Collectif RTO

Souffrance au travail : un salarié d’un prestataire privé du Pôle Emploi témoigne

dimanche 20 septembre 2009 par collectif rto

En ces temps où l’on parle beaucoup de souffrance au travail, mais uniquement quand les salariéEs en meurent, nous publions un témoignage inédit.

Si beaucoup de conseillers du Pôle Emploi sont syndiqués et s’expriment publiquement, il n’en va pas de même pour ceux qui sont conseillers dans des boites privées, les fameux prestataires du Pôle.

Lorsque nous avons reçu un commentaire de l’un d’eux, suite au témoignage cinglant d’une chômeuse sur son expérience chez ces prestataires, nous lui avons donc demandé un témoignage plus précis.

Malgré la virulence des critiques exprimées quotidiennement ici contre les pratiques de ces conseillers d’insertion, il a bien voulu jouer le jeu.

Certains de ses propos, notamment sur les demandeurs d’emploi "utopiques" dans leurs désirs, sur les "fainéasses qui font exprès de ne pas retrouver de boulot" susciteront légitimement de la colère chez les précaires qui viennent sur ce site.

Mais avant de rédiger des réponses cinglantes sur les "collabos", que chacun d’entre nous réfléchisse à la question posée de manière très honnête par cet ancien chômeur lui même : qui n’a jamais fait un boulot de con pour gagner sa croûte ?

Nous en poserons une autre : combien de chômeurs aujourd’hui , de leur côté du miroir sont prêts à sortir de la logique individualiste ( m’en sortir, moi et voilà ), combien d’entre nous sont prêts à prendre le risque de se solidariser de leur voisin de galère, celui qui hurle dans la CAF parce qu’on vient de lui couper de ses allocs, celui qui sort du bureau de son référent en larmes parce qu’on vient de le radier ?

Et combien d’entre nous, en trouvant toujours une bonne raison de ne pas se mettre en lutte collectivement font exactement la même chose que ce conseiller, accepter de rester à leur place dans les rouages de la machine à précariser en espérant un jour faire partie des heureux élus qui passeront de l’autre coté du miroir, celui ou l’on fait un boulot à la con sans se poser de questions sur ceux qui en pâtissent ?

Ce salarié, en prenant la peine de s’adresser aux précaires que nous sommes a déjà fait un pas de côté par rapport au rôle qu’on veut lui faire jouer.

Le suivant, consiste, pour lui comme pour nous, à trouver , ensemble les moyens de changer les règles du jeu de massacre.

Bonjour, Je travaille dans une association dans une ville moyenne (300 000 habitants).Cette association prend en charge des demandeurs d’emploi envoyés par Pôle Emploi, nous sommes donc un prestataire.

Contrairement à ce qui est dit assez souvent sur ce site, Pôle Emploi paye au rabais les centres qui accompagnent les demandeurs d’emploi et applique des pénalités si des irrégularités sont constatées dans le suivi ou la facturation des accompagnements...

A tel point qu’aujourd’hui, nombre de petites structures se retrouvent prises à la gorge et ne sont plus en capacité d’accueillir et de suivre les demandeurs d’emploi dans de bonnes conditions (baisse des effectifs, des moyens, etc...).

Seules les grosses boîtes privées réussissent à négocier des prix plus avantageux mais sont elles aussi soumises à pénalités.

Vous verriez l’absurdité et la quantité des documents à remplir pour chaque demandeur d’emploi !

Oui nous avons des obligations de résultats puisque nous devons placer 60% des personnes que nous recevons en emploi...Malheureusement pour les demandeurs et heureusement pour nous ces chiffres ne sont pas faisables. Cette obligation de résultat conditionne le fait que nous soyons renouvelés comme prestataire Pôle Emploi. Donc ce n’est pas un objectif à atteindre coûte que coûte et nous ne pratiquons absolument pas le placement forcé en emploi...encore heureux !!!

Le nombre de précaires à gérer n’est pas imposé par Pôle Emploi, c’est au niveau de ma direction qu’on nous demande de suivre un maximum de personnes. Pour que l’accompagnement des demandeurs d’emploi nous permette de nous en sortir financièrement il faut compenser le faible prix que paye Pôle Emploi par le nombre de personnes à suivre.

Par conséquent, c’est déjà à ce niveau là que la qualité des accompagnements en pâtit puisque le temps imparti pour chaque personne s’en trouve réduit (30 min par demandeurs d’emploi / rendez vous et donc environ 3 heures d’accompagnement sur 3 mois). Me concernant je tourne autour de 40 personnes à suivre, mais ce n’est pas vraiment le nombre de suivi (relativement correct) qui empêche un suivi de qualité mais plutôt la lourdeur administrative puisque nous devons rendre des documents dans des temps impartis sous peine de pénalités financières. Il serait trop long de rentrer dans le détail des procédures administratives mais on pourrait faire un annuaire des absurdités que nous devons remplir pour chaque suivi.

Concernant des actions absurdes, à mon niveau il y en a peu...comme je l’ai dit c’est plutôt au niveau des procédures qu’on atteint des sommets dans la connerie et la perte de temps.

Pour ce qui est de mes motivations à faire ce boulot elle ne sont pas venues spontanément...

Comme beaucoup je suis passé par la case ANPE pour trouver de l’emploi dans mon domaine (je suis Psychologue) mais je n’ai rien trouvé (pas assez d’expérience, pas de boulot dans ma région, etc...)...du coup j’ai élargi mes perspectives et j’en suis arrivé à me retrouver conseiller en insertion.

Ce qui a changé, d’une manière globale, c’est qu’aujourd’hui on n’est plus dans une logique d’insertion mais dans une logique économique. Il faut montrer à l’opinion publique que l’état s’occupe des demandeurs d’emploi tout en faisant des actions d’accompagnement au rabais.

Les prestataires sont payés au lance pierre ce qui réduit leur possibilité d’investir en personnel pour assurer des suivis de qualité. En attendant cela décharge les centres Pôle Emploi qui sont débordés, surtout actuellement.

Deuxièmement, pour rejoindre ce qui a déjà été dit par des conseillers sur ce site, les conseillers Pôle Emploi sont soumis à des obligations et à des contraintes telles qu’il serait intéressant de voir la part des arrêt maladie pour dépression / déprime dans ces antennes Pôle Emploi. Imaginez un emploi ou vous êtes dans l’empathie avec la personne en face de vous mais où on vous oblige à mettre cette empathie dans votre poche pour appliquer des consignes que vous trouvez absurde (je mets de côté les sadiques, les personnes qui s’en foutent des demandeurs d’emploi et de leurs problèmes).

Que ceux qui n’ont jamais fait un boulot avec des consignes ou des objectifs stupides lèvent la main !!!

Et pourtant quand vous êtes payés pour faire un truc aussi con soit-il vous le faîte parce que c’est votre job !!

Et bien chez les prestataires et chez Pôle Emploi ou même aux Assedic c’est pareil....il font un boulot de con, il sont pris pour des bons à rien, des feignasses qui s’engraissent sur le dos des chômeurs mais allez faire un de ces jobs pendant plusieurs années et on en reparlera !! L’absurdité des actions proposées, leur lourdeur au niveau administratif n’est que le reflet des consignes absurde de l’état.

Pôle Emploi cristallise à lui seul toute l’absurdité et l’inutilité des actions mis en œuvre. Toutefois je tiens à tempérer ce que je viens de dire par le fait que les accompagnements proposés permettent quand même de maintenir une dynamique de recherche d’emploi, d’obtenir des informations que l’ont n’aurait peut être pas eu seul. Il faut aussi dire que beaucoup de gens s’activent vraiment pour rechercher un emploi mais que beaucoup sont utopiques concernant l’emploi qu’il recherchent et surtout le salaire qu’ils s’attende à obtenir. Pour conclure, je dirai que le vrai problème vient du fait que le gouvernement met tout le monde dans le même sac...les demandeurs d’emplois motivés et volontaires (souvent désabusés malgré tout) et (excusez moi le terme), les grosses feignasses qui cherchent tous les stratagèmes pour ne surtout pas qu’on leur trouve du boulot...s’accommodant des aides sociales et autres avantages que leur octroie la société.

Un dernier mot à ceux qui me liront : Vous avez des droits et des devoirs...vous avez l’obligation de faire preuve d’une vraie recherche d’emploi mais n’oubliez pas de rappeler à Pôle Emploi que eux aussi ont des obligations...la première étant de tout mettre en œuvre pour vous aider à retrouver du travail, et ça c’est pas gagné !!

RÉSEAU SOLIDAIRE D’ALLOCATAIRES

Permanence de lutte, pour et par des précaires, tous les vendredis de 18h à 19h, à la Maison des Associations du 18e :

15, passage Ramey - 75018 Paris – Bureau « Les acacias » au 1er étage.
Métro Marcadet Poissonnier
mail : ctc.rsa@gmail.com


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