essence : la baisse des prix s’obtient par la lutte.

Il parait que les prix du pétrole ont « beaucoup » baissé : dans le monde virtuel de la spéculation, peut-être, à la pompe beaucoup moins.

Après la Réunion, la Guyane est en état de quasi insurrection : magasins et écoles fermées, vingt cinq routes bloquées, affrontements très violents dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, face à la colère de la population, qui se mobilise aussi à travers ses syndicats et les associations de consommateurs, une baisse de 30 centimes au litre a déjà été obtenue. Mais les guyanais continuent le mouvement, un minimum de 50 centimes est exigé. Cette revendication principale ne doit pas masquer les autres sources de colère qui s’expriment aussi par ce mouvement : la cherté des prix, mais aussi la baisse des revenus pour les retraités à qui le gouvernement français a récemment supprimé certains droits.

Pendant ce temps Total annonce une augmentation de 35 pour cent de son chiffre d’affaires, comme dans tout le secteur , les patrons se portent bien mais pas les salari(é)es : des grèves avaient éclaté dans les raffineries et chez les « avitailleurs « , à Marseille, Beauvais, Mulhouse, Nantes, Lyon et Rennes, et des vols annulés à Orly et Toulouse. Les syndicats auraient pu profiter de ces grèves locales et de la situation en Guyane pour lancer un mouvement généralisé mais c’est raté : à Total, la CGT suspend son préavis de grève et préfère attendre le résultat des négociations qui démarrent le 4 décembre….Avec les patrons, c’est perdre sa vie à la gagner, avec les directions syndicales, c’est perdre sa grève à la retarder…

Solidarité contre la répression dans les boites.

A Créteil, les salari(é)es d’un centre pour jeunes autistes en sont à leur troisième jour de grève depuis le mois de septembre : il refusent de se résigner face au licenciement du directeur du centre intervenu cet été : celui-ci avait en effet brisé la loi du silence en vigueur dans le secteur médico-social privé sous délégation de service public. Il avait dénoncé la gestion du centre, le délabrement programmé de la structure, mais beaucoup moins protégé que dans le public, sa franchise lui avait couté sa place. S’il n’est toujours pas réintégré, en tout cas, la situation du centre est rendue publique par les grèves des collègues solidaires.

Faurecia Sieto, c’est aussi de la sous traitance mais dans le privé et pour Toyota, le seul client de la boite : les 180 salari(é)s se sont mis en grève pour obtenir le versement de primes de plusieurs centaines d’euros attribuées jusqu’ici au petit bonheur la chance. La direction tente de diviser les grévistes et en licencie 14 pour faits de grève. Résultat, la grève s’accompagne du blocage de l’usine, et les voitures Toyota prêtes à la vente attendent…faute de siège.

La direction a échoué à diviser : les 14 licenciements sont annulés, ce qui n’empêche pas les salari(é)s qui continuent la grève pour les primes.

Grève à l’ANPE : un peu d’imagination que diable !

Ce lundi, grève très suivie des agents de l’ANPE, cinquante pour cent selon la direction, 70 à 80 pour cent selon les syndicats. La grève est liée à la fusion des ASSEDIC et de l’ANPE.

Ce n’est pas le premier mouvement de grève très bien suivi dans ce secteur : à l’ASSEDIC aussi le dernier mouvement contre la fusion a été massif.

Mais , la détermination des salari(é)es ne va pas servir à grand-chose, si la stratégie syndicale reste la même : pourquoi des journées d’action séparées et des assemblées générales qui le sont aussi, alors que les deux services fusionnent ? Pourquoi les revendications de l’intersyndicale restent-elle aussi minables : la voilà qui s’en tient désormais au « report « de la fusion, quant aux précaires des deux structures, notamment les contrats aidés qu’on vire comme des malpropres, ils sont à peine évoqués.

Et à quoi riment ces journées d’action limitées ? Sans parler de grève reconductible, pourquoi ne pas utiliser massivement certaines pratiques qui , non seulement, gêneraient vraiment la direction, mais auraient l’avantage de rendre le mouvement audible aux usagers , qui se montreraient peut-être plus solidaires ? Pourquoi pas des mots d’ordre qui viseraient à refuser d’utiliser la procédure informatique du suivi mensuel qui permet les radiations automatisées ? Pourquoi pas le boycott des prestations bidon, notamment les stages de « remotivation » ?

A Paris, les travailleurs sociaux qui ont mené un mouvement très dur au printemps derniers y réfléchissent : dans certains services , le service n’est plus assuré entre midi et deux, et la grève des « contrats d’insertion « est envisagée par beaucoup.

Autre secteur, ou les revendications sur les salaires et les conditions de travail seraient peut-être plus vite satisfaites si l’élargissement allait jusqu’au refus des tâches de contrôle, la CAF ou les salari(é)es commencent à bouger. Les usagers seraient peut-être plus solidaires si les travailleurs s’organisaient collectivement pour refuser d’enfoncer un peu plus les précaires : refuser d’appuyer sur le bouton qui enclenche les suspensions de RMI, les récupérations de trop perçu, est-ce si difficile ?


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