mardi 22 septembre 2009 par Réseau Solidaire d’Allocataires
Au Réseau Solidaire d’Allocataires, on ne se contente pas des occupations contre les radiations, les suspensions, les indus, ….
Chez nous, on fait aussi de la prévention. Nous sommes désormais suffisamment nombreux pour pouvoir organiser l’accompagnement réciproque à durée indéterminée.
C’est quoi ça ? Et bien, il s’agit de l’exercice d’un droit parfaitement légal (pour l’instant, du moins) : tous les précaires, à la CAF, à l’Espace Insertion, à Pôle Emploi, ou chez les prestataires privés, peuvent se faire accompagner de la personne de leur choix, à chaque entretien.
La plupart des gens recourent à ce droit quand il y a un « gros » problème, que leur revenu est menacé. Mais nous, au Réseau, notre « gros » problème, ce sont ces convocations incessantes Et obligatoires sous peine de ceci ou de cela.
Notre gros problème, celui qui objectivement nous pourrit un peu la vie, ce sont tous ces moments de la vie du précaire lambda qu’on passe assis sur une chaise qui fait mal aux fesses, la même que celle du CPE en cinquième B.
Avec la même phrase de mise en bouche « Je suis là pour vous aider », cette phrase déprimante qui nous rappelle que ce tout ce qu’on a gagné comme reconnaissance sociale en vingt ans, c’est le vouvoiement.
Parce que pour le reste, l’ « accompagnement vers l’emploi », c’est essentiellement la distribution d’avertissements avant sanctions.
De toute façon, si on est encore là devant n’importe quel référent, c’est qu’on n’a pas trouvé de boulot ; déjà c’est mauvais signe, ça présente mal. La suite, ce sera donc la liste de tout ce qu’on n’a pas fait bien, et de tout ce qu’on pourrait faire mieux, de tous les rêves auquel il va falloir renoncer ( la conseillère d’orientation nous l’avait déjà dit en troisième "dans la vie, on fait pas ce qu’on veut surtout avec LE CHOMAGE").
Donc nous, on y va à deux. La bande des cancres, quoi. Souvent le second ne dit rien, d’ailleurs.
Mais ça change tout. Ainsi, tout seul et menacé de radiation permanente, on a toujours un peu de mal à voir le côté comique de la chose. L’accompagnant, lui, passe souvent des moments hilarants.
Les admonestations rituelles de sa référente ( Positivez, mais positivez …), ses comparaisons internationales entre les chômeurs d’ici et ceux du Darfour étaient tellement absurdes qu’un jour on lui a dit : " Tu devrais en faire des scènes de Théâtre".
Elle l’a fait (voir le résultat ici ou là) et c’est un des grands succès du site ces derniers mois. Mais à Pôle Emploi, on n’a pas trouvé ça drôle du tout.
Alors, suite à son dernier entretien et à sa dernière pièce d’avant-garde, Mlle B a reçu TROIS courriers de sa conseillère, reproduits en fin d’article.
Ce qui ne nous a pas fait rire du tout, c’est que la conseillère de Mlle B a cru pouvoir l’obliger à choisir entre le droit à l’indemnisation et le droit à l’accompagnement.
On peut peut-être rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Donc quand s’y est ajouté un coup de fil de la référente pour demander expressément à Mlle B. de ne pas venir accompagnée, on est allés très sérieusement à une douzaine, et sans rendez-vous rencontrer la direction de l’agence.
Le récit de Mlle B. se trouve ci-dessous.
Moi, en tant qu’accompagnante, j’ai surtout retenu un discours inversé : le contrôle mensuel, voyez-vous ma bonne dame, c’est surtout difficile pour les contrôleurs qui vivent très mal le fait que les chômeurs ne retrouvent pas d’emploi, alors qu’ils se défoncent comme des malades pour ça.
C’est pas forcément faux. La petite différence, c’est qu’à la fin du mois, si nos référents ne nous ont pas retrouvé de boulot, ils ont quand même leur salaire assuré. Et c’est bien normal.
Et puis il y a eu cette petite phrase :
« Le problème avec l’accompagnement , c’est que les agents ne sont pas formés pour répondre à un discours idéologique sur le Pôle Emploi »
Le précaire moyen, non plus. Quand on se retrouve au chômage, difficile de faire face à une vision du monde en actes : difficile de répondre à l’infantilisation des punitions pour rendez-vous manqués, à la culpabilisation organisée des « bilans » de compétence et des « ateliers de remobilisation de soi, toutes ces prestations ou l’on doit accepter d’ « avoir un problème avec l’emploi ».
Effectivement, notre accompagnement même silencieux, c’est de l’idéologie en soi : celle de la solidarité nécessaire face à une politique de « retour à l’emploi » présentée comme une aide, alors qu’elle est avant tout une sanction.
Pour découvrir les courriers du Pôle adressés à Mlle B., pour lui faire renoncer à son droit à l’accompagnement, clickez sur les vignettes en bas d’article
Quelques semaines après mon suivi mensuel d’Août, j’ai reçu une correspondance effrénée de ma conseillère qui me rappelait brièvement qu’elle n’était pas censée recevoir les membres d’une association de chômeurs à l’attitude parasite et polémiste. (Voir courrier ci-joint). Elle a quand même fait l’effort de m’envoyer 5 offres d’emploi. Après cela, elle m’appelle pour me demander si je souhaite rester inscrite à Pôle emploi. Comme je confirme, elle ajoute qu’elle ne veut recevoir personne du Reseau Solidaire d’Allocataires ! Je ne dis rien.
Comme nous tenons à ce que les choses soient claires concernant ce droit à l’accompagnement, nous nous rendons à plusieurs ce matin, à mon agence pôle emploi afin de rencontrer la direction.
Celle-ci se matérialise très vite sous nos yeux sous forme d’un homme,qui nous accueille dans son bureau. L’homme est courtois et droit comme un i. Bien vite, tandis que nous lui exposons le problème, la gêne apparaît.
Sans doute parce qu’il sait qu’il n’a rien de concret à me proposer.
L’une comme l’autre, nous lui faisons part des remarques blessantes de notre conseillère, que ce soit à propos de mon CV nul, de l’accompagnement refusé ou de ma remise en cause générale. Selon elle, si je ne trouve rien, c’est parce que je ne le veux pas. Donc, selon elle, je suis un parasite. Et tout ça, malgré mes diverses prestations Pôle emploi ou privées.
Le directeur de l’agence ne remet nullement en cause ce droit à l’accompagnement. Cependant, il considère lui aussi que le demandeur d’emploi n’est pas là pour polémiquer sur la fonction de Pôle emploi avec ses conseillers.
Mais comment faire autrement, lui dit ma camarade, quand la conseillère insinue que vous n’êtes qu’un incapable ou un feignant, quand elle vous pousse à bout en adoptant une conduite méprisante où plane sans cesse la menace de la radiation ?
Comme il défend son employée, nous compatissons 2 secondes sur le « stress » qu’elle a subi en nous voyant. C’est plus difficile de radier un groupe de chômeurs qu’un chômeur seul.
Parce que l’accompagnement permet avant tout à chaque chômeur de faire valoir ses droits et de se protéger d’éventuelles menaces de la part des conseillers.
Nous ne sommes pas là pour terroriser les agents de Pôle emploi, mais pour renverser le rapport de forces, afin qu’ils sentent combien c’est désagréable d’être sans cesse jugé, dévalorisé et mis sous pression par la personne en face de vous.
En même temps, je me demande comment elle traitera ses prochains « clients ».
Peu après avoir jeté un œil sur les courriers, il s’écrie : « Aaah, c’est vous, Melle B !?! »
Simultanément, on se regarde en riant, ma camarade et moi : je suis connue, apparemment.
Il semble étonné des réflexions de son employée, notamment concernant notre sort bienheureux comparé aux Soudanais qui sont bien obligés de vivre sans allocation.
Après quoi il déclare que sa porte est toujours ouverte en cas de problème et que le taux de radiation est extrêmement bas.
Alors cette référente serait-elle un loup que notre berger de la direction n’aurait pas remarqué ? Terroriserait-elle les chômeurs en cachette ?
Rien de tout ça. Il est tout à fait au courant et pour cause, c’est quand même lui qui dirige l’agence. Par conséquent, quelque soit le comportement de ses employés, il ne peut pas toujours se cacher derrière eux. La radiation massive pour faire du chiffre entre autres, c’est bien une directive venant du gouvernement, en passant par Charpy.
Une chose qui me titille mais qui, lui, ne le choque pas, c’est de radier une personne absente à un entretien auquel Pôle Emploi l’a convoqué. « On ne va pas le convoquer indéfiniment ! » Ajoute-t-il. Supposons. Mais est-ce normal pour autant de lui couper les vivres sous ce prétexte ?
Ma camarade lui signale que la terre entière va bien se marrer en lisant les courriers de la conseillère, car on va les publier sur le site. "Glups !" Fait la glotte de notre interlocuteur.
Tandis qu’il nous signale le nombre important d’offres d’emploi, ma camarade lui rétorque que bien souvent, ces offres sont démesurément exigeantes.
Chacune à notre tour, nous lui donnons un exemple concret : une demande de Bac + 4 pour garder une personne âgée pour un salaire de misère, ou encore l’obligation du permis B pour être agent administratif. Il semble étonné, là aussi. Melle N, la personne qui m’accompagne, lui rappelle qu’autrefois, on pouvait encore avoir des formations ou des aides financières pour passer le permis. L’air de dire que trouver un boulot quand on voit l’exigence des patrons qui se permettent tout, vu le choix de chômeurs qu’ils ont, ben, ça ne relève pas de la sinécure. Alors que l’on ne blâme pas les chômeurs de ne pas trouver de travail !
Silence de l’autre côté du bureau. Il en est conscient, mais ne changera rien au pourrissement de la situation générale.
Nous aurions pu, là aussi, entrer plus avant dans la polémique, discuter du rôle officieux de pôle emploi. Mais notre directeur ne souhaite qu’une chose : régler mon problème au plus vite en me faisant changer de conseillère, par exemple.
Quelques jours plus tard, je reçois une lettre m’informant que mon suivi sera effectué par une autre conseillère.
RESEAU SOLIDAIRE D’ALLOCATAIRES
Contrôle CAF, refus du RSA ?
Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
On vous refuse la prime pour l’emploi
Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?
Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !
Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.
A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey - bureau "les acacias" 1er étage.
métro Marcadet- Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.orgChaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !
Bonjour,
Ce que la "conseillère" a écrit dans les champs réservés au suivi est complètement puéril. On a l’impression du fayot de la classe qui rapporte à la maîtresse. Et c’est ce genre d’agent, incapable de s’assumer et de ne serait-ce que communiquer, qui infantilise leurs "clients" ! En même temps c’est logique. C’est comique de voir comme elle est pas peu fière de charger à bloc sa "cliente" indélicate pour se couvrir selon les conventions auxquelles elle adhère, genre : "vous avez bien vu chef, c’est pas moi qui déconne sur ce coup là. c’est elle la chieuse ! On est d’accord hein ? Je l’aurais quand même ma prime ce mois-ci ?" Pourtant ses propos sont un aveu de son échec. Sauf que comme d’habitude elle en attribue la responsabilité à Mlle B. Encore une manière d’expliciter que, dans son esprit tordu, c’est bien Mlle B. qui "bosse" pour elle et non l’inverse.
Et alors que l’agent profite de toute la logistique de la machine à broyer, elle se permet de refuser l’accompagnement. Comme quoi, tant que ça passe par le filtre du système, qui leur permet de jouer au petit chef, il n’y a aucun problème ; mais dès que les choses se font en face à face à plus ou moins égalité, là ça fait dans son froc et c’est la débandade.
En tout cas, chercher à sortir, par la simple parole (en "polémiquant" comme ils disent), de ce cadre déprimant et contre-productif dans lequel ces clones ont choisi de s’enfermer, c’est visiblement le plus court chemin pour s’attirer des emmerdes. Qu’on ne vienne pas dire que ces gens malhonnêtes souffrent dans leur emploi. Ce sont peut-être des poltrons, des gens-qui-veulent-juste-s’en-sortir, mais ça ne les empêchent pas de prendre leur pied à faire des coups mesquins de ce genre.
Un bon moment de détente ce petit théâtre en tout cas.
j ai le meme probleme a pole emploi de la Rochelle
leur niveau tres bas petit salaire nous prenne de haut accusé de prendre la place d’une autre personne elle son emploi a été créé a cause de notre malheur ignore que la politique des entreprises actuellement est de supprimer les seniors. sort d une bulle
ma conclusion pour elle Si vous craquez suite à ce que je viens de vous dire ,dommage pour vous , mais une autre personne attend à la porte pour prendre votre place j ai ecris a Charpy , il ne répond même pas christian.charpy@pole-emploi.fr
Fantastique, le droit à l’accompagnement ! Mon amie est suivie par un assistant social qui refuse que je vienne aux entretiens ! Je suis persuadé qu’il la drague et désormais je vais pouvoir lui mettre sous le nez ce droit. C’est ma copine et je dois pouvoir être au courant de tout ce qui la concerne, non ?
Merci beaucoup de nous protéger contre le social.
Roger.
C’est ma copine et je dois pouvoir être au courant de tout ce qui la concerne, non ?
Non !
Mais pour d’autres raisons :
Vous avez le droit d’accompagner une personne lors d’un entretien. Le fait que ce soit votre copine ne vous donne aucun droit : ni chez PôleEmploi, ni ailleurs, et encore moins sur elle. Faut pas confondre accompagnement professionnel et surveillance machiste.