mardi 9 mars 2010 par Réseau Solidaire d’Allocataires
Pourquoi lutter pour arracher à tout prix les rapports établis suite aux contrôles de la CAF ?
Pourquoi, surtout la résistance est-elle aussi grande de la part de l’institution CAF, pour les fournir aux allocataires ?
La réponse est dans les rapports eux-mêmes. Le concept de « fraude » est une arme politique, pour détruire les droits qui nous restent. Mais les politiques aux commandes, savent encore rester mesurés dans leurs propos, créer patiemment une définition du « fraudeur » extensible à l’infini, mais couplée à un éloge du « bon pauvre », travailleur, modeste et courageux. Pour frapper tout le monde, il faut que la majorité ne se sente pas concernée jusqu’au jour où la CAF lui tombe dessus.
Les contrôleurs, eux, tout en bas de la chaîne répressive, raisonnent forcément différemment. Investis d’un pouvoir d’intrusion dans la vie des précaires, largement comparable à celui de l’institution policière, ils ont l’avantage de ne pas avoir besoin d’un prétexte préalable pour en user.
Par définition, pas un allocataire de la CAF n’est protégé de leur action.
Ils savent aussi que les prétendus « recours » sont inaccessibles à la majorité des concernés, écrasés par la coupure de revenu et par la criminalisation de pratiques de survie. Alors ils se lâchent et disent tout haut ce qui se décide tout bas.
Dans le cadre du combat solidaire mené par notre collectif contre les contrôles CAF et leurs conséquences, nous avons décidé de briser la logique du « cas particulier », celle du procès, donc.
Des allocataires ont ainsi jugé utile de rendre public le contenu de « leurs » rapports de contrôle.
Nous commençons donc par celui qui a sans doute été le plus difficile à obtenir, celui de Mr T.
La CAF a joué la montre de la mort sociale et a perdu. Monsieur T, en effet était SDF quand il a rencontré le Réseau Solidaire d’Allocataires.
SDF et suspendu de RSA depuis déjà plusieurs mois.
SDF et interdit de permanence sociale d’accueil pour avoir exigé une intervention immédiate des travailleurs sociaux sur son dossier et un contrat d’insertion.
La demande de rapports des trois contrôles subis, faite collectivement par le Réseau Solidaire d’Allocataires avait donné lieu à l’intervention d’une cinquantaine de policiers un soir du mois d’août. Nous n’étions même pas dix, ce jour là, la volonté d’écrasement de la CAF s’était donc matérialisée assez clairement. (voir ici)
Nous n’aurions jamais su pourquoi si Mr T. avait craqué. Mais, inversement, celui-ci, devenu militant permanent de notre collectif s’investissait à fond sur les autres fronts ouverts sur la question des contrôles, tout en continuant, régulièrement, à aller exiger son rapport de contrôle et à subir en retour des évacuations policières.
Au début de l’hiver, Monsieur T. retrouve un logement dans un département voisin, et y fait une demande de RSA qui lui est accordée.
Un peu stabilisé, il fait des recherches sur internet, jusqu’à obtenir le nom de tous les directeurs des CAF d’Ile de France, et leur envoie la copie de sa demande de rapport de contrôle faite au directeur de la CAF de Paris.
Brusquement, il reçoit des rappels du RSA qui lui avait été suspendu pendant des mois et des mois.
Et quelques semaines plus tard, la copie des deux rapports de contrôle.
Le RSA de Monsieur T. a donc été suspendu pour deux raisons.
La seconde ?
« Monsieur T, qui se déclare sans aucune ressource, n’explique pas pourquoi il a attendu fin juin 2009 pour déposer une demande de RSA alors que le dernier versement date de la fin 2008 ».
On ne peut dire les choses plus clairement : Monsieur T., expulsé de son appartement précédent, privé de RSA suite à un précédent contrôle intervenu « à domicile » postérieurement à l’expulsion, est un fraudeur potentiel parce qu’il est propre et parce qu’il a survécu jusqu’à être en mesure de se battre pour reconquérir ses droits.
Qui dit ça ? Pas seulement le contrôleur. Mais aussi et surtout ceux qui ont pris les décisions suite à l’édiction de ce rapport de contrôle.
La direction de la CAF de Paris.
Le président du Conseil Général qui a maintenu la suspension de RSA, et donc, l’ensemble des élus de la majorité municipale.
Voilà pourquoi l’obtention des rapports de contrôle est un enjeu fondamental et une bataille difficile et ponctuée du recours à l’intervention policière.
Parce qu’ils sont la politique à l’état pur, le discours réellement suivi d’effet, la promesse vraiment tenue, le contenu concret de la réforme RSA : le contrôle et la répression des précaires, la mort sociale de ceux qui ne sont pas immédiatement utiles à la production capitaliste, les millions de « chômeurs en fin de droit ».
Ci-dessous, le début du rapport de contrôle :
Contrôle CAF, refus du RSA ?
Avec le RSA vos revenus baissent et vous n’y comprenez rien ?
On vous refuse la prime pour l’emploi
Vous galérez avec la CAF, l’ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?
Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l’arme des précaires !
Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d’autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d’Allocataires.
A Paris : tous les mardis de 18H 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey, métro Marcadet- Poissonniers
Contact Tel : 09 54 70 66 22
Mail : ctc.rsa@gmail.com
Site : http://www.collectif-rto.orgChaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d’Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n’oubliez pas d’indiquer votre département d’origine !
Bonsoir Didier.
Le texte ne parle pas des contrôleurs mais d’une logique administrative dont les contrôleurs ne sont qu’un des rouages. Qu’ils soit de gentils ou de gros méchants contrôleurs importe peu. Ils devront suivre la politique que l’on leur demandera d’appliquer. Certes, avec plus ou moins de sadisme, de foi en leur rôle de redresseur de tort, selon les personnalités. Et sur ce point la CAF laisse de plus en plus de marge de manœuvre aux délires de certains contrôleurs. Ce qui est généralisé, c’est la politique de répression de la CAF envers les précaires. Répression organisée politiquement. Et ce collectif ne se ligue pas contre des administrations mais se défend de la politique de précarisation visant à faire accepter n’importe quel boulot pour n’importe quel salaire. Et ce travail de sape est principalement effectuer au travers de ces administrations insufflant la peur et la lassitude par des démarches de plus en plus longues en et complexes et des menaces de plus en plus claires et effectives. Tout comme des salariés peuvent se défendre contre un patron face aux baisses de salaires, aux licenciements etc, les précaires ne pèsent qu’en se regroupant. Sans défense des droits collectifs contre le pouvoir d’une administration, des politiques précarisantes, l’individu fait peu de poids si il ne rejoint pas un collectif.
Le rôle du contrôleur, du policier et autres, ne sont que la résultante d’une politique capitaliste qui les utilisent au gré de leur volonté. Ils n’ont, comme toutes personnes manipulées par leur bonne foi ou leur penchant sadique, à mes yeux, aucun intérêt en soi.