mercredi 11 novembre 2009 par collectif rto
Mr M. a galéré et n’a pas vu ses démarches facilitées pour accéder au RMI. Il n’a été suivi par l’Espace Insertion du 19ème arrondissement que très peu de temps, pour se voir orienté à la CAPI 1, sans qu’on lui demande son avis. (Voir le récit : http://www.collectif-rto.org/spip.php ?article754 )
Il décide de prendre contact avec le collectif AC ! . Depuis lors, il s’est quasiment toujours rendu à ses convocations accompagné d’une personne du collectif. Les deux contrats qu’il a signés ont été établis sur la base de ses recherches d’emploi avec la précision explicite au sein du contrat que ses recherches sont effectuées de manière autonome. Lors de son dernier entretien, Mme V. sa référente lui fait comprendre qu’à la signature de son prochain contrat (fin décembre), il ne dépendrait plus de la CAPI, et serait dirigé vers Pôle Emploi. Pourtant, son « profil » n’entre pas dans leur cadre et elle le sait. L’orientation vers une autre structure s’effectue généralement à partir de plus de trois ans dans le dispositif et ça ne fait même pas un an que Mr M. s’y trouve suivi…
Donc, ce matin, pas d’étonnement de notre part, c’est la même représentation que nous joue comme à chaque fois Mme V., sauf concernant l’entrée en matière.
On a soufflé surtout du froid et peu de chaud à la CAPI, où Mr M., allocataire du RSA est allé à son rendez-vous de suivi bimensuel accompagné d’un membre du collectif AC.
Sa référente débute comme d’habitude, en prononçant mal son nom, avant de demander si la personne qui l’accompagne est sa conjointe. Il avait déjà été accompagné par cette membre du collectif AC lors du rendez-vous pour signer son contrat d’insertion en cours. Après avoir dû lui repréciser le sens de l’accompagnement, celle-ci s’explique en disant : « Vous savez, beaucoup de chose peuvent arriver en presque deux mois. La situation peut changer… Voilà pourquoi je vous posais cette question, vous comprenez ? » (Peut-être a-t-elle le projet de postuler en tant que contrôleur CAF ?) Il semblerait que pour Mme V. un collectif de chômeurs et précaires pourrait se transformer en club de rencontre ?
Mr M. lui explique comme il l’a déjà fait à maintes reprises, qu’il a déjà été inscrit pour rien à l’Assedic-Anpe il y a deux ans : recommencer à pointer tous les mois face à un agent qui le renverrait d’une agence à une autre, du fait de son « profil » incompatible avec leurs critères, ce serait du temps perdu ; de plus, l’idée de devoir y réaliser ses contrats d’insertions est parfaitement absurde.
Sa référente l’accuse alors de ne pas lui en avoir parlé lors du dernier rendez-vous, sur quoi celui-ci lui répond qu’il ne savait pas à l’époque que c’était considéré comme un problème d’ordre social et que l’on pouvait faire son contrat sur le sujet.
« C’est le bureau juste à côté du mien », nous dit-t-elle, en montrant une porte contiguë à la pièce où nous nous trouvons. De nouveau il explique que ça ne sert à rien, pour entendre, comme à chaque fois, que le fait qu’il n’ait pas trouvé d’emploi pendant plus d’un an rend « nécessaires » ces changements, - avec la menace de radiation toujours présente – un argument à contresens de l’augmentation du chômage et des raisons clairement exposées par Mr M. pour continuer ses démarches par lui-même. Elle lui demande quelles recherches il a effectuées ces temps-ci. Quand il dit qu’il veut arrêter avec la traduction littéraire et remplacer ça par d’autres termes dans sa recherche d’emploi, elle demande des exemples, rejetant à la va-vite la plupart des nouveaux termes proposés par l’allocataire, et ne semblant même pas voir que cela fait plusieurs mois qu’il avait ajouté d’autres termes à sa recherche d’emploi, alors qu’il pourrait l’axer sur une seule et unique activité. « A propos, quand vous recherchez, est-ce que vous conservez tous les documents par la suite ? Il faut absolument tout garder, car la commission peut vous demandez ces preuves, s’ils ont des doutes ! C’est déjà arrivé, vous savez. Donc, gardez tout…, d’accord ? »
Grâce au soutien constant et indispensable de l’accompagnateur, le rendez-vous finit sur un ton plus doux. Mme V. lui demande s’il pourrait s’imaginer vivre dans un « logement collectif » (un dortoir-poubelle doit-elle vouloir dire… ?) en attendant de trouver un logement. Il explique que son hébergement actuel est meilleur pour sa recherche d’emploi et que l’offre de vivre collectivement n’est pas d’actualité, mais qu’il a besoin d’un logement social avant que son hébergeur en ait définitivement marre ; ce à quoi celle-ci répond d’un ton emphatique et compréhensif, en affirmant que ce n’est pas elle mais le système qui génère toutes ces « questions », et qu’il ne faut pas s’en prendre à elle (pauvre biche, elle exécute sans penser !!! Brave petit mouton gambadant dans les prairies de l’insertion…), et que finalement même le système est là pour rendre service.
L’allocataire et l’accompagnateur sortent. Mr M. devrait pouvoir rester à la CAPI, mais comme d’habitude il a droit à une dernière menace, en rapport avec le contrat qu’il devra signer la prochaine fois : « finalement c’est la commission qui décide, eux ils peuvent décider n’importe quoi » – raison de plus d’avoir un collectif solidaire et accompagnateur derrière soi.
RESEAU SOLIDAIRE D’ALLOCATAIRES
Retrouvez-nous à notre permanence, tous les mardis de 18h à 19h30, à la Maison des Associations :
15, passage Ramey - 75018 Paris - Métro Marcadet Poissonnier – Bureau « Les vignes » au 1er étage.
Réseau Solidaire d’Allocataires- ctc.rsa@gmail.com
Fidèle lecteur de vos chroniques, j’en apprécie particulièrement les dialogues de sourds référent / usager + militant accompagnateur, bien plus éloquents que de longs exposés théoriques visant à dénoncer les rouages d’un système qui, c’en est criant, la joue perdant/perdant.
Les pratiques, finement décrites dans ce blog, de ce qu’on appelait naguère le service public de l’emploi, me font fichtrement penser à une entreprise de démolition. Des gens sont payés à casser leurs semblables. L’ironie, c’est que les rôles sont désormais interchangeables. Hier référent, demain chômeur.
Entreprise de démolition aussi de l’image d’un service public où toute notion d’humanité est absente, et dont on se demande qui, bientôt, se battra encore pour la préservation de ce qu’il en reste.
J’ai un peu connu ce que vous décrivez, mais dans un contexte différent, celui de l’insertion des personnes handicapées, où il y a très longtemps que l’on ne fait pas dans la dentelle. Pour l’efficacité que l’on sait. La mauvaise réputation des ex-COTOREP n’est plus à faire. Les MDPH et les CDAPH, qui leur ont succédé, sévissent plus qu’elles n’agissent. Sur le terrain, chacun, dès qu’il est concerné, sait qu’il est inutile de compter sur le soutien des associations prétendument en charge de défendre les intérêts des personnes handicapées, ces associations ayant des représentants dans les commissions décidant du sort des candidats à une allocation ou à une insertion, et étant de surcroît gestionnaires des ESAT, en tout cas "interlocuteurs privilégiés" de l’institution.
Les personnes handicapées auraient sacrément besoin d’un collectif RTO pour les appuyer.
J’ai été personnellement humilié par une fonctionnaire de la COTOREP lors d’un entretien préliminaire au renouvellement de mon AAH. J’ai été humilié une seconde fois par cette même personne, et par d’autres ayant pris part à une commission d’attribution du statut de travailleur handicapé, où j’avais été convoqué pour donner mon avis sur une filière d’insertion... avant qu’on me cloue le bec par un "De toute façon, monsieur, on a décidé pour vous". Je suis parti en claquant la porte. Cela s’est passé en janvier 2000. J’ai été humilié, quelques années plus tard, par une médecin-conseil lors d’un entretien pour le moins intrusif dont je suis également parti en claquant la porte. Cela s’est passé en décembre 2005.
J’ai coupé tous les ponts, depuis, avec ces "interlocuteurs". Je dois refaire mon dossier l’an prochain. Je me prépare à devoir vivre le stress que vous concevez.
Merci d’exister pour toutes celles, tous ceux qui ont besoin que des personnes comme vous soient présentes à leurs côtés.