lundi 12 octobre 2009 par AssistEe’s Liberation Front
Aujourd’hui, Melle L. doit se rendre à SOASIF, son association d’insertion de type psy, où elle est convoquée pour la signature de son prochain contrat.
Pour la troisième fois, Melle L. vient à son rendez-vous, accompagnée de membres du collectif Réseau Solidaire d’Allocataires. (Voir les récits des précédentes visites :http://www.collectif-rto.org/spip.p... et http://www.collectif-rto.org ) Elle a décidé que dorénavant, elle ne s’y rendrait plus seule mais collectivement, afin que ses désirs soient respectés et qu’aucune forme d’injonction, thérapeutique ou autre, ne lui soit plus imposé.
C’est donc par une matinée encore bien ensoleillée en ce mois d’Octobre, que nous franchissons la première porte de fer grillagée, de l’association SOASIF, dont l’apparence extérieure n’a rien à envier à celle d’une prison.
La personne qui vient à notre rencontre n’a pas l’air très contente que Mlle L. ne vienne pas seule à son entretien. Elle nous dit de patienter et va prévenir Mme Q., la nouvelle référente de Melle L. Sur quoi, celle-ci arrive, visage crispé. Elle tente de s’opposer au droit à l’accompagnement , puis renonce rapidement.
A SOASIF, on apprécie guère que l’allocataire ait son mot à dire sur quoi que ce soit le concernant. Ils ont du mal à digérer le choix de Melle L. d’avoir pris la décision de débarquer à plusieurs au sein de leurs locaux.
De notre côté, si nous venons systématiquement en nombre aux rendez-vous de Mlle L., ce n’est pas seulement par solidarité : nous entendons faire comprendre à cette association privée, que les tentatives d’orienter de force les allocataires vers un suivi médical et psychologique ne passeront pas comme une lettre à la poste.
Cela nous vaut la vague menace de nous faire évacuer par la police, mais cela rendrait la politique de contrainte de l’association encore un peu plus visible et manifestement, SOASIF ne le souhaite pas.
Pendant tout l’entretien, la référente, face à nous, ne cessera pas de regarder Mlle L. avec un sourire condescendant et s’adressera à elle sur un ton infantilisant.
Cette nouvelle référente nous dit immédiatement que Mlle L. va être réorientée, qu’elle ne dépendra plus de SOASIF .Cependant, elle doit signer son nouveau contrat ici.
Déjà trois rendez-vous et enfin, on s’avise de demander à l’allocataire si elle a une expérience en rapport avec le poste qu’elle souhaite occuper , celui d’agent administratif.
Melle L. lui dit qu’elle a déjà travaillé dans ce domaine, au Portugal. Sa référente réduit sa réponse à « Alors, donc, vous avez une toute petite expérience en tant qu’agent administratif. Bien … »
Puis, elle enchaîne sur d’autres types d’emploi que Mlle L. a déjà exercé, mais qui n’entrent pas dans le cadre de sa recherche actuelle.
« Vous êtes bilingue ? Alors, pourquoi ne pas faire des recherches par exemple, dans des bibliothèques portugaises ? Vous pourriez faire des recherches d’emploi basées autour de la communauté portugaise ? Sur Paris, il doit y en avoir un certain nombre, vous ne devriez pas avoir trop de difficulté pour en trouver ? Il y a des gens qui ne veulent pas forcément rejoindre leur communauté, mais pourtant personnellement, je pense que c’est une bonne chose . »
Premier enseignement : trois rendez-vous et deux référentes pour aborder le "concret " de l’insertion souhaitée par l’allocataire, une banale aide à la recherche d’emploi, pour un poste parfaitement ordinaire, du type de ceux qu’on impose à ceux qui recherchent dans un secteur plus restreint.
De la même manière qu’il y a une volonté de contraindre certains allocataires à l’emploi à tout prix, y’a-t-il également un quota de Rsastes condamnés à rester dans la case "inadaptés sociaux à psychiatriser " ?
Cela y ressemble fort, car les propositions "alternatives" à celles de l’allocataire sont parfaitement absurdes. On remarquera au passage, que les salariéEs de l’insertion ont manifestement le droit d’imposer leurs délires communautaristes aux Rsastes, alors que ce type de déclarations dans un autre service seraient certainement sanctionnées.
De toute façon, très vite, la référente quitte le terrain de l’insertion pour en revenir à ce qui préoccupe SOASIF.
« La première fois que vous êtes venus dans notre association avec Melle L., vous étiez une dizaine, c’est énorme ! C’est du rapport de force, c’est violent comme manière de procéder ! »
Et juste après :
"Depuis la mise en place du RSA, la politique en matière d’insertion s’est durcie. Vous avez pu le remarquer déjà, eh bien, ne vous faîtes pas d’illusion, ce sera encore pire. Ça va se durcir encore plus, dans les mois à venir… » (Sous-entendu, vous ferez moins les malins) "
Les responsables parisiens de l’insertion et ce genre de structure à caractère psy ont décidément une drôle de conception de la signification du mot « violent ».
Une injonction thérapeutique, prendre rendez-vous sans son consentement « pour le bien » de l’allocataire, auprès de la CPAM, en vu d’un suivi avec un psy, est-ce que ça, ça n’est pas violent ? L’angoisse que cela peut engendrer avec la menace d’être suspendu du RSA, en cas de refus ? Peut-être perdre son logement, alors que Melle L. a été pendant 5 ans SDF ?
D’après cette dame, les RSAstes ont besoin d’être « épaulés ». Quand nous voulons savoir ce qu’elle sous-entend par là, elle nous énumère les structures "spécialisées" financées par le Département sur le budget de l’insertion et leurs critères.
Notamment, le public ciblé : Problèmes d’addictions, Troubles psychologiques, SDF et sortants de prison, Familles spécialisées et plus de trois ans dans le dispositif.
La référente va alors très loin dans son analyse : ces critères correspondraient, selon elle à des problèmes qui toucheraient tous les Rsastes, dont le principal problème est qu’ils n’en ont pas forcément conscience.
Raison pour laquelle ces critères d’insertion ne peuvent être décidées que par des autorités extérieures et imposés aux allocataires, dont le regroupement collectif éventuel ne devrait servir qu’à prendre conscience ensemble de ces problèmes prédifinis, qui seraient la cause de leur entrée dans le dispositif RSA.
L’auto organisation des premiers concerné(e)s , lorsqu’elle vise à faire respecter le droit de choisir nos vies, relève donc pour SOASIF d’un déni d’autant plus dangereux qu’il est collectivement partagé !
Très logiquement, la référente. ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction quant à la loi RSA
« C’est l’injonction de la loi » va-t-elle répéter plusieurs fois, quand nous lui faisons part de notre souhait de connaître avant la signature du contrat d’insertion, la prochaine structure qui prendra en charge son dossier. « Signer un contrat d’insertion est une obligation, c’est l’injonction de la loi ! » puis : « Ce n’est pas moi qui prend la décision, je ne sais pas, mais ce sera en tout cas, une structure qui répondra au mieux, aux besoins de Melle L. », nous affirme-t-elle.
Mais de deux choses l’une
ou la loi exclut toute prise en compte des souhaits de l’allocataire pour son orientation vers telle ou telle structure : et dans ce cas, il n’y a pas de "contrat" à signer, puisque par définition il n’y a pas deux parties, mais une décision unilatérale prise par une autorité administrative
ou le consentement de l’allocataire est bien un élément de son orientation finale : et dans ce cas, la signature qui matérialise ce consentement ne peut pas être apposée sur un contrat d’insertion qui ne précise pas la nature et le lieu de la réorientation.
Le contrat d’insertion ne sera donc pas signé ce jour là, puisque SOASIF se refuse à toute précision sur la nature de l’orientation.
Quant à nous, l’accompagnement collectif dans cette structure privée subventionnée par le Département, sur trois rendez-vous successifs nous permet de tirer un bilan très différent de ceux établis sur la base des rapports d’activité de ces associations.
- Il y a eu trois convocations, plusieurs heures de rendez-vous avec deux référentes différentes : mais absolument aucune proposition concrète relative au projet professionnel, précis et banal de l’allocataire.
Ces rendez-vous ont été consacrés à une seule chose : faire renoncer l’allocataire à son projet d’insertion, et en revenir à la volonté initiale de l’association, un suivi psychologique.
Or, cette structure d’insertion est subventionnée par le Département sur un marché précis, celui des places "pour allocataires ayant des difficultés d’ordre psychologique".
Contrairement, au discours tenus par les gestionnaires parisiens du RSA, les fameux "critères d’orientation" ne correspondent pas à des besoins pré existants des allocataires. En réalité, des catégories sont crées , des budgets dégagés, et les précaires sont là pour remplir des cases faites d’avance.
D’un côté les "employables immédiats" : dans cette catégorie, figurent notamment les jeunes, les diplomés, à qui l’on impose de bosser n’importe ou, pour n’importe quel salaire, et de renoncer à tout projet professionnel autonome. Ces "catégories" constituent notamment le réservoir de main d’oeuvre immédiatement disponible pour le secteur de l’emploi précaire public et para public. Pour ceux là, il est presque impossible de mettre en avant des difficultés sociales ( voir notre article sur l’orientation vers Pôle Emploi et ses conditions )
De l’autre, les "inadaptés sociaux" , qui justifient pratiquement l’existence et le financement d’associations spécialement dédiées, dont l’unique action d’insertion vise à faire rester les allocataires à la place qu’on leur a assigné d’avance, au besoin par la contrainte.
Voilà la réalité des parcours d’insertion : après trois rendez-vous inutiles mais obligatoires, et zéro démarche concrète, Mlle L. est donc réorientée vers une autre structure.
Sur le papier, une allocataire aidée et accompagnée, de l’argent dépensé pour "favoriser l’insertion".
Dans la réalité, une précaire baladée de structures suventionnées en structures subventionnées, dont seul le nom change. Le fric dépensé pour les faire fonctionner permettrait par exemple de financer des formations ou des emplois utiles à tous !
Quelle que soit la prochaine association qui s’occupera de Melle L., elle a de quoi s’attendre à une visite collective de la part du Réseau Solidaire D’Allocataires !
Soyons fous. Collectivement, refusons ce qu’ils tentent de nous imposer !
RESEAU SOLIDAIRE D’ALLOCATAIRES
Permanence de lutte, pour et par des précaires, tous les mardis de 18h à 19h30, à la Maison des Associations :
15, passage Ramey - 75018 Paris - Métro Marcadet Poissonnier – Bureau « Les vignes » au 1er étage.
Réseau Solidaire d’Allocataires- ctc.rsa@gmail.com
Chapeau bas pour cette analyse juste et lucide qui ne fait pas plaisir aux mademoiselles de l’insertion d’un public "à difficultés psychologiques".
En même temps, le degré du déni de la réalité est effrayant : tous les moyens sont bons pour ne pas avouer que c’est le marché du travail qui est malade : boulots de misère, précarité, smicardisation, travail en miettes, souffrance au travail, et surtout pas de travail pour tout le monde. Chaque jour 1000( ?) chômeurs de plus. Mais le mauvais état du marché du travail - est la faute des gens qui n’ont pas de travail. Si on ne trouve pas de travail dans le temps imposé par des services du gouvernement, c’est que le "chercheur d’or" (le demandeur d’emploi) ne fonctionne pas bien. Il doit être à côté de ses pompes, psychologiquement perturbé. Et il faut bien justifier tout cet argent qui passe dans la politique de l’insertion et qui fait vivre tout un monde parasitaire sur le dos de ceux qui cherchent du travail.
Si le chômeur veut avoir le droit de survivre, il doit servir de justification pour tous les choix gouvernementaux concernant le traitement du chômage. Il a l’obligation d’incarner le rôle que l’on lui attribue, et cela jusqu’à jouer le personnage d’une personne psychologiquement perturbée, c’est le prix à payer pour survivre. Puisque les rôles sont imposés, tout ce qui est choix personnel est donc malvenu. De même pour toute réflexion et analyse éclairée - cela ne corrobore pas la thèse du chômeur psychologiquement perturbé. Le gouvernement, pourtant autodéclaré "de droite décomplexée", n’assume pas sa violence autoritaire à l’égard du "chômeur en difficulté" ou "à insérer" ; il se cache derrière un discours qui vise à enlever l’autonomie, la libre disposition de soi du demandeur d’emploi, soit en le déclarant malade, soit en le présentant comme un mauvais membre de la "société des braves" (il serait fainéant ou fraudeur). Le "statut" de malade ou de "mauvais membre de la société" justifie implicitement qu’on ne peut plus laisser décider le demandeur d’emploi pour soi-même, mais qu’il a besoin que l’on décide pour lui. L’autoritaire fait semblant d’avoir le beau rôle (je ne fais qu’aider), trop lâche pour se montrer autoritaire : "Je t’ordonne de faire ceci, de ne pas faire cela, sinon tu ne bouffes pas."
Vous l’avez très bien expliqué avec l’incohérence du discours du contrat (le libre choix entre deux partis) et l’intimidation/pression qui est censé enlever toute liberté de choix aux personnes concernées.
Tous les professionnels de l’insértion ont une idée bein définie de ce qui est bon pour vous , c’est eux qui décident pour votre bien et nous n’avons qu’à subir !!
je suis dans une formation que je n’ai pas choisie mais ct ça ou menaçe de suppréssion du RSA !!
L’important pour eux c’est que nous soyons casés !!