vendredi 5 février 2010 par Réseau Solidaire d’Allocataires
Mlle A. a connu de nombreuses galères. SDF, elle fait une demande de RMI et se retrouve avec un suivi obligatoire dans l’association « Aux captifs de la libération ». Association d’obédience catholique dont la politique de réinsertion se résume ainsi : des rendez-vous inutiles, aucune proposition pour sortir de la rue, aucun appui financier, et une très forte pression et répression sur ceux qui exigent leurs droits
La Mairie de Paris a une étrange conception de la loi de 1905 : s’il est encore possible de refuser un suivi dans une association liée à une Eglise ou une autre, le nombre de celles qui sont subventionnées pour le suivi RSA ne cesse d’augmenter. Et pour les SDF, vu leur omniprésence, un refus équivaut à être privé de toute possibilité d’accès à une domiciliation, et aux prestations sociales
Mlle A. finit par trouver un logement par elle même, sans l’aide de cet organisme, avec lequel d’ailleurs elle connaîtra de nombreux déboires. Aux captifs la libération n’assure pas le suivi des personnes logées, et concrètement, Mlle A devra effectuer un vrai parcours du combattant pour accéder au fonds solidarité logement et payer sa caution et des meubles à l’entrée dans les lieux..
Une fois qu’elle n’aura plus besoin de suivi social urgent, elle sera donc orientée sur une autre association, SOASIF, où notre collectif interviendra à de nombreuses reprises, face aux injonctions thérapeutiques qu’on tente de lui imposer (voir ici, ici, et art Nos interventions permettent de la diriger vers une autre structure, « Espace 19 », où notre collectif se fera expulser par la police pour avoir simplement fait valoir le droit à l’accompagnement de tout allocataire par une personne de son choix lors d’un entretien.
A propos d’ESPACE 19 ....
Fondée en 1979, cette association est progressivement devenue une grosse machine à gérer la précarité.
Espaces 19 intervient dans tous les champs du culturel et du social : elle propose de nombreux ateliers et organise sorties, concerts, halte-garderie, cours d’alphabétisation, aide aux devoirs etc.
Elle fait partie de la majorité des réseaux associatifs du 19ème arrondissement.
Une activité louable ? Utile et nécessaire en tout cas, dans certains domaines, et nombreux sont les habitants du quartier qui y consacrent du temps, et qui la font vivre bénévolement. Seulement voilà : Espaces 19 , en réalité, n’est pas une association autonome. Elle ne vit que par le financement des pouvoirs publics, et principalement celui de la Ville de Paris.
Les subventions sont réparties à 44% pour la Mairie de Paris, 39% pour la CAF, 10% par l’Etat, 4% par le Fond Social Européen et 3% pour divers organismes ou particuliers.
Leurs dépenses se montaient en 2008 à 2 556 173 euros.
On peut donc dire qu’Espaces 19 est une structure para-publique. Rien de dérangeant, si elle ne présentait pas ses activités comme un « plus » s’ajoutant au secteur public.
La quasi gratuité des centres de loisirs, des activités dans les centres d’animation pour les plus pauvres a disparu, et les tarifs en sont désormais prohibitifs pour beaucoup. Dans les structures publiques, il n’y a jamais assez de place dans les cours d’alphabétisation, et très peu de formations accessibles aux chômeurs et aux précaires. Les services sociaux n’ont plus aucun moyen pour financer des vacances ou des loisirs divers.
Elles n’ont d’association indépendante que le nom et le statut formel. Mais elles permettent à la Ville de Paris, comme à d’autres collectivités territoriales de clamer partout qu’elles aident les « associations et les bénévoles » alors qu’elles ne font qu’investir une infime partie de ce qu’elles dépensaient auparavant pour le social.
L’association a même participé à des manifestations lors de la baisse des subventions attribuées par l’Etat et s’inquiétait en 2008 du renouvellement de leur subventions CAF. Seule épargnée par leurs « protestations » : la Mairie de Paris, qu’elle remercie d’ailleurs à maintes reprises dans leur bilan moral de 2008
Ces associations sont si peu indépendantes, que la plupart désormais assurent aussi le contrôle et le flicage des plus pauvres, l’application du RSA. L’objet d’Espaces 19 officiellement, c’est notamment « promouvoir la mixité sociale » et « lutter contre les discriminations ».
Est-ce qu’on promeut la mixité sociale en suspendant le RSA des habitants du quartier qui manquent deux rendez-vous parce qu’ils sont dans la galère jusqu’au cou ?
Est-ce qu’on lutte contre les discriminations, en imposant aux chômeurs et précaires de se justifier sans cesse des soi disant « problèmes individuels » qui bloqueraient leur réinsertion ?
Pas étonnant qu’Espaces 19 finisse par appeler la police pour évacuer un collectif de précaires du quartier, au grand étonnement de la police qui nous a demandé ce jour là « pourquoi on se battait entre associations".
Pour avoir dénoncé la politique précarisante de la Ville de Paris, nous avons été expulsés de notre local en septembre 2007.
Nos voisins d’Espace 19 eux , tirent une partie de leur ressources d’un contrat conclu avec le Département pour l’insertion de 300 allocataires du RSA, cinquante de plus que l’an dernier. Avec un cahier des charges extrêmement précis, l’objectif du Département étant qu’un maximum d’allocataires « sortent du dispositif ». Peu lui importe comment, avec un emploi ou avec une radiation, et naturellement, la seconde option est plus facile que la première.
Et comme les marchés sont attribués annuellement et qu’Espaces 19 n’est pas la seule en lice… elle fait partie, depuis la mise en place du RSA, de la commission pluridisciplinaire du 19ème
.
Depuis la mise en place du RSA, les CLI (Commission Locale d’Insertion) sont remplacées par des commissions pluridisciplinaires composées d’associations et de – grande nouveauté – RSAstes. L’objectif évident de cette dernière innovation « représentative » étant de cautionner toutes les suspensions d’allocations qui auront lieu dans le futur (deux articles sur le sujet : ici, et ici
Pour le 19ème arrondissement de Paris, sont nommés pour la commission pluridisciplinaire du 19ème, le responsable des services sociaux polyvalent du 19ème arrondissement, Le directeur des pôles emploi 19ème, le responsable des interventions sociales de la CAF, trois RSAstes pour faire bonne figure, et l’association Espaces 19.
Pratique pour remplir l’objectif d’un maximum de « sorties du dispositif » : un référent d’Espaces 19 veut vous imposer la recherche d’emplois ne correspondant pas au secteur souhaité, dans le contrat d’insertion ? C’est Espace 19 qui tranchera dans la commission censée le valider si vous n’êtes pas d’accord. Votre référent estime que vous êtes de mauvaise volonté et qu’une petite suspension ne vous ferait pas de mal ? C’est sa direction, notamment, dont l’avis « neutre » et « indépendant » comptera pour la décision finale.
Face à toutes ces associations privées jouant de la croix ou/et de la matraque, nous décidons de nous rendre directement à l’Espace Insertion du 19ème, espace public et laïque, afin de nous retrouver enfin au 21ème (Siècle). C’est à une dizaine que nous accompagnons Mlle A., nous voulons des éclaircissements sur ces associations qui semble-t-il n’aiment pas que nous, précaires, mettions nos nez dans leurs petites affaires.
La DASES , responsable du RSA au niveau départemental est contactée. Naturellement, elle n’a aucune réponse concrète à fournir sur le montant des subventions accordées à ces associations, sur le contenu précis du cahier des charges pour chaque structure… Tout est public, mais évidemment soigneusement dispersé pour ne pas être trouvé.
Nous exigeons que Mlle A. soit suivie dans une structure laïque et publique, une CAPI (cellule d’appui pour l’insertion), par exemple. On se passerait de tels suivis bien sûr, mais ce suivi est obligatoire sous peine de suspension : obligation de remplir un contrat d’insertion et surtout, mesure mise en place par la Mairie de Paris, un contrôle sur les démarches de l’allocataire sous forme de rendez-vous obligatoires tous les deux mois avec un travailleur social.
La direction de l’Espace Insertion nous fait patienter le temps de joindre la DASES. A son retour, les nouvelles sont celles auxquelles nous nous attendions : la DASES confirme le droit à l’accompagnement et annonce que mi-février, la commission pluridisciplinaire va diriger Mlle A. sur une autre structure, en nous assurant que ses allocations ne seront pas suspendues. Aucun commentaire sur les associations susmentionnées.
Autre structure dans laquelle nous l’accompagnerons, bien entendu.
Bilan provisoire pour Mlle A : sur trois associations privées subventionnées pour assurer son « suivi social et professionnel », aucune n’a résolu ses problèmes de logement. Une fois sortie de la rue, aucune ne l’a aidé à se maintenir dans les lieux. Depuis, hormis un atelier CV en deux ans, aucune n’a même commencé à la soutenir pour mettre en place un projet professionnel précis, à savoir une formation, qui lui permette de retrouver un poste d’agent administratif, boulot qu’elle a déjà effectué dans le passé.
Et la dernière de ces associations, a poussé le bouchon, jusqu’à lui faire subir une évacuation policière et un contrôle d’identité, parce que devant tant de déni de droits et de contrôle, cette précaire avait pris la décision d’être accompagnée dans ces rendez-vous, pour qu’enfin ils aboutissent à quelque chose.
Un bilan sans appel.
Précaires en lutte, nous savons en tout cas en quelles circonstances il nous sera forcément utile de pousser la porte d’Espaces 19 : lorsque nous serons suspendus , radiés, ou contraints d’accepter n’importe quel boulot précaire, Espaces 19 y aura pris sa part, au nom sans doute de la « lutte contre les discriminations ».
Contrôle CAF, refus du RSA ?
Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
On vous refuse la prime pour l’emploi
Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?
Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !
Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.
A Paris : tous les vendredis de 18H à 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey - bureau "les acacias" 1er étage.
Métro Marcadet Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.orgChaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !