mardi 29 décembre 2009 par collectif rto
Allocataire du RMI (maintenant RSA) depuis 2,5 ans, j’ai été suivi jusqu’en juin dernier à l’Espace Insertion 19ème, que nous avions d’ailleurs, avec le collectif AC-RSA, occupé à l’occasion de ma dernière convocation (en juin donc, voir le CR ici ), afin que mon référent d’alors arrête de chercher à m’imposer entre autres une inscription inutile à Pôle Emploi (qui m’avaient eux-mêmes désinscrit), et afin d’éviter une ré-orientation vers l’une des multiples associations privées, psychiatrisant la plupart du temps les précaires (comme le fait Soasif par exemple, cf. compte-rendu ici, ici et là), grassement financées par la municipalité tout sauf socialiste de la ville de Paris pour pratiquer sa politique d’insertion à coups de contrats de travail minables. Suite à cette occupation, les supérieurs de mon ex-référent l’avaient obligé à se calmer, et nous avions eu un RDV avec le directeur de l’EI 19ème, qui m’avait laissé choisir où je serais ré-orienté ; j’avais donc choisi la Capi, à savoir le moins pire.
Donc, ce mercredi de mi-décembre, j’étais convoqué dans le courant de l’après-midi, pour mon premier RDV avec ma nouvelle référente, à la Capi 1. Connaissant les pressions et le flicage que subissent les allocataires au sein de la Capi, j’avais donc décidé de venir accompagné du collectif AC-RSA. Nous sommes donc arrivés à 10 à la Capi. Nous signalons à la réceptionniste que j’ai RDV avec Mme P, ma nouvelle référente. Au bout de deux ou trois minutes, Mme Q, la nouvelle directrice de la Capi, arrive, très agressive et sur la défensive.
« Mme Q – Vous ne pouvez pas rester ici ! Je vous ordonne de partir !
Mlle A (membre du collectif) – Ah bon ? Mais, vous savez, c’est un lieu public, nous avons tout à fait le droit de rester ici.
Mme Q – Mais moi, je ne veux pas de vous ici !
Mlle A – Ah, mais, ce que vous voulez, ce n’est pas important, nous sommes dans un espace public, que ça vous plaise ou non, nous avons le droit d’y être, c’est comme ça, c’est la loi.
Mlle A – Ah, vous vous en foutez !!! Bravo !!! Vous pouvez préciser votre point de vue ?
Mme Q ne répond pas.
M. B (membre du collectif) – Ecoutez, nous venons souvent ici, depuis longtemps, pour accompagner des allocataires, nous avons l’habitude, alors arrêtez, s’il vous plaît.
Mme Q – Non !! Je veux que vous dégagiez !!!
Moi – Mais ce que vous voulez, on s’en fout !! Respectez la loi, c’est tout !!
Mlle A (me désignant) – Nous sommes là pour accompagner ce monsieur, c’est tout à fait légal.
Mme Q – Je ne recevrai personne !!
Moi – Mais c’est Mme P, ma nouvelle référente, qui doit me recevoir, pas vous !
Mme Q – Peu importe !! Je vous recevrai, seul ! Et je veux que tous les autres sortent !
Moi – Ah mais non !
Mme Q – Je ne vais pas recevoir 10 personnes, c’est hors de question !
Moi – Nous n’avons jamais demandé à ce que vous receviez 10 personnes, mais j’ai le droit d’être accompagné d’une personne, je serai donc accompagné dans votre bureau d’une personne.
Mme Q – C’est absolument hors de question !
Mlle A – Ecoutez, c’est le droit à l’accompagnement, tout le monde à le droit d’être accompagné d’une personne, c’est comme ça, c’est la loi, et même si, comme vous le dites si bien, vous vous en foutez de la loi, vous devez la respecter. Point.
Mme Q – Monsieur est français et parle français !! Il n’a pas besoin qu’on l’accompagne !!
Mlle A – Vos remarques racistes, vous pouvez vous les garder pour vous !
Moi – Je serai accompagné, et c’est tout. C’est la loi, respectez-la !
Mme Q – Si c’est comme ça, je vais appeler la DASES !!
Moi – Oui oui, ne vous inquiétez pas, allez-y. »
Mme Q nous quitte donc un instant, l’air farouchement outrée ; elle croit que sa mise en scène pathétique pourrait avoir un effet sur nous. Le seul effet qu’elle procure, c’est le rire (intérieur).
Après quelques minutes, Mme Q revient, l’air mécontente. Donc :
« Mme Q – Je recevrai monsieur, accompagné d’une personne, mais, en guise de compromis, je demande aux autres de sortir. Ca vous va ?
Mlle A – Oh oui, on peut se mettre juste devant la porte.
Mme Q – Non ! Vous descendez en bas !
Mlle A – Ecoutez, premièrement, vous n’avez pas à nous donner des ordres ; deuxièmement, si nous acceptons de sortir et décidons de rester devant la porte, nous en avons tout à fait le droit.
Mme Q (semble ne pas savoir quoi dire, puis, finalement) – Bon, sortez alors ! Et je reçois monsieur accompagné.
Mlle A – Eh bien voilà, vous voyez. »
Mr B décide de m’accompagner, et les autres membres du collectif sortent et restent devant la porte de la Capi. Nous entrons donc, à trois, dans un bureau de la Capi et nous asseyons.
« Mme Q (s’adressant à moi) – Alors, monsieur F, dites-moi tout !
Moi – Euh… Tout quoi ?
Mme Q (prend un crayon et une feuille pour noter, l’air très sérieux) – Tout ce que vous avez fait jusqu’ici. Votre parcours. J’écoute !
Moi – Bon, je suis au RMI, maintenant RSA, depuis 2,5 ans, j’ai été suivi jusqu’en juin dernier à l’Espace Insertion 19ème. Je suis traducteur littéraire. Mon ancien référent à l’Espace Insertion n’était pas à mon écoute, il ne cherchait pas à comprendre la spécificité de mon secteur d’activité. Il m’a obligé une première fois, dans le cadre de mon premier contrat d’insertion, en 2007, à m’inscrire à Pôle Emploi, j’ai donc dû pointer durant 6 mois, une fois par mois, au Pôle Emploi Boucicaut, censé s’occuper des traducteurs, entre autres. Là-bas, mon conseiller voulait me désinscrire, car il avait très vite constaté que j’étais totalement autonome dans ma recherche d’emploi, et, étant donné la spécificité de mon secteur – la traduction littéraire –, qui n’entre pas du tout dans leur cadre, je n’avais rien à y faire, car ils ne suivent pas les traducteurs littéraires. Donc mon conseiller a attendu la fin de mon contrat d’insertion pour me désinscrire, afin que je n’aie aucun problème, et il a écrit un mot à l’attention de mon ancien référent, pour qu’il me laisse tranquille et se calme avec son obsession de Pôle Emploi. Par la suite, celui-ci n’a pas cherché à me forcer à y retourner, jusqu’en décembre 2008, où il a dit qu’il m’obligerait à m’inscrire de nouveau à Pôle Emploi en juin 2009, d’où l’occupation qui accompagna mon RDV de juin 2009.
Mme Q – Vous faites du théâtre donc. Ce qu’il vous faut, c’est un suivi pour les artistes, les intermittents.
Moi – Je ne suis ni artiste ni intermittent, mais, comme je viens de vous l’expliquer longuement, traducteur littéraire !
Mme Q – C’est la même chose ! Non ?!
Moi – Mais pas du tout ! Enfin !!
Mme Q – D’accord !! Alors, c’est quoi la traduction littéraire ?! Expliquez-moi la différence !
Moi – Mais la différence elle est énorme, et évidente ! La traduction littéraire, ça consiste en plusieurs choses. Je traduis des textes de théâtre, ce qui prend beaucoup de temps, que je diffuse par la suite auprès de comités de lecture, metteurs en scènes, maisons d’éditions, etc.
Mme Q – Et vous êtes payé comment ? En droits d’auteur ?
Moi – Si quelqu’un décide de publier, et/ou monter l’un de ces textes, oui, une fois que le texte est monté et/ou publié, je touche des droits d’auteurs, mais cela me permet surtout d’avoir des commandes, payées donc en honoraires.
Mme Q – C’est quoi vos revenus pour 2008 ?
Moi – Zéro.
Mme Q – Et 2009 ?
Moi – Pareil, zéro.
Mme Q – Alors, ça ne vous rapporte rien !!!
Moi – Pas pour l’instant, mais je construis des bases solides pour les années à venir. Les choses ont pas mal avancé durant ces deux dernières années ; il y a des metteurs en scène qui montent des projets avec mes traductions, et sont en attente de subventions ; il y a aussi des personnes qui sont en train de créer une maison d’édition et désirent publier mes traductions, donc tout avance très positivement.
Mme Q – Ca ne suffit pas ! Vous ne voulez pas faire autre chose ? Ce n’est pas facile d’être intermittent !
Moi – Je ne suis pas intermittent ! Je suis traducteur littéraire, et non, c’est ça que je veux faire, et rien d’autre. Je n’ai pas envie d’un boulot précaire de quelques semaines où je devrais récurer des chiottes pour en plus trois fois rien comme salaire !
Mme Q – Vous avez tort ! Il vous faut un suivi extérieur par un prestataire privé, pour faire un bilan de vos compétences, un plan d’action, etc.
Moi – Mais je n’en ai pas besoin ! Le plan d’action, il est là, et validé par mon ancien conseiller Pôle Emploi et par l’Espace Insertion 19ème.
Mme Q – Peu importe ! Tout ça, c’est vous qui le dites, ça ne signifie rien !
Moi – Mais regardez mon dossier, vous verrez que ce n’est pas que moi qui le dis !
Mme Q – Non, je n’ai pas le temps de regarder votre dossier !
Moi – Alors ne dites rien !
Mme Q – Mais si ! Tout ça ne signifie rien ! Si vous refusez, la commission en sera informée, nous l’écrirons dans le contrat d’insertion, et vous verrez bien ce que vous risquez !
Moi – Alors pour vous, mon ancien conseiller Pôle Emploi et l’Espace Insertion 19ème, ce sont des abrutis ? De la pisse de chat ?
Mme Q – Nous sommes là pour faire sortir les gens du dispositif !
Moi – Ah ça, on le sait bien, on en voit toutes les semaines des allocataires qui se font radier sous des prétextes bidons, simplement parce que le mot d’ordre de Delanoë est de radier au maximum pour avoir des chiffres truqués à présenter !
Mme Q – Pas du tout !!
Moi – Ecoutez, les fiches de la Mairie de Paris avec des nombres très précis d’allocataires à radier, et d’allocataires à orienter vers telle ou telle structure ou association privée grassement financée par la ville pour précariser un maximum, nous les avons vues. D’ailleurs, si on remplace « RSAste » par « voiture », ça marche tout aussi bien. Ca montre la réalité de la politique soi-disant d’insertion de la ville de Paris ! Aucune écoute, aucun accompagnement, mais du flicage pour foutre au maximum les allocataires dans la merde !
Mme Q – Ce n’est pas vrai !!
M B – Mme, votre attitude est quand même frappante, d’entrée de jeu, vous menacez monsieur de le radier s’il refuse de faire ce que vous dites.
Mme Q – Pas du tout !
M B – Ah oui ? Et pourquoi vous parlez de la commission, etc ?
Mme Q (confuse) – Non, non, c’est... Non…
M B – Vous ne savez pas qu’écrire dans le contrat d’insertion que monsieur refuse vos prestataires privés, etc, sous-entend qu’il faut le radier.
Mme Q – Si, nous le mettrons dans le contrat !
Moi – Alors je ne le signerai pas !
Mme Q – Vous en subirez les conséquences !
M B – Vous recommencez à le menacer ! Mais vous savez très bien qu’on a le droit de refuser de signer un contrat si l’on est en désaccord avec son ou sa référente.
Mme Q – Monsieur verra ça avec Mme P.
Moi – Ecoutez, votre boulot théoriquement c’est d’accompagner les allocataires, de les écouter, pas de les fliquer et de chercher à leur imposer des trucs débiles sans même lire leur dossier ni tenir compte de leur situation et de la spécificité de ce qu’ils font. Alors, arrêtez, et faites votre boulot s’il vous plaît ! Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit se faire traiter comme des sacs à patates et accepter de subir tout et surtout n’importe quoi !
Mme Q (cherchant à jouer la corde sentimentale) – Si vous croyez que ça nous fait plaisir de radier des allocataires, vous vous trompez.
M B – Vous n’êtes pas obligés de radier, mais pourtant vous le faites quand même.
Mme Q – Nous en radions peu…
Moi – C’est vous qui l’appliquez la politique de Sarkozy-Delanoë.
Mme Q – Ohh….
M B – Ben si, quand même !
Mme Q – Si je vous propose ces suivis extérieurs, c’est pour votre bien, vous savez ! Parce que, qu’est-ce qui va se passer si on fait un contrat d’insertion tous les 6 mois et que dans 3 ans vous êtes toujours dans le dispositif ? Ce sera un échec, vous aurez végété durant 3 ans !
Moi – Je ne « végète » pas, tout mon dossier le prouve, alors lisez-le avant de dire n’importe quoi ! Puis, chercher à criminaliser et culpabiliser les plus pauvres, c’est vraiment répugnant, comme si c’était un plaisir de vivre avec si peu, d’avoir peur tous les jours de finir à la rue !
Mme Q – Et vous ne voulez vraiment pas faire autre chose ?
Moi – Non.
Mme Q – Et ça ne pourrait pas se combiner avec la traduction ?
Moi – Non. Traduire prend beaucoup de temps, faire autre chose ce serait simplement, de fait, être obligé d’arrêter de traduire, donc non.
Mme Q – Dommage…
M B – Vous voyez bien que monsieur est très autonome dans ses démarches, très actif, seulement il s’agit de quelque chose qui se fait dans la durée, qui demande du temps. C’est évident que la traduction ça prend du temps, que c’est impossible de combiner ça avec un 2ème boulot. Vous parlez d’échec simplement parce que vous voulez faire du chiffre.
Mme Q – Pas du tout !
M B – Alors respectez-le, arrêtez de le menacer, et faisons le contrat d’insertion pour lequel nous sommes venus.
Mme Q – Non, nous ne ferons pas le contrat aujourd’hui, monsieur devra le signer avec Mme P en janvier, aujourd’hui je refuse.
M B – Mais pourquoi donc ?
Mme Q – Parce que ! On n’est pas obligé de le faire au premier RDV !
M B – Vous refusez de la faire simplement parce que nous sommes venus à plusieurs ! Mais il faudra vous habituer, car monsieur sera accompagné à chacun de ses RDV désormais !
Mme Q – Ah non ! Je ne veux pas revoir ça !
Mr B – C’est un espace public, si nous voulons venir à 10, 20 ou 30, nous en avons parfaitement le droit.
Mme Q – Je refuse ! C’est hors de question !
M B – Ah mais que vous refusiez, ça n’a aucune importance.
Moi – Ecoutez, que les choses soient claires : je viendrai accompagné à chaque fois, que ce soit d’une ou de dix personnes, et que ça vous plaise ou non, peu importe. Je veux être respecté, écouté, je refuse de subir des pressions, des menaces, etc.
Mme Q – Faites un effort ! Vous voyez bien que je cherche un compromis !
Moi – Un compromis ?!! Vous me voulez que personne ne m’accompagne pour pouvoir me menacer et bien m’écraser en toute tranquillité ! Et vous osez appeler ça un compromis ??!!!
Mme Q (se levant) – Quoi qu’il en soit, nous arrivons à la fin de notre entretien. Vous serez convoqué en janvier pour signer votre contrat avec Mme P, et j’espère ne plus voir 10 personnes avec vous.
M B (se levant) – Mais si nous voulons venir à 10, nous viendrons à 10.
Mme Q (me regarde avec un air accusateur, menaçant, cherchant à m’intimider) – Alors vous devrez régler ça avec la DASES !
Moi – Oh oui, pas de problème !
M B – Ca nous arrange même !
Mme Q – Vous avez des questions ?
M B – Oui, vous nous avez signalé tout à l’heure qu’il y avait très peu de radiation, pourrait-on avoir un chiffre ? Un pourcentage ?
Mme Q – Oh, très peu d’allocataires.
M B – Mais très peu, même si c’est 1 seul allocataire, cela reste une radiation, vous n’avez pas les chiffres ?
Mme Q – N’exagérez pas, Mr !
M B – C’est vous qui avez demandé si nous avions d’autres questions ! »
Nous sortons tous les trois du bureau. Dans le couloir :
« Mme Q (s’éloignant) – Vous pourriez quand même accepter un compromis. Soyez sympas !
Moi – Vous, soyez sympas ! »
Nous sortons tandis que Mme Q s’éloigne.
Reseau Solidaire d’Allocataires
Permanence tous les mardis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations 17/18. 15, passage Ramey métro Marcadet Poissonniers
TEL : 09 54 70 66 22
ctc.rsa@gmail.com
http://www.collectif-rto.org
Heureusement qu’il y a des gars comme vous. Purée quand j’etais a l’anpe avec leur sales entretiens inutiles, infantilisant et culpabilisants n’ayant pour objectif que la radiation. Exactement le genre d’entretiens que j’ai eu.
Saleté de flicage.
Courage, venez à 50 à chaque fois, ca leur fera du bien à ces bandes de ...