mercredi 9 septembre 2009 par des précaires
A Tours, la DDTEFP , la mairie et les autres érigent en exemple à suivre, le chômeur qui court et se dépasse lui même dans la recherche d’emploi.
A travers l’analogie entre le sport et la recherche d’emploi, on sous entend que la victoire, celle vers laquelle on devrait tous tendre, serait un contrat de travail.
Et après le repos du guerrier, la coupe en or massif, le champagne qui coule à flots jusqu’à la prochaine compétition ?
Pas vraiment. Après, c’est encore l’effort, et toujours pas de champagne à l’horizon, comme en témoigne, le récit de ces vendangeurs saisonniers, dont beaucoup sont Rsastes entre deux cueillettes.
Alors ?
Alors, à Tours comme dans la Drôme, résister, c’est d’abord arrêter de courir , sortir du flux des "employables", dire non aux parcours d’obstacles, qu’on ne dépasse que pour se retrouver devant un mur.
Ci dessous deux initiatives parmi d’autres, deux façons de dire "On ne joue plus ", à chaque précaire, à chaque collectif de trouver les siennes, dans sa boîte, dans sa CAF, dans son agence. Et de les faire partager aux autres.
LES VENDANGEURS DE LA RÉGION DRÔMOISE APPELLENT AU BOYCOTT DE LA CAVE « JAILLANC
« Il faut rendre la Honte plus honteuse en la livrant à la publicité » Karl MARX
Le 4 septembre 2009, à Pontaix, près de Die, un petit groupe de vendangeurs, excédés par leurs conditions de travail, ont quitté brusquement leur terrain de souffrance : les vignes.
Leur patron, Olivier BARNIER, producteur à la cave Jaillance, ayant refusé une pause collective pour cause d’averse.
Depuis le 1er septembre, ces saisonniers acceptaient des cadences infernales, les remarques désobligeantes, les repas pris, dans un pré, sans l’ombre d’un abri.
Certains d’entre eux, peut-être, sans argent, ne mangeaient pas le midi sans que cela ne préoccupe le vigneron.
« Le mépris du paysan à l’égard du saisonnier est ici total » témoigne Djamel de Crest.
« Pas un verre de vin n’est offert, pas un quignon de pain n’est donné » souligne son ami, Greg.
« La moindre minute de travail est comptée » résume Jean-Michel, l’ouvrier agricole.
Ce dernier qui travaille, trois ou quatre mois dans l’année, ne connaît ni la prime de précarité ni celle du transport et encore moins celle de la pénibilité.
C’est tout juste s’il reçoit de ces « braves gens », après un dur labeur, deux ou trois bouteilles de vin de la coopérative Jaillance.
Pour payer 10 000 euros, par mois, leur directeur, ces viticulteurs indignes rémunèrent à peine 6, 25 euros, net, de l’heure, leurs ouvriers.
Regroupés au sein d’un collectif nommé « Raisins de la colère », les vendangeurs de Crest et de Die appellent leurs semblables à des mouvements d’humeur, dans l’ensemble du vignoble, et les amateurs de mousseux à s’abstenir d’acheter de la Clairette à la cave « Jaillance ».
« Les Raisins de la Colère »
Le tract à télécharger :
Quelques RDV : - Pour manifester notre non aux "Foulées de l’Emploi" auprès de ses "co-directeurs sportifs", rdv Mercredi 16 Septembre à 14h30 devant la DDTEFP (Champ-Girault).
- "Méga-jeux-compét’ de la course dans le marché de l’emploi", rdv Samedi 19 Septembre place Jean Jaurès à 15h30.
- Le Dimanche 27 Septembre lors des 10 et 20 km de Tours, désertons le marathon de l’emploi !
Ca y est, la DDTEFP* a trouvé une solution toute belle face à un marché du travail où le chômage pèse lourd... L’opération est presque "révolutionnaire" puisqu’elle a été nominée aux dernières Victoires décernées chaque années lors des très néo-libérales "Rencontres de la Modernisation de l’État". Mais - manque de perfomance ? -, l’initiative tourangelle a été recalée... Bon, cette initiative donc, dénommée "les Foulées de l’Emploi" consiste à... faire courir 20 chômeur-ses aux 10 et 20 km de Tours, le dimanche 27 septembre* prochain. Bien sûr ces candidat-es sont spécialement encadré-es et entraîné-es pour leur course, aussi bien sportive que professionnelle.
Mais pourquoi diable la Direction du Travail (où les agents se plaignent de la faiblesse des moyens pour leur mission de contrôle des conditions de travail) trouve bon de dépenser du fric pour préparer des chômeur-ses aux 10 et 20 km de Tours ?!
Ca court entre les administrations, services et autres lieux de travail, les patron-nes, les contremaîtres, les conseiller-es, les formateur-rices, les A.S., les agents, les contrôleur-ses, les zélateur-ses, les appels et autres interfaces virtuelles, les rendez-vous, les suivis, les dossiers, leurs foutues paperasses et leurs règles obscures, les recherches dûment certifiées, les calculs et estimations de ressources, de temps, de plaquettes de beurre, les justifications et justificatifs, et tout ce qui court dans nos cervelles forcément perturbées.
Certaines de ces cervelles proposent quelques réponses : mobilisation de l’ "Esprit du sport" ; développement et mise à profit, des *qualités personnelles extra-professionnelles* des individus (au service de la recherche d’emploi et de l’éventuel futur emploi) ; déploiement de *partenaires privés* où le Service Public de l’Emploi n’est qu’un rouage parmi d’autres ; entretien d’une *illusion* faisant oublier l’état défavorable (pour les salarié-es et chômeur-ses) du marché du travail, mais suggérant que les solutions face à ce marché, ce sont les *stratégies individuelles de vente de soi* et que les *services d’insertion* ont donc un rôle nécessaire en "encadrant" les chômeur-ses...
C’est bien une opération de com’ clairement idéologique (comme en organise tant Pôle Emploi : Printemps de l’emploi, Train de l’emploi, ... Foulées de l’emploi). Un communiqué officiel l’affirme :
"Ce projet a pour objectif d’accompagner des demandeurs d’emploi dans leur insertion professionnelle sur un mode de type parrainage en s’appuyant sur la pratique sportive [...] et de constituer une équipe composée de demandeurs d’emploi et d’acteurs de l’insertion professionnelle".
À cette fin, la DDTEFP a trouvé tout un tas de comparses-partenaires pour se moquer ainsi des chômeur-ses et de leurs homologues salarié-es contraint-es par la menace du chômage.
*Politiques* (Conseil Général 37, Tours+),
*patrons* (organisations patronales dont le Medef, Jeune Chambre Économique, Chambres consulaires, Club Régional d’Entreprises Pour l’Insertion),
*professionnel-les et profiteur-ses de l’insertion professionnelle* (Missions locales, Pole Emploi, Cap Emploi),
*entreprises commerciales-sponsors* (Decathlon, Geodis) se prennent la main...
Pour nous mettre au pas de course, tout autant que pour faire croire que "la clé du problème" ce sont les chômeur-ses qu’il faudrait rendre individuellement compétitif-ves, employables... on court sûrement pas encore assez.
Pour les pauvres élu-es des "Foulées de l’Emploi", le credo est cours toujours t’auras du piston.
C’est sûr la course à pied leur amènera un joli emploi. Car en plus d’un *entraînement sportif* avec un professionnel depuis avril dernier, illes ont droit à un *surencadrement dans leur recherche d’emploi*. Celle-ci s’insinue jusque dans les entraînements sportifs où des cadres dynamiques et des entrepreneur-ses *s’entraînent* aux côtés de leur éventuel-les futurs employé-es ; nul doute (assurément c’est ce qu’on veut nous faire accepter) qu’entre celleux qui courent pour le fun et celleux qui courent pour survivre, les rapports sont tout à fait libres et égaux.
Non content-es du suivi habituel, les *chômeur-es-candidat-es* auront droit à des *"parrains"* (sic), seron mis en contact avec "le monde de l’entreprise" et des "décideurs", s’entraîneront à la simulation d’entretiens, et, géniale trouvaille, leur C.V. seront diffusés* dans les milieux de gens bien placés.
Plus clairement encore :
"Le projet [...] est basé sur le postulat suivant : les qualités nécessaires pour trouver ou retrouver un emploi sont les mêmes que celles développées par les sportifs d’une manière générale et les coureurs à pied en particulier."
Le goût de l’entraînement, du dépassement de soi, de l’effort, de la docilité aux ordres, de la compétition... ces "valeurs du sport", on demande aux chômeur-ses-candidat-es de les mobiliser dans leur démarche d’emploi ! ...
Que ce soit l’opération les "Foulées de l’Emploi" ou la politique de traitement des chômeur-ses (plutôt que du chômage), nous n’acceptons pas la participation à ces foires aux bestiaux. *Nous refusons* la logique de compétition* prônée par la DDTEFP (Pôle Emploi étant sur la même ligne) au travers des "Foulées de l’Emploi" comme remède au chômage, qui cherche à individualiser* les stratégies sociales et à *départager* des gagnants et des perdants.
Nous refusons cette logique où il n’y a d’autre choix que d’*écraser* les autres ou de se faire écraser.
Et plus encore nous refusons l’injonction qui nous est faite d’y *prendre part*, notamment au travers des nouvelles politiques (*flicage*) de l’emploi.
Résistons à la course au travail obligatoire, défendons nos droits, brisons l’isolement, organisons la solidarité collective !
Stop aux serrages de ceintures et au lavage de tête ! Marathons de l’insertion hors de nos vies ! Des Golden parachutes, des bonus, des retraites-chapeaux pour tous ! Reprenons notre droit à la vie !
À propos d’appel au boycott, je trouve qu’il deviendrait nécessaire aujourd’hui d’organiser la "notation" des employeurs/recruteurs.
Il me semble qu’il y a eu "recruteursbidons.org", mais qui n’existe plus maintenant, je crois.
Par le bouche-à-oreille, on connait tous des employeurs/recruteurs qui ont extrêmement mauvaises réputations. Il y a ceux qui utilisent (et réutilisent) les périodes d’essais à l’infini, alors qu’ils font croire au CDI. Et il y a aussi ceux qui ne respecte pas la loi, qui mettent en très grave difficulté, ceux qui ont eu le malheur d’être leurs employés, le jour où il faut prendre sa retraite, ou qu’il y a des problème de santé (accident de travail, maladie professionnelle, etc.). Les employeurs/recruteurs ne se gène pas pour le faire.
Et puis ça permettrait de faire la différence entre les multi-récidivistes notables et la personne de bonne-foi qui provoque un accident occasionnellement.
Le problème, c’est que c’est délicat pour l’administrateur d’un tel système/site, et aussi pour les employés/candidats qui notent/évaluent leurs employeurs/recruteurs.
Mais si on veut vraiment rétablir un peu d’honnêteté dans ce domaine, on ne peut visiblement pas compter sur les employeurs/recruteurs, ça c’est sûr ! Il n’y a que le retour d’expérience d’employés / de candidats qui reste... Si on veut vraiment mettre fin à des pratiques inacceptables, chasser les (trop nombreuses) brebis galeuses... je crois qu’il n’y a pas d’autres choix.
A propos des vendanges, j’avais vu un reportage sur la télévision française, l’an passé, consacré à l’initiative d’un propriétaire de la région Est qui conviait des retraités et des volontaires à vendanger non pas contre un salaire mais bénévolement ! Chaque vendangeur avait ensuite droit à un bon de réduction sur la cuvée du généreux employeur.
Autre chose : On nous parle beaucoup du RSA. Mais qu’est devenu le RMA de M. Borloo ?